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Innovations et avocats : le temps de faire ! - Épisode 4 : Revisiter les modèles d’apprentissage du droit

Le savoir juridique est la matière première que nous utilisons chaque jour. Cependant, si son accessibilité apparente est de plus en plus grande, dire le droit ne reste plus un avantage concurrentiel ! Imaginer l’évolution du droit, comprendre son interaction avec les organisations, permettre avec pédagogie de l’embarquer dans la vie des affaires pour que l’obligation de conformité démontrée ne devienne pas un blocage des échanges qui s’accélèrent au niveau mondial, jouer des interactions entre économie et droit… ces exigences demandent de dépasser l’enseignement classique que nous avons connu. Il y a quarante ans, parler anglais était un plus. Puis il y a eu la double formation. Mais aujourd’hui, les soft skills, le digital, les humanités, l’intelligence émotionnelle… deviennent de nouvelles exigences à maîtriser. Tout en augmentant notre technique juridique pour rester compétitifs, comment accompagner ceux qui souhaitent évoluer ?

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Au fil de la rédaction du livre blanc se dégage un profil d’innovant dans le domaine du droit : une base technique indiscutable dotée d’une personnalité disruptive, capable d’imagination, de prise de risque, d’entrepreneuriat, de vision, de force de conviction… des éléments qui peuvent être innés, mais qui souvent s’acquièrent dès la formation initiale et se travaillent tout au long d’une vie professionnelle. Quels parcours pourrait-on encourager pour apprendre à apprendre et innover quand on se destine aux métiers du droit ?

L’université, première clef pour l’innovation

Aujourd’hui, l’éducation des futurs juristes commence à l’Université en filière générale par la licence en droit1, même si certains passent par un diplôme universitaire de technologie en carrière juridique2 qui peut être réalisé en alternance. L’objectif poursuivi est de permettre l’acquisition des connaissances juridiques de base, du vocabulaire spécifique et d’une méthode de travail. Comme le précise le site de mon université, la licence en droit vise à donner aux étudiants les connaissances fondamentales dans les disciplines juridiques, avec une esquisse de spécialisation au niveau L3, une initiation aux méthodes de travail propres aux disciplines juridiques, un accès à une première connaissance des pratiques professionnelles et les connaissances nécessaires soit à une entrée directe dans certains métiers à dominante juridique, soit à la poursuite d’un cursus spécialisé en master 1.

Si, depuis une dizaine d’années, ces programmes sont complétés par des collèges de droit ou des possibilités de double cursus droit et langues, droit et économie, droit et histoire ou droit et sciences3, des classes préparatoires D14, la revue des contenus des programmes de licence classique laisse apparaître des champs très traditionnels centrés sur le droit, avec dans certains établissements des ateliers de professionnalisation, plus ou moins adaptés aux professions de juriste, qui permettent d’imaginer son métier futur.

La grande innovation réside certainement dans la systématisation de la signature des conventions de stage dès la première année, le développement du tissu associatif encouragé au-delà des associations politiques ou de plaidoirie, traditionnelles à la faculté de droit, voire l’entrepreneuriat avec des junior-entreprises5 et même un incubateur accessible6. L’initiative de développer des savoirs propices à l’innovation et à l’entrepreneuriat, la prise de risque d’aller au-delà du programme sont donc laissées à l’étudiant là où les écoles de commerce ou d’ingénieurs proposent un parcours qui intègre ces éléments de développement personnel à la formation. Mais le modèle financier et le nombre d’étudiants ne sont pas comparables !

Le parcours de master pourrait obliger à plus d’exposition au domaine professionnel, puisque la réforme LMD oblige au choix d’une spécialisation avec des motivations testées lors de la sélection pour y accéder. À l’observation, si l’acquisition des fondamentaux liés à la spécialisation fonctionne, en témoigne le goût des enseignants étrangers pour nos étudiants en LLM7, c’est l’expérience du travail qui permet d’expérimenter la gestion de projet, de connaître l’entreprise, de tester ses soft skills. En prévoyant entre le M1 et le M2 une période de césure pour réaliser deux stages de six mois8 comme en école de commerce ou à l’école de droit de Science Po, ou en intégrant l’apprentissage, certaines formations encouragent cette expérience. Mais pour faciliter l’adaptation des étudiants et rassurer les employeurs, des enseignements complémentaires pourraient déjà être dispensés à ce stade d’éducation : gestion de projet, change management, stratégie, prise de parole en public, maîtrise véritable de la suite Office, et notamment d’Excel, apprentissage des outils digitaux, éthique et secret des affaires, etc., capacités nécessaires quel que soit le futur professionnel. Les employeurs frileux de prendre en stage des M1 jugés trop jeunes, même en période de guerre des talents, seraient rassurés. Certains instituts9 proposent déjà cet apprentissage pratique de la technique juridique, en plus du parcours LMD classique. Mais pourquoi ne pas aller plus loin en proposant des enseignements d’économie, de management et de stratégie adaptés aux populations de juristes, comme cela a déjà été fait pour le digital10 ? On devrait même se poser la question, lorsque la réforme LMD limitera à terme le tronc commun juridique à la seule licence, de ne pas anticiper ces enseignements puisque les diplômes de master devraient préparer à des métiers et devenir de plus en plus spécialisés.

Les cliniques juridiques et les écoles d’avocats : une deuxième chance

D’autres possibilités existent à l’Université pour permettre aux étudiants – et aux enseignants – de se mettre en difficulté pour se confronter à la réalité et innover. Des séminaires de recherches, des ateliers pratiques, des moot competitions, des concours d’excellence d’arbitrage, de fiscalité, de droit du travail, de propriété intellectuelle… et même le prix du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce !

Au-delà de ces initiatives dispersées, un outil particulièrement intéressant a aussi vu le jour depuis plusieurs années, même s’il peut manquer d’homogénéité et regroupe des activités très différentes sous le même nom de guerre : les cliniques juridiques11. Cet outil très présent dans les law schools américaines et anglo-saxonnes poursuit un double objectif : initier à la pratique professionnelle par la participation à des projets d’intérêt public et contribuer à la formation juridique des étudiants par la mise en pratique encadrée des savoirs. Cependant, cet outil est souvent « isolé » de l’université et n’est pas toujours intégré dans le projet pédagogique, au-delà de points bonus dans certaines universités. Car, pour l’intégrer à la vie de...

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