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L’agence de communication de crise pour les procureurs choisie par le ministère de la Justice

Le cabinet de conseil Crisalyde a été retenu au terme d’un appel d’offres lancé en août 2021 par la Chancellerie pour gérer la communication de crise des procureurs. Une dizaine de sociétés ont candidaté.

C’est officiel. Les procureurs vont pouvoir être épaulés par une agence de communication pour les aider à traverser le tourbillon médiatique d’un fait divers. Le ministère de la Justice a choisi l’agence Crisalyde. Le judiciaire n’est pas sa spécialité première.

Neuf agences ont concouru à cet appel d’offres, lancé en août 2021 et clôturé en mars 2022, après quelques réajustements. Mais peu ou pas de grandes. Et pour cause, celles qui ont développé un pôle de crise judiciaire ont toutes au moins un client mis en examen ou en passe de l’être. Difficile de ne pas se retrouver en apparente situation de conflit d’intérêts. L’heureuse élue se trouve être la société Crisalyde qui, pour répondre à cet appel d’offres, a développé un pôle juridique.

« Crisalyde est un cabinet de conseil plutôt qu’une agence de communication », explique son fondateur, Selim Miled, à Dalloz actualité. Les trois associés qui l’ont créé en 2017 se sont rencontrés dans « les cellules de crise du ministère de la Santé », a-t-il précisé. M. Miled n’a pas souhaité s’exprimer sur le marché tant que les chefs de juridictions n’étaient pas pleinement informés par le ministère de la Justice.

« Un bon langage corporel »

Sur le réseau social LindedIn, Crisalyde a développé une série humoristique, Cinécrises, ou l’analyse de films cultes sous l’angle de la gestion de crise. Le deuxième épisode évoque Le dîner de cons, de Francis Veber. Le spectateur y apprend, au travers des mésaventures de François Pignon et Pierre Brochant, qu’une « bonne communication de crise passe par l’identification d’un porte-parole et le choix de messages à l’aide d’éléments de langage ». Le porte-parole « adopte une juste posture et un bon langage corporel ». Ou encore que « les éléments de langage sont au service du message que l’on veut transmettre et pas le contraire. En gestion de crise, ils sont cruciaux, car ils rendent accessibles des idées qui peuvent être complexes à l’aide de mots clairs qui vulgarisent et donnent du sens au propos ».

Le choix de recourir à un prestataire extérieur plutôt que de s’appuyer sur les chargés de communication des cours d’appel a suscité des interrogations au sein des magistrats, conscients des enjeux de la communication mais pas toujours à l’aise pour communiquer, surtout par temps de crise (v. Dalloz actualité, 27 sept. 2021, obs. P.-A. Souchard). Parmi celles-ci, le partage d’informations couvertes par le secret de l’enquête avec un communicant, par définition, étranger à la procédure, et l’uniformisation de la parole des procureurs.

« Un montant de 500 000 € »

L’appel d’offres prévoit que la société doit être disponible 7j/7, 24h/24, et répondre dans l’heure à la juridiction qui la sollicite. Et ce pour une durée de soixante-douze heures, voire au-delà. Ce marché prévoit deux volets. L’un logistique : hot-line destinée aux journalistes, mise en place d’une conférence de presse, diffusion de communiqués de presse, etc. L’autre stratégique : aide à la rédaction de la prise de parole du procureur, timing de sa communication, veille médiatique, etc. L’objectif étant d’aider les parquets à communiquer en toute sérénité, et avec stratégie, en temps de crise médiatique. En septembre, l’un des conseillers du ministre de la Justice avait expliqué à Dalloz actualité que les critères de cet appel d’offres offriraient « un niveau premium au service des juridictions ».

Le montant de ce marché est de 500 000 € maximum par an avec possibilité de sous-traitance en ce qui concerne l’aspect logistique des conférences de presse, selon l’appel d’offres (v. l’Accord-cadre services de conseil et d’accompagnement en communication de crise pour le ministère de la Justice). Chaque prestation effectuée pour une juridiction sera déduite du budget global. Rien n’empêche les parquets spécialisés comme le parquet national financier (PNF) ou le parquet national antiterroriste (PNAT), qui disposent d’un magistrat dédié à la communication, de solliciter le cabinet de conseil Crisalyde.

 

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