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Reportage 

À Calais, l’aide juridique aux migrants à tâtons

Les initiatives fourmillent mais face à l’immense besoin, l’aide apportée serait lacunaire. De nouveaux projets pourraient impliquer des avocats.

par Caroline Fleuriotle 14 janvier 2016

I have a dream

Quelques minutes avant d’arriver au centre d’accueil de jour Jules Ferry, jouxtant la « jungle » de Calais, la fourgonnette bleue de France terre d’asile (FTDA) ralentit. Faustine Douillard au volant avance prudemment sur ce chemin boueux en mauvais état. Ce jeudi d’hiver, le temps est maussade, le vent souffle. Sur la route, un homme l’interpelle pour la saluer. La juriste spécialisée en droit d’asile lui répond et sourit. Il y a beaucoup d’activité sur le chemin des Dunes, qui longe le campement. De nombreux migrants à pied, d’autres à vélo. Des hommes surtout. Une file d’attente se crée à proximité d’une camionnette, pour une distribution d’habits ou de nourriture probablement. Ici, un camion de CRS. Plus loin, on aperçoit les containers blancs destinés à héberger 1 500 exilés.

Une fois le véhicule garé, Faustine Douillard et la bénévole Gaëlle Ravenet enfilent leur gilet bleu FTDA. Une maraude de plusieurs heures dans la jungle de Calais les attend. Objectif ? Aller à la rencontre des migrants pour leur donner des informations sur l’asile notamment. « Au départ, ces personnes veulent aller en Angleterre. Elles sont nombreuses à penser qu’il n’y a que la jungle ici […], à ne pas savoir qu’elles ont aussi des droits en France. À la suite de conversations, certaines peuvent être tentées de demander l’asile en France », explique Faustine Douillard. Les deux jeunes femmes ont rendez-vous avec un migrant sous un pont. Dès les premiers pas dans ce bidonville, l’omniprésence des détritus et de la boue est frappante. Les innombrables petits abris de fortune sont recouverts de bâche. À ce jour, le campement accueille 4 000 migrants, selon les chiffres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), l’opérateur de l’État. « La jungle est organisée par communauté », décrit Faustine Douillard. On aperçoit une école. Là, une mosquée chiite, des boutiques. On arrive à la « partie » afghane. Plus haut, I have a dream, inscrit en grosses lettres sur le mur près de l’autoroute.

En chemin, des jeunes hommes d’origine afghane viennent à leur rencontre. L’un d’entre eux, mineur, voudrait rejoindre son frère en Angleterre mais a perdu sa trace. L’association essayera de le retrouver, en se rapprochant de la Croix-Rouge. Les échanges se font en anglais, il y a beaucoup de bruit. Un tracteur, des voitures passent. Un autre Afghan raconte que, la veille, des policiers ont lâché des chiens sur lui. Il souffrirait de blessures mais ne veut pas porter plainte. Il « est difficile de porter plainte pour violence policière à Calais » et il y a eu « des refus de dépôt de plaintes », regrette Faustine Douillard.

Les questions sont très variées. La salariée et la bénévole y répondent, prennent des coordonnées, demandent d’envoyer certains documents. Si besoin, ils se reverront dans la jungle ou à la plateforme d’accueil des demandeurs d’asile gérée par FTDA. Après s’être entretenues avec l’Afghan qui les avait contactées, Faustine Douillard et Gaëlle Ravenet doivent rendre visite à un homme qui a obtenu le statut de réfugié. Les jeunes femmes marchent longuement. La personne n’est pas joignable, elles n’ont que de maigres informations sur l’emplacement où...

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