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À cœur d’avocats : dans le quotidien de cinq pénalistes parisiens

Après une vingtaine d’années passées à filmer des magistrats dans leur recherche d’impartialité, la cinéaste Mika Gianotti signe un documentaire qui saisit le quotidien d’avocats de la défense d’office.

par Thomas Coustetle 20 mai 2019

Me Karim Laouafi doit filer dans le commissariat du XVe arrondissement. Une mère de famille l’appelle paniquée à son cabinet. Son fils, mineur, y est retenu. Il aurait frappé un camarade. Assez fort pour que ce dernier tombe dans le coma. « Vous avez trouvé mon numéro dans la chambre de votre fils… Ah ! votre enfant est au commissariat », cherche à comprendre l’avocat. « Bon. Ne paniquez pas. J’arrive. » Il raccroche. Dur de savoir si l’avocat peut faire grand-chose avant l’éventuel placement en garde à vue. Qu’importe. C’est sa présence qui est réclamée. La séquence s’étale sur quelques minutes. Elle donne le pouls au documentaire.

Durant l’année 2017, en pleine période de déménagement du tribunal de grande instance, la réalisatrice a filmé le quotidien de Mes Thomas Heintz, Rachel Lindon, Karim Laouafi, Merabi Murgulia et Soraya Nouar. Sous l’œil complice d’Henri Leclerc.

Ils sont filmés partout. Ou presque. À leur cabinet, entre deux portes, dans la rue, au palais, en comparutions immédiates, au moment des joutes oratoires  du concours de la Conférence. Ce concours parisien dont ils sont tous issus. C’est un passage obligé pour être prioritaire sur les listes des commissions d’office. Et en particulier aux assises.

Le film ne cherche pas à rendre héroïques ces passionnés qui portent leur métier chevillé au corps. Il ne cherche pas plus à cerner l’origine d’une vocation qu’ils partagent tous. Ça leur appartient, après tout.

« Pour défendre quelqu’un, il faut l’avoir compris »

L’intérêt est ailleurs. Il se loge dans la vérité des scènes cueillies au hasard, entre deux dossiers ou après un rendez-vous. Pour le sourire reconnaissant du client manifestement soulagé après l’énoncé de la décision. Il a écopé d’un sursis. La mission de l’avocat s’achève ici, « après deux ans de procédure », observe le professionnel. Ou lorsque Me Murgulia assure à son client complètement perdu que « tout va bien se passer » avant d’entrer en audience. Ou encore lorsque Mes Thomas Heintz et Rachel Lindon reviennent sur le dossier des « sept jeunes pirates somaliens » qu’ils ont défendus. « Pour défendre quelqu’un, il faut l’avoir compris », résume, avec le recul, Rachel Lindon.

Cette célèbre affaire a été jugée en 2016, lorsque les sept accusés ont été condamnés en à des peines de six à quinze ans de prison pour des faits qui remontent à 2011. À l’époque, un couple de plaisanciers varois était attaqué à bord de leur bateau par sept pirates somaliens, alors qu’ils se dirigeaient vers le golfe d’Oman. Le mari était tué lors de l’assaut, et sa femme prise en otage.

« On ne peut pas dire que ce soit beau ou laid. C’est fonctionnel »

On retrouve encore trois des avocats, accompagnés par Henri Leclerc, arpentant le nouveau tribunal des Batignolles, quand il était encore en travaux. Henri Leclerc découvre la nouvelle salle d’audience correctionnelle. « Il n’y a plus de barre », constate-t-il. « Après, on ne peut pas dire que ce soit beau ou laid. C’est fonctionnel. » Ils s’interrogent ensuite sur la hauteur des garde-corps qui délimitent les étages. Leur remarque se veut tristement prophétique. Un an plus tard, un prévenu a réussi à l’escalader et à se jeter dans le vide.

 

Le documentaire est diffusé depuis le 8 mai et jusqu’au 4 juin au cinéma Le Saint-André des Arts, rue Saint-André des Arts, à Paris (75006).
La projection est suivie d’un débat avec un invité du monde judiciaire.

Tarif : 6,50 €, tarif de groupe (à partir de 10 personnes) : 5 €.
Contact : Mika Gianotti : giamika@orange.fr. 06 80 66 51 97.

 

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