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Reportage 

Conseillers pénitentiaire d’insertion et de probation, qui sont-ils ?

Dernier maillon de la chaîne pénale, le CPIP est l’un des professionnels clés pour la mise en œuvre de la politique pénale. Son statut et ses missions ont considérablement évolué ces dix dernières années dans la méconnaissance générale. Avec le juge de l’application des peines, il a vu ses relations s’intensifier, se tendre parfois au fil des changements d’orientations politiques qui convergent désormais vers une individualisation des peines et un travail de réflexion de la personne suivie en vue de la prévention de la récidive.

par Anaïs Coignacle 26 février 2016

D’éducateurs à conseiller pénitentiaires d’insertion et de probation

Le métier de conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) a évolué lentement avant d’acquérir des responsabilités de plus en plus fortes, voire lourdes, dans les années 2000 avec l’augmentation des détenus et personnes sous main de justice ainsi que l’inflation législative. C’est ce que rappelle l’étude intitulée Les travailleurs de l’ombre : enquête sur les travailleurs sociaux de l’administration pénitentiaire réalisée par Nadine Ferlay de l’UGSP-CGT en 2010.

À l’origine, les conseillers étaient des « éducateurs des services extérieurs de l’administration pénitentiaire » chargés de « l’observation et la rééducation des détenus en vue d’un reclassement social », comme le formule le décret du 21 juillet 1949. Trente ans plus tard, la circulaire U-111 relative à l’action « socio-éducative » dans les établissements pénitentiaires vient regrouper les assistantes sociales et les éducateurs sous le même titre de « travailleurs sociaux de l’administration pénitentiaire » avec les mêmes missions en milieu fermé et en milieu ouvert. Le décret n° 93-1114 du 21 septembre 1993 crée le corps des conseillers d’insertion et de probation « chargés d’une mission d’aide à l’insertion sociale ». 1999 est une année charnière avec la création des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), à ne pas confondre avec les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP), qui adoptent enfin ce titre grâce au décret n° 2010-1641 du 23 décembre 2010. Ces derniers constituent l’un des différents métiers employés au sein du SPIP. Plus structurés sur le territoire, les SPIP ne cesseront d’être soumis aux encadrements successifs réglementaires. Avec la loi n° 2014-896 du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales, ce sont « les connaissances en criminologie des CPIP qui sont davantage mobilisées », résume Pascal Le Roy, directeur de projet chargé des SPIP au cabinet de la directrice de l’administration pénitentiaire depuis le 1er octobre 2014. Il leur est notamment demandé de réaliser « une évaluation très fine des besoins des publics confiés », explique-t-il. Une approche nécessairement très individualisée dans le but de participer à la prévention de la récidive, grande orientation de l’ex-ministre de la justice, Christiane Taubira. Cette orientation s’est nourrie des réflexions apportées par la conférence du consensus de février 2013 notamment et a été actée à travers divers dispositifs tels que les programmes de prévention de la récidive (PPR) mis en place par la circulaire du 19 mars 2008. La moitié des 103 SPIP s’est engagée dans le développement de ces programmes enseignés aux CPIP stagiaires de l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP). Le but de ces méthodes inspirées notamment du Canada ou d’Angleterre, recommandées par le Conseil de l’Europe, est de parvenir à faire réfléchir l’intéressé sur sa situation, les conditions de son passage à l’acte à travers des groupes de paroles thématiques (violence conjugale, agressions sexuelles, conduites alcooliques, etc.). À présent, l’objectif est d’« intensifier cette pratique programmatique en collectif mais aussi en individuel ».

« La petite révolution, c’est que nous écrivons les méthodes d’intervention », explique Pascal Le Roy qui pilote l’élaboration de plusieurs référentiels destinés à clarifier les pratiques professionnelles et l’organisation du fonctionnement des services. « Jusqu’à présent, vous ne trouviez nulle part un référentiel qui fasse autorité dans la profession. Aujourd’hui, nous produisons collectivement cet effort. La directrice de l’administration pénitentiaire, Isabelle Gorce, a choisi les règles européennes relatives à la probation comme socle de l’action des services pénitentiaires », dit-il, évoquant pour les SPIP « l’obligation de se poser sérieusement la question de l’efficacité des pratiques professionnelles ». En l’occurrence, ces règles sont tirées de « données probantes » : mesures expérimentées par différents pays et dont plusieurs universités ont mesuré les effets. « Leur efficacité a été validée. » Il poursuit : « ce socle met en évidence qu’une intervention efficace nécessite d’évaluer finement, de manière régulière et continue, la situation, l’ensemble des besoins de la personne suivie par les SPIP, les risques et sa réceptivité pour ne pas plaquer une intervention trop mécanique ou stéréotypée qui ne correspondrait pas aux capacités ou au style d’apprentissage de la personne ». L’administration s’est aussi appuyée sur les erreurs opérées par le passé pour opérer ce virage. « Ces dernières années, nous avions pu assister à l’exécution d’une probation assez ordinaire et injonctive, placée surtout sous l’angle du contrôle des interdictions, des obligations. Or...

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