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Interprète des tribunaux : « La justice a du mal à faire coïncider les règles et la réalité »

Les interprètes des tribunaux sont un rouage essentiel du processus judiciaire, mais le service public de la justice, qui les déclare seulement depuis le début de l’année, ne contrôle absolument pas le niveau de compétence des professionnels.  

par Julien Mucchiellile 14 septembre 2016

Ils se déplacent de garde à vue en salles d’audience, après un détour par le bureau du procureur. Souvent pressés, jamais certains de quand ils vont terminer, et jusqu’il y a peu pas assurés d’être payés dans un délai d’une année. Interprète au tribunal, c’est un peu le royaume de la débrouille, milieu quasi interlope où les « bons plans » se refilent à la confiance, où les « langues rares » se cajolent comme un enquêteur soignerait un bon indic. « On a eu récemment un gros besoin d’Albanais, aucun n’était inscrit sur les listes, alors on va à la pêche auprès des commissariats », raconte Jean-François Villette, magistrat chargé du recrutement des experts à la cour d’appel de Caen. Car il y a deux listes, deux grandes catégories d’interprètes : les « experts » sont inscrits sur la liste de la cour d’appel, les « interprètes CESEDA » (code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) sur la liste du procureur et sur celles des commissariats. Louis Baucher, interprète traducteur en allemand à la cour d’appel de Caen et président de l’UNETICA (Union nationale des experts traducteurs près les cours d’appel, 200 adhérents), opère un distinguo fondamental : « Ni les experts traducteurs et interprètes inscrits sur les listes des cours d’appel, ni les interprètes inscrits sur les listes CESEDA n’ont nécessairement une formation d’interprète. Mais seuls les experts ont une obligation de formation continue. Celle-ci est organisée par certaines associations, dont l’UNETICA, fréquemment avec le concours de magistrats. » Quant aux interpères CESEDA, beaucoup font simplement le siège des tribunaux et commissariats car ils savent qu’il y a du travail.

Les besoins divergent énormément selon les juridictions. Parfois, il faut faire venir un interprète de Rennes à Caen, sachant que la loi ne prévoit pas d’indemniser le temps de trajet. Dans les grandes agglomérations, presque toutes les langues sont à portée de main. Devant la 23e chambre parisienne, celle des comparutions immédiates, tout un bataillon d’interprètes assiste quotidiennement aux audiences. Cet expert bien connu qui souhaite garder l’anonymat, interprète depuis treize ans en langue arabe,...

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