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Reportage 

Une journée ordinaire au palais avec les secrétaires de la Conférence

En décembre dernier, les douze secrétaires de la Conférence du barreau de Paris terminaient leur mandat armés d’une assurance nouvelle après un an à arpenter les couloirs du palais de justice depuis les bureaux des juges d’instructions jusqu’à la 23e chambre, celle des comparutions immédiates. Quelques jours avant Noël, ils réalisaient leurs dernières permanences pénales.

par Anaïs Coignacle 15 janvier 2015

Un « monopole » au cœur de la défense pénale d’urgence

Pablo Felmer Roa s’avance vers le bureau d’accueil de la section « P12 ». C’est dans cette longue salle impersonnelle entre les bureaux du parquet et le dépôt que les avocats viennent échanger quelques mots avec leurs clients afin d’établir la ligne de défense qu’ils tiendront en correctionnelle l’après-midi même. Pas le temps d’entrer dans les détails, on se concentre sur l’essentiel. C’est ici aussi que les enquêteurs sociaux viennent glaner trois infos sur la vie du menotté histoire d’éclairer les magistrats qui auront à se prononcer sur une peine éventuelle. Ce mercredi 17 décembre, il est 10h15, les boxes sont encore vides. Les avocats se saluent tandis que deux rangs de gendarmes poireautent sur les bancs. Pas d’entretien pour Me Felmer Roa, le mis en examen qu’il fait appeler n’a pas été déféré faute de demande d’extraction réalisée dans les temps, apprendra-t-il plus tard.

À 33 ans, le jeune pénaliste fait partie des secrétaires de la Conférence du barreau de Paris. Cette institution bicentenaire consacre chaque année douze avocats à l’issue d’un concours d’éloquence en trois étapes où les candidats doivent discourir sur des questions aussi décalées que « peut-on avoir raison tout seul ? » ou « les pauvres sont-ils des salauds ? ». La jeune élite, parfois jalousée, devient pour un an la représentante du jeune barreau de Paris et assure la défense pénale des populations les moins fortunées. Une expérience exceptionnelle dans ce milieu très concurrentiel avec, à la clé, l’espoir de s’élever au-dessus de la mêlée à l’image d’un Jacques Vergès ou d’un Georges Kiejman, anciens secrétaires de la Conférence.

Ce mercredi-là, ils sont trois avocats de permanence pénale dont l’un au pôle financier, cinq en tout au palais, sans compter ceux envoyés en commissariat pour assister les gardés à vue, toujours en commission d’office. Une journée ordinaire chez les secrétaires qui consacrent environ les deux tiers de leur activité à leurs missions, le reste seulement pour les dossiers du cabinet si tant est que ce dernier ait continué à les employer. Chaque année, plusieurs d’entre eux perdent au cours de l’année leur collaboration faute de temps suffisant pour répondre aux attentes des associés. Le rythme est frénétique, environ « 60-70 heures par semaine » selon Pablo Felmer Roa. Lui-même à son compte et déjà inscrit sur les listes de commission d’office, il avait tenté le concours avec l’envie de participer à cette défense pénale d’urgence ainsi assurée par un pool de douze avocats solidaires et joignables à tout moment.

Toutefois, ces missions en matière pénale, bien qu’exercées en tant que commis d’office, ne font pas l’unanimité parmi les avocats parisiens. La réunion des 1 700 avocats du barreau pénal de Paris autour des questions de l’excellence pénale par le bâtonnier Pierre-Olivier Sur a même donné lieu à un pugilat anti-conférence le 8 janvier 2014 (V. Dalloz actualité, 13 janvier 2014, obs. J. Mucchielli ). Il a été suivi d’une lettre ouverte au bâtonnier adressée par le pénaliste Arach Hirmanpour. Ce dernier y...

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