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Reportage 

Une réalité carcérale à Fresnes

Surpeuplé, vétuste, insalubre, le centre pénitentiaire de Fresnes demeure l’un des plus importants de France. L’Observatoire international des prisons (OIP) a saisi en référé-liberté le tribunal administratif de Melun contre l’État. C’est à Fresnes que Thomas a passé quatre ans et demi de détention. Voilà son témoignage.

par Anaïs Coignacle 4 octobre 2016

Conférence de presse à Fresnes « une première »

Deux rangées d’arbres entourent la longue rue qui mène à la prison de Fresnes comme une respiration avant l’enfermement, un sas avant le lourd cliquetis des verrous métalliques qui retentit dans le dos du visiteur. Ce mardi matin 20 septembre, le ministre de la justice a invité les journalistes à le rejoindre entre les murs de la maison d’arrêt pour hommes pour une conférence de presse à l’occasion de la sortie de son rapport sur l’encellulement individuel (v. Dalloz actualité, 21 sept. 2016, art. J. Mucchielli ). « C’est la première fois qu’une conférence de presse s’organise en prison », fait remarquer l’attachée de presse. L’architecture date de 1898. Au total, 65 % des établissements pénitentiaires ont été construits avant 1920, soit 120 sur 186 comme l’indiquera le garde des Sceaux.

Dehors, aux journalistes, les représentants syndicaux du personnel ont évoqué les rats, le manque de personnel, la peur. Une journaliste relaie au ministre cette insécurité, en particulier liée aux quartiers où sont emprisonnés les islamistes radicaux. « 4 000 agressions physiques en 2015 » et « une aggravation » avec « déjà 2 500 au 1er août 2016 », admet le ministre. S’il ne donne pas la moindre précision sur des mesures d’urgence concernant les détenus islamistes radicalisés, il affirme toutefois avoir pris des initiatives comme l’assouplissement des règles concernant la fouille à nu, pratique largement dénoncée et dont le recours « systématique » et « aléatoire » a été déclaré illégal par le Conseil d’État. Depuis, selon une information France Inter rendue publique hier, l’Observatoire international des prisons (OIP), sur la base de témoignages de détenus, a assigné l’État en urgence pour dénoncer et faire cesser « un état des lieux dangereux pour la santé, ainsi qu’une situation attentatoire à la dignité ».

Des conditions de détention en contradiction avec les règles

Thomas (prénom modifié) a purgé sa peine de prison à Fresnes dans son intégralité. Soit quatre ans et demi d’emprisonnement sur les huit prononcés, suivis d’une sortie dans un centre de semi-liberté pendant neuf mois et d’une liberté conditionnelle qui court encore. Notre journaliste l’a rencontré en janvier 2015, alors qu’il était en centre de semi-liberté, en CDD. Ils se sont revus régulièrement. Il est désormais locataire d’un appartement, a signé un CDI et va devenir papa. La fouille à nu, à Fresnes il l’a connue. « Après le parloir, la fouille à nu c’est censé être aléatoire. En fait, c’est jamais le cas. Sur une trentaine, seuls cinq ou six ne seront pas fouillés. Un jour, ils m’ont demandé d’enlever mon caleçon, j’ai fini par le faire. Après il fallait que je leur donne. Je leur ai dit qu’ils n’avaient pas le droit. Le chef est venu. Il m’a dit de le donner, que sinon ce serait le mitard. J’ai à nouveau refusé. Alors ils ont fait un blocage de mouvements. Une alarme retentit, toutes les portes se ferment, plus personne ne circule. Les douches, les cellules, tout est fermé jusqu’à ce que le problème soit réglé. Ils évitent ainsi les mutineries ou les émeutes parce qu’ils savent que ça peut déraper. Les surveillants sont arrivés, une dizaine. Ils m’ont pris le caleçon de force et m’ont jeté au mitard six jours ». « Comment est-ce que tout ça ne t’endurcit pas, interroge-t-il. Les prisons françaises ne créent pas de la réinsertion mais de la récidive. » En conférence de presse, le ministre de la justice avait justement dit : « Je défends l’idée que l’administration pénitentiaire est une institution qui prépare l’avenir ». « Les cellules individuelles c’est pas ça la priorité. Il y a des mecs qui aiment bien avoir un codétenu pour discuter, faire passer le temps. L’urgence c’est de se mettre aux normes européennes, assure Thomas. Mais ils préfèrent payer des amendes que se conformer aux règles » Il évoque notamment les parloirs qui disposent toujours d’un muret de séparation entre les détenus et les visiteurs, pratique interdite depuis une circulaire de 1983 et condamnée par les...

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