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Amandine S., femme « sous emprise », condamnée pour avoir organisé l’assassinat de son ex-compagnon

Du 1er au 15 avril, la cour d’assises de Bobigny a jugé une tentative d’assassinat. Sept personnes ordinaires, impliquées à divers degrés, ont mis en place un scénario digne du grand banditisme. Ce dossier vertigineux et les responsabilités de chacun ont été restitués par le réquisitoire et les plaidoiries.

par Julien Mucchiellile 16 avril 2021

Après avoir dîné au restaurant dans la soirée du 26 août 2017, Amandine S. 30 ans, se balade avec son ex-compagnon Jimmy C. dans une allée sombre de la forêt de Bondy, à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), en compagnie de leur enfant de trois ans, assis dans la poussette. Soudain, un homme surgit et tire à bout portant sur Jimmy C., qui s’effondre. Jimmy C. en sort paraplégique, et Amandine S., après 48 heures de garde à vue, avoue être la commanditaire de l’assassinat, pour se libérer enfin de son emprise, dit-elle, de sa violence et de la terreur qu’elle subissait.

Pendant des mois, elle a dit à ses proches ses intentions, a rencontré un intermédiaire qui a organisé le guet-apens et trouvé un tireur. Dans cette affaire exceptionnelle, où tous ceux qui auraient pu arrêter l’engrenage ont décidé d’être un rouage, sept personnes, dont le père et le frère d’Amandine S., sont jugées devant la cour d’assises, dont trois pour tentative d’assassinat, trois pour complicité, et une pour abstention volontaire d’empêcher un crime. Mardi et mercredi, après deux semaines de débats, l’accusation et la défense ont requis et plaidé.

« Cette affaire, débute l’avocate générale, fait à tous la même première impression : celle de la sidération », devant l’invraisemblable plan, de ceux que l’on ne trouve que dans le milieu du banditisme. Elle explique les enjeux juridiques aux jurés : la notion de préméditation et d’intention homicide, et celle de tentative : ce n’est pas juste un échec, c’est un commencement d’exécution. Si ça avait été une simple pensée, ça n’aurait pas été condamnable. Cette réalisation a été interrompue par “des circonstances indépendantes de la volonté des auteurs” ». Le crime a été commis sur un ex-concubin : « Le couple, même quand il est terminé, doit être un lieu où l’on est en sécurité, car il est logique qu’on abandonne sa vigilance. » La bande organisée : « il faut que ce soit “en vue de la commission” d’un crime. Apporter son aide à la préparation, c’est déjà être complice. »

Or, dans ce dossier, chacun, pour se dédouaner, a dit que la préparation de cet assassinat lui avait paru comme une vague intention dépourvue de sérieux, « chacun a dit que ça paraissait irréel, mais les actes commis ont été réels, chaque personne qui a apporté sa contribution a réellement rendu ce résultat concret », insiste l’avocate générale.

Le cas d’Amandine S., pierre angulaire, celle de qui tout procède, prend toute la place dans le réquisitoire. Amandine S. est présentée comme ambivalente. « On ne lui a pas posé de limites. Elle n’a pas été préparée à ce que les choses ne se passent pas comme elle le veut. » En 2017, elle lui annonce sa grossesse, il lui demande d’avorter car il ne se sent pas prêt à assumer. « Quand Jimmy veut autre chose, ça bugue. Elle part, mais elle ne sait pas gérer la rupture ». « Elle l’appelle à la fois chéri et “fdp” (fils de pute, ndlr), elle ne sait pas trancher. Amandine S. ne sait pas renoncer, ne sait pas lâcher. Alors comment Jimmy peut comprendre ? À l’audience encore, elle a regardé Jimmy C. et a dit : “j’espère que tous les deux, on trouvera une solution pour notre fils”. Lui a une position beaucoup plus claire : il ne la connaît plus. »

« La relation entre Jimmy et Amandine ne peut se réduire à un schéma de violences conjugales »

Amandine S. a pour ligne de défense : l’emprise que Jimmy C. lui fait subir, les violences et menaces (attestées). L’avocate générale admet, sans emphase : « Jimmy C. n’a pas toujours été aimable, on l’a bien compris. » Puis, elle relativise : « Mais je...

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