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Reportage 

Conséquence du Brexit : la naturalisation des citoyens Britanniques en France

Certains travaillent en France, d’autres y coulent leur retraite. Ils y résident depuis plusieurs années voire décennies. Une partie est en couple avec un Français, quelques-uns ont même des enfants binationaux… Depuis le Brexit, décidé par la majorité des citoyens britanniques à l’issue du référendum du 23 juin 2016, l’inquiétude règne chez ces citoyens britanniques de France qui n’ont jamais sollicité la double nationalité. Dans l’attente de futures négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, ils sont nombreux à demander leur naturalisation.

par Anaïs Coignacle 28 juillet 2016

Le témoignage de trois Britanniques de France

En 2016, ils seraient 400 000 citoyens britanniques à vivre sur le sol français selon les estimations de France Diplomatie. Une grande partie serait retraitée dans le Sud-Ouest du pays mais nombre d’entre eux résident et travaillent en Île-de-France comme Ed Alcock, originaire de Norwich, dans l’Est de l’Angleterre. Photographe indépendant, il vit à Paris depuis seize ans et est marié à une Française avec laquelle il a un fils franco-britannique. « Quand je me suis réveillé ce vendredi 24 juin, j’ai ressenti un profond dégoût, comment est-ce possible que je ne sois plus européen ? J’ai rencontré ma femme à la fac à Londres, elle faisait un Erasmus (programme d’échange universitaire européen, ndlr). J’ai commencé ma carrière en France, notre fils y est né. Ma vie n’aurait pas été la même sans l’Europe », insiste-t-il. D’ailleurs, le photographe n’avait jamais sollicité la nationalité française jusqu’ici. Il n’en avait pas un besoin impérieux grâce à la liberté de circulation offerte aux ressortissants des États membres de l’Union européenne sur son territoire en vertu des accords de Schengen. Or, si le Royaume-Uni n’en est pas signataire, il a choisi d’en appliquer certains volets dont la liberté de circuler et séjourner dans le pays pour les citoyens de pays membres, et réciproquement pour les ressortissants britanniques à travers les États membres de l’Union européenne.

Selon la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, le citoyen britannique et sa famille qui souhaitent séjourner plus de trois mois en France doivent disposer de ressources « suffisantes » s’ils ne travaillent pas et d’une assurance maladie pour ne pas être « une charge » pour le pays d’accueil. Ils sont toutefois dispensés de la carte de séjour nécessaire aux membres des pays tiers de l’Union européenne. Pour les séjours permanents, il suffit au citoyen britannique de prouver qu’il réside légalement en France depuis une période ininterrompue de cinq ans à moins que l’on ait fait l’objet d’une mesure d’éloignement. Une fois acquis, ce droit de séjour permanent ne peut être perdu qu’en cas d’absence de plus de deux ans consécutifs sur le sol français.

Avec le résultat du référendum du 23 juin sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, c’est cette liberté de circulation qui est remise en question. « L’Angleterre n’a pas négocié sa sortie, on ne connaît pas les incidences de cette décision : pourra-t-on rester en France ? Devra-t-on avoir un permis de travail ? Quel sera notre régime de sécurité sociale ? » Ed Alcock a réagi immédiatement : « j’ai décidé de prendre la nationalité française. Si le choix des britanniques, c’est de quitter l’Union européenne, alors je suis plus européen que britannique ». Il poursuit : « la première chose que j’ai faîte ce matin-là, c’est de taper dans Google pour connaître les conditions de naturalisation par le mariage, précise-t-il. C’est beaucoup de paperasse mais j’ai mis la machine en route ». Marié depuis 2009, il va pouvoir bénéficier de la procédure dite de « déclaration de nationalité française par le mariage » puisque le mariage en soi, n’a pas d’effet automatique sur la nationalité. La déclaration peut être effectuée au bout de quatre ans d’union. Pour obtenir la nationalité, il lui faudra présenter son casier judiciaire, justifier d’une connaissance suffisante de la langue française, démontrer la pérennité de sa communauté de vie affective et matérielle avec son épouse et surtout, prouver qu’il a résidé de façon ininterrompue et légale en France pendant au moins trois ans depuis son mariage (ou à défaut, le délai de communauté de vie est porté à 5 ans).

Actif britannique installé à Paris, Alex Poole lui, ne pourra bénéficier de cette...

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