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« Avec tout ce que j’ai entendu, vous voulez que je garde le silence ? »

À l’issue de la seconde journée d’audience du procès des époux Balkany, jugés notamment pour fraude fiscale, le maire de Levallois a promis qu’il s’exprimerait mercredi sur les faits qui lui sont reprochés.

par Pierre-Antoine Souchardle 15 mai 2019

Au président qui lui a demandé s’il souhaitait faire valoir son droit au silence, Patrick Balkany a répondu de sa voix de basse par un tonitruant : « Sûrement pas Monsieur le Président. Avec tout ce que j’ai entendu, vous voulez que je garde le silence ? »

Cette seconde journée a commencé comme la première, par de la procédure. Me Éric Dupond-Moretti, l’avocat de M. Balkany, a plaidé la nullité de l’ordonnance de renvoi.

L’avocat reproche aux juges d’avoir pioché dans la seconde information judiciaire ouverte, entre autres, pour blanchiment de fraude fiscale, corruption, des éléments qui figurent dans l’ordonnance de renvoi pour fraude fiscale. Ce qu’il résume, avec son sens habituel de la formule, par : « On retiendra que M. Balkany est jugé de façon bien particulière ».

Il a critiqué également l’absence d’éléments à décharge dans cette ordonnance de renvoi et une citation incomplète pour cette affaire. « Patrick Balkany, il est ce qu’il est. Il a fait ce qu’il a fait. Il n’est pas au-dessus des lois, il n’est pas en dessous non plus ».

L’avocat de Mme Balkany, toujours hospitalisée après une tentative de suicide, a sollicité la jonction des deux dossiers et non l’examen l’un après l’autre, comme l’a prévu le tribunal, ou le renvoi. La seconde affaire doit être examinée à partir du 20 mai.

Tant l’avocat de la partie civile, Me Xavier Normand-Bodard pour l’État, que les deux représentants du parquet national financier se sont opposés à la demande de la défense de M. Balkany. « Monsieur et madame Balkany ne souhaitent pas être jugés trop vite. Là encore, tous les prétextes sont bons », a répliqué Me Normand-Bodard.

Le tribunal, présidé par Benjamin Blanchet, a joint les incidents au fond. Et commencé un long rapport sur les faits de fraude fiscale reprochés au couple Balkany. L’administration fiscale leur reproche un train de vie supérieur à leurs revenus officiels et la détention d’un patrimoine occulte : la villa Pamplemousse aux Antilles et le Ryad Dar Gyucy à Marrakech.

Si, lors de l’enquête, Mme Balkany a reconnu être propriétaire de la villa, les époux contestent être les détenteurs de la demeure marocaine, fût-ce via des sociétés-écrans.

L’examen minutieux des revenus et dépenses du couple Balkany par le fisc donne le vertige.

Les agences immobilières de l’Eure, enfin celles qui recherchent des biens exceptionnels, apprendront que le moulin de Cossy, résidence principale des époux, est d’une superficie de 1 298 m2, offre onze chambres, neuf salles de bains, une piscine, un pool house, un terrain de tennis et trois hectares de terrain clos.

Le montant des salaires annuels versés par les époux Balkany à leurs employés de maison était bien supérieur à leurs revenus officiels. Ainsi, en 2014, les époux ont versé 183 833 € à différents employés pour un revenu commun déclaré de 159 079 €.

Le couple, vivant pourtant ensemble à Giverny, faisait une déclaration fiscale séparée. Patrick Balkany était officiellement domicilié à sa permanence électorale de Levallois-Perret, rue de Trébois.

Dans ce rappel des faits, une anecdote illustre le caractère imprévisible de l’édile de Levallois-Perret. Lors de sa mise en examen pour fraude fiscale, Patrick Balkany manifeste son mécontentement et lâche : « Je me barre. J’ai terminé. Je n’ai plus rien à répondre ».

Le président a lu des extraits d’auditions des employés de maison du couple, ceux du moulin de Giverny. Le couple disposait de beaucoup d’espèces, principalement des billets de 500 €, que l’on ne trouve pas dans les distributeurs. Selon l’une des anciennes employées, « M. Balkany a dit qu’il ne fallait pas utiliser de carte bancaire car on était pisté ». Une autre, dont les heures supplémentaires avaient été réglées en liquide, s’était vu déconseiller de le déposer sur son compte.

Les limiers du fisc ont constaté que Mme Balkany a retiré en espèce 2 000 € en 2015 et 2016 alors qu’elle a dépensé sur la même période 29 732 € dans différents commerces proches de leur résidence de Giverny. Le diable se niche dans les détails, en l’occurrence, les cartes de fidélités de Mme Balkany. Celle du supermarché et du magasin de primeurs. Dans ce commerce, sur un montant total de 10 710 €, 87 des 90 achats ont été réglés en espèces.

Tout au long de l’instruction, le couple a rappelé qu’ils venaient de familles fortunées et disposaient de revenus liés à leurs héritages.

À l’issue de son rapport, le président a autorisé Patrick Balkany à lire deux lettres adressées par son épouse aux juges d’instruction. Dans la première, datée du 18 février 2016, elle s’insurge du traitement médiatique qui leur est réservé et, déjà, fait état de ses idées noires. Elle se dit « tentée de tirer sa révérence de manière irréversible ». Dans la seconde, la teneur des propos est similaire. Tout au long de cette lecture, Patrick Balkany s’est tourné vers le ministère public, l’avocat du fisc et le tribunal.

Les débats devraient vraiment commencer mercredi.

 

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