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Interview

« Et demain, pourquoi on ne jugerait pas les délinquants dans les commissariats de police ?! »

Le projet de délocaliser à Roissy les audiences du juge des libertés et de la détention chargé de statuer sur les demandes de maintien en zone d’attente des étrangers est relancé. À ce jour, ces audiences se déroulent au tribunal de grande instance (TGI) de Bobigny. Le barreau de Seine-Saint-Denis s’y oppose.

La rédaction : Le président du TGI de Bobigny a annoncé que des audiences expérimentales auront lieu probablement en juin dans l’annexe judiciaire située juste à côté de la zone d’attente de l’aéroport de Roissy. L’idée serait que cette annexe puisse ouvrir courant septembre, explique-t-il. Comment le barreau de Seine-Saint-Denis reçoit-il ce projet ?

Valérie Grimaud : Le barreau de Seine-Saint-Denis s’oppose à ce projet. Nous nous sommes toujours battus contre (sur la suspension du projet en 2013 et sa relance, V. Dalloz actualité, 29 nov. 2016, art. C. Fleuriot ). C’est par la presse que j’ai appris qu’il était envisagé dès juin des audiences tests. Je n’en ai toujours pas été officiellement informée.

La rédaction : L’an dernier, l’ancien bâtonnier, Stéphane Campana, indiquait qu’il avait été demandé au barreau de Seine-Saint-Denis sa coopération par la mise en place d’une permanence spéciale. Qu’en est-il ?

Valérie Grimaud : Il n’y aura aucune coopération du barreau avec un système qu’on estime injuste. Pour le moment, le conseil de l’Ordre est massivement défavorable à la mise en place d’une permanence spéciale. Mais le barreau ne laissera pas tomber les justiciables, ce sera une défense de militants.

La rédaction : Rappelez-nous pourquoi vous vous opposez à ce projet.

Valérie Grimaud : Ces étrangers seront jugés à part, ailleurs, dans un tribunal qui n’est pas accessible comme les autres. Il n’y a même pas de trottoir [sur les routes, ndlr], il faut marcher sur des talus en herbe pour y accéder à pied. Ce sera une justice sous le manteau pour les plus faibles. Bonjour la publicité des débats, la justice du peuple. Personne ne verra rien de ce qui s’y passera. Les avocats, on les laissera aller seuls au feu, loin de leur Ordre et de leur juridiction. Et demain, pourquoi on ne jugerait pas les délinquants dans les commissariats de police ?!

La rédaction : Comment est organisé le système actuel de permanence pour ces audiences qui se déroulent au TGI de Bobigny ?

Valérie Grimaud : Entre trente et cinquante avocats participent à ce système de permanence, qui a lieu tous les jours. En moyenne, l’avocat [qui assure la permanence, ndlr] s’occupe de 4 à 10 dossiers.

Propos recueillis par Caroline Fleuriot

Commentaires

Faire des juges et des avocats une cible facile des terroristes est-il dans les intentions du ministre de la justice ?

Apparemment aucune mesure de sécurité n'a été étudiée dans un contexte où des fous armés se promènent en liberté.

Pardon Marie, mais votre propos est choquant. Étranger n'est pas synonyme de "terroriste", ou de "fou armé"... Et si vous les avez déjà condamnez, la question de délocaliser les audiences du JLD ne se pose plus, car aurez fait pire que de les délocaliser, vous les aurez censurés, le Tribunal Correctionnel et la Cour d'Assise avec !

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Valérie Grimaud

Valérie Grimaud est bâtonnier du barreau de Seine-Saint-Denis pour 2017 et 2018. Née au Blanc-Mesnil, elle exerce en Seine-Saint-Denis depuis sa prestation de serment en 1994.

Élue à plusieurs reprises au conseil de l’Ordre depuis 2002, elle a créé et animé la commission famille du barreau.

Valérie Grimaud a coordonné et initié des actions en responsabilité de l’État en 2016 au titre de délais excessifs d’audience. Elle exerce un mandat à la Caisse nationale des barreaux français et participe à diverses associations professionnelles et syndicales.