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Reportage 

Une journée avec… un commandant de police

Plus souvent connus sous le visage de Navarro, Julie Lescaut ou Moulin, les commissaires de police exercent un métier en prise directe avec le droit qui se voit mobilisé en toutes circonstances. Dalloz s’est approché de cette profession parfois caricaturée en rencontrant l’adjoint au commissaire, le commandant de police Rémi Thomas au commissariat de Clamart, dans les Hauts-de-Seine. Un récit sur les réalités de leur quotidien.

par A. Coignacle 21 février 2011

1. - Déroulement de la journée

Agression, cambriolage, braquage, disparition, clandestinité ou simple manifestation… A la différence de la majorité des professionnels du droit, l’emploi du temps du commandant, adjoint au commissaire, n’est pas conditionné par un carnet de rendez-vous. Ce sont bien davantage les événements immédiats ou les dangers imminents, s’il en est, qui donnent le ton de son activité hebdomadaire et de celle de l’établissement qu’il co-dirige. Lorsqu’il n’a pas été appelé pendant la nuit pour être avisé d’une grosse affaire, sa journée commence vers 9h par une visite des différents services. Que s’est-il passé pendant la nuit ? L’adjoint s’informe par tous les moyens avant de recouper ses données avec les chefs d’unité. Son travail nécessite des déplacements internes pour discuter des affaires courantes avec les fonctionnaires de police, suivre les enquêtes, réévaluer les priorités, coordonner les actions menées et gérer l’organisation logistique, avec l’aval et sous l’autorité du commissaire. La communication vers l’extérieur (mairie, autorités, entreprises, institutions…) demeure également fondamentale dans le cadre de ses missions de maintien de l’ordre public. Vers 19h, l’adjoint au commissaire quitte son bureau mais il demeure joignable à tout moment, y compris le week-end.

Mercredi 15 septembre, à 14h. Des passants circulent, discutent, chahutent dans la rue piétonne qui longe le commissariat. Depuis son bureau, le commandant Thomas jette quelques coups d’œil préventifs à travers la vitre au moindre aboiement suspect, à la vue d’une silhouette « connue ». Un vieux réflexe. Une voiture de police stationne près du bâtiment en travaux. Devant l’entrée, quelques policiers plaisantent en terminant un café avant de reprendre du service. L’espace de quelques minutes, il n’est plus question du drame de la veille, de la dernière interpellation, de l’interrogatoire en cours, des contrôles d’identités ou des deux gardés à vue qui patientent dans leur cellule étroite, l’un debout, l’autre recroquevillé sur un petit matelas.

Ce matin, comme à son habitude, l’adjoint au commissaire est descendu voir ses « gars ». Il a entendu les fonctionnaires de garde, a contrôlé les mains-courantes, les procès-verbaux, les compte-rendus. Il s’est inquiété de toutes les actions menées, des affaires ouvertes et de la sécurité dans les rues. Ancien ilotier, Rémi Thomas maîtrise les bases du terrain et en mesure les risques. Pendant cinq ans, au pied des tours HLM de la banlieue lyonnaise il a parfois connu la « provoc’ », les agressions physiques, jamais. Le contact avec les jeunes plaisait bien à ce grand sportif qui a un temps hésité avec l’enseignement. « Aujourd’hui ce n’est pas plus violent. La seule chose qui a évolué c’est l’usage de l’arme à feu à l’aveuglette ». Il ajoute : « Nous sommes tout de même bien conscients de risquer nos vies, parce que nous ne nous y attendons pas toujours ». Désormais, l’ilotage a disparu et le gardien de la paix est devenu commandant. Lors de rassemblements délicats, il lui est arrivé de gérer plusieurs dizaines d’hommes sur le terrain, sous l’autorité du commissaire et du préfet : charger, ne pas bouger, écarter, disperser… La pression n’en est pas moins forte.

Le commandant Thomas co-dirige également l’unité judiciaire, celle chargée d’enquêter. Ici, le politique n’intervient pas. Les mesures sont dictées par la loi : le code de procédure pénale est respecté par chaque officier de police judiciaire (OPJ) lors des gardes à vue, investigations et interrogatoires...

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