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Mathieu Delahousse, La Chambre des innocents

Dans son dernier livre, marqué par une délicate sobriété, Mathieu Delahousse détaille avec précision et finesse le fonctionnement de la Commission nationale de réparation des détentions. Au termes de douze jours d’audience, le journaliste tente de répondre à cette impossible question : comment « réparer de la prison » ?

par Thibault de Ravel d’Esclaponle 5 avril 2017

Il y a dans Le Faux Coupable d’Alfred Hitchcock (The Wrong Man, 1956) un plan magistral. On voit Henry Fonda totalement abattu. Il est adossé au mur de sa cellule du commissariat de la 110e rue de New York. Le visage n’est plus totalement neutre. L’impassibilité s’est fissurée au fur et à mesure que les portes de la culpabilité imposée et forcée se sont refermées sur l’innocent joueur de contrebasse. Les murs tournoient, l’enfermement dévoile sa puissance vertigineuse. Sans doute y a-t-il une part d’artifice dans ce plan, ce qui a permis à Truffaut de le qualifier d’« effet antiréaliste ». Il n’en demeure pas moins qu’en faisant littéralement tourbillonner les murs, Hitchcock révèle ce qu’est ce « choc carcéral » qui nourrit l’excellent ouvrage de Mathieu Delahousse.

L’hypothèse de départ est simple. Elle se résume à un lieu, difficile à trouver dans les méandres du Palais, nous dit le journaliste. Une petite salle dans un préfabriqué, parfois délocalisée au gré des procès d’assises, abrite la Commission nationale de réparation des détentions. Chaque premier lundi du mois, devant une formation composée de magistrats de la Cour de cassation, on y applique l’article 149 du code de procédure pénale. Selon cette disposition, « […] la personne qui a fait l’objet d’une détention provisoire au cours d’une procédure terminée à son égard par une décision de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement devenue définitive a droit, à sa demande, à réparation intégrale du préjudice moral et matériel que lui a causé cette détention ». Réparer le préjudice causé par la détention : voilà la mission assignée à cette commission que Mathieu Delahousse dénomme par cette jolie expression de « chambre des innocents ». Elle intervient une fois que le premier président de...

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