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« L’intelligence artificielle va provoquer une mutation profonde de la profession d’avocat »

Des outils d’intelligence artificielle destinés aux avocats se développent. D’après le professeur de sciences économiques, Bruno Deffains, « la plupart des acteurs vont s’équiper s’ils veulent survivre ». Tour d’horizon de ce que ces outils proposent et des craintes qu’ils suscitent.

par Caroline Fleuriotle 15 mars 2017

« Ce que j’attends de la justice prédictive n’est pas d’automatiser ma prestation, mais d’optimiser mon travail », insiste Jean-Baptiste Dubrulle. Il fait partie de la quarantaine d’avocats du barreau de Lille qui testent l’outil Predictice, dans le cadre d’un partenariat entre l’Ordre des avocats de Lille et la société. Pour l’heure, la plate-forme fonctionne en version bêta. Mais il sera possible prochainement de souscrire à une offre directement sur le site, promet Louis Larret-Chahine, cofondateur de Predictice.

Ce que propose aux avocats cet outil utilisant l’intelligence artificielle ? Une probabilité statistique de succès pour les affaires qu’ils vont plaider, une aide pour hiérarchiser les arguments qui ont le plus de chance de fonctionner, répond Louis Larret-Chahine. Mais également, une estimation des indemnités obtenues dans le cadre de contentieux similaires préalablement jugés et une cartographie des juridictions les plus favorables selon le type de problématique, ajoute-t-il.

« Aux balbutiements d’une innovation »

Toutes les fonctionnalités de l’outil ne sont pas encore prêtes. « Nous sommes aux balbutiements d’une innovation », signalait fin février Jean-Baptiste Dubrulle. Ce dernier explique que dans son domaine, le droit public, « la base n’est pas suffisamment riche pour obtenir des statistiques probantes ». « Aujourd’hui, je n’en ai pas tiré autre chose qu’un super moteur de recherche de jurisprudence », constate-t-il. Louis Larret-Chahine admet que, pour le moment, Predictice fonctionne moins bien pour « les problématiques de droit public et le fiscal. Mais l’outil s’améliore tous les jours dans ces matières, grâce à l’utilisation des premiers clients ». Actuellement, les domaines qui marchent le mieux sont « le droit du travail, le droit de la famille et le droit commercial », liste-t-il. Quant à l’outil qui permettra de trouver les « arguments qui ont le plus de chance de convaincre une juridiction », « il est en cours de développement et on espère qu’il sera opérationnel pour cet été », précise Louis Larret-Chahine.

D’autres outils d’intelligence artificielle permettant d’exploiter des décisions de justice ont vu le jour, comme Case law analytics. « L’outil est opérationnel depuis janvier 2017 », signale Jacques Lévy Véhel, son cofondateur. Ce mathématicien probabiliste raconte qu’il...

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