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Reportage 

Une journée avec… un chroniqueur judiciaire

Quel est le profil des chroniqueurs judiciaires ? Quelles relations entretiennent-ils avec les avocats ? Notre rédactrice a suivi Pascale Robert-Diard, chroniqueur judiciaire au Monde depuis dix ans, lors d’une journée d’audience du procès en appel de Jérôme Kerviel.

par Caroline Fleuriotle 3 septembre 2012

La journée type

C’est en bas du palais de justice de Paris que nous attend Pascale Robert-Diard, chroniqueur judiciaire au Monde. Il est 9 h, l’audience du procès en appel de l’ancien trader Jérôme Kerviel va s’ouvrir. Les marches du palais de justice avalées, les longs couloirs traversés, nous arrivons devant la première chambre de la cour d’appel de Paris. Ornée de lustres imposants, de tapisseries des Gobelins et d’une toile de Bonnat au plafond, la salle est prestigieuse. Un balcon est réservé aux journalistes. Pascale Robert-Diard y salue ses confrères. L’ambiance est décontractée : « Il n’existe pas de rivalité professionnelle entre les journalistes judiciaires. L’audience est publique, nous ne recherchons pas de scoop », résume-t-elle. Une dizaine de chaises seulement est occupée, alors qu’une cinquantaine l’était le jour de l’ouverture du procès en appel. Malgré les difficultés financières de la presse, Le Monde et Le Figaro (Stéphane Durand-Souffland) font partie des rares médias qui permettent encore à leurs journalistes de suivre des procès dans leur intégralité (V. Interview et Organisation de la profession).

Jusqu’à 21 h, les anciens supérieurs hiérarchiques de Jérôme Kerviel vont se succéder à la barre. Armés de bloc-notes et de stylo, d’ordinateur portable, de smartphone, etc., les journalistes vont relater l’audience. « Notre travail, c’est de raconter non pas simplement une affaire mais un processus de jugement. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment va se construire la décision de justice. Quand un crime est contesté, à quel moment va se cristalliser l’intime conviction », détaille Pascale Robert-Diard. Les chroniqueurs expliquent comment se fabrique une vérité judiciaire : la stratégie des avocats, les questions du président, etc. « En audience, on passe la journée à prendre des notes, à s’ennuyer souvent, à vivre des moments intenses très souvent, à rire et à pleurer tout aussi souvent, à être traversé d’émotions contradictoires », décrit-elle. Parfois, Pascale Robert-Diard n’arrive pas à se « débarrasser » d’un procès. Elle mentionne l’affaire Le Couviour. « C’était d’une laideur, ce procès… De voir à quel point des personnes peuvent se détruire pour de l’argent, c’est perturbant. On n’en sort pas indemne ».

Chroniqueur judiciaire est une fonction particulière. « On pratique du journalisme assis, on ne cherche pas à avoir la bonne information de l’avocat, etc. Tout nous est donné. La qualité vient du regard, de la manière de le rendre et de l’intérêt pour les gens », ajoute-t-elle. Cette matinée-là, c’est l’histoire de l’ex-manager de Jérôme Kerviel, entendu comme témoin, qui touchera Pascale Robert-Diard. L’après-midi, elle postera sur son blog Chroniques judiciaires un billet intitulé « Au procès Kerviel, la trajectoire brisée d’un polytechnicien ». Pascale Robert-Diard se passionne pour les témoins et leur consacre une place importante sur son blog. Elle regrette la violence gratuite, les petites phrases et humiliations que font, selon ses dires, régulièrement les avocats de la défense à l’égard des témoins ne donnant pas la réponse qu’ils attendent.

Écrire la nuit
Aux assises, la journée type est de huit heures d’audience. Certains jours, Pascale Robert-Diard ne quitte le palais de justice que vers 21-22 h. Contrairement aux autres journaux, le bouclage du Monde s’effectue le matin, vers 10 h 30, et non en soirée. Ce qui permet à Pascale Robert-Diard de ne pas perdre une miette de l’audience, alors que ses confrères doivent souvent la quitter vers 18 h. Ce délai supplémentaire lui offre également le luxe de « pouvoir parfois laisser retomber les choses ». S’il lui arrive, de temps en temps, de rédiger ses articles du blog pendant l’audience, elle ne le fait jamais pour ceux destinés au journal. C’est la...

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