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Patrick Balkany aurait aimé « vivre comme tout le monde »

Patrick Balkany a développé, lundi, devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, la théorie de l’engrenage pour expliquer la situation de fraude de son couple. « Oui, on aurait aimé vivre comme tout le monde, avoir des maisons à notre nom. Mais une fois que le mal était fait au départ, c’est très difficile de changer en cours de route, surtout dans notre situation de personne publique. »

par Pierre-Antoine Souchardle 28 mai 2019

Après avoir examiné les conditions d’acquisition de leur résidence principale, le moulin de Cossy, et de la villa Serena, le tribunal s’est penché lundi sur celles de la villa Pamplemousse. Une « maison en mauvais état », dixit le maire de Levallois, acquise en 1997 par son épouse pour 3,3 millions de francs mais jamais déclarée au fisc.

Mme Balkany est absente depuis le 13 mai, date de l’ouverture du procès, en raison d’une tentative de suicide aux médicaments. Si elle est sortie de l’hôpital, a fait savoir son avocat, Me Pierre-Olivier Sur, « les médecins considèrent que son état psychologique demeure trop fragile » pour qu’elle puisse assister aux débats. Notamment au regard du « climat de cette audience publique hyper médiatisée et hystérisée par les réseaux sociaux ».

Cette villa Pamplemousse a été achetée via une société offshore au Liechtenstein, Real Estate FWI, représentée par une fiduciaire suisse, Kimar, émanation d’une autre fiduciaire Atlas Finanz Services. La même société qui s’occupait de la villa que M. Balkany détenait aux Antilles, via une offshore, jusqu’à sa vente en 2002. Atlas Finanz Services est dirigée par Hans-Peter Jörin.

Selon le rapport du président, Mme Balkany a acheté cette maison avec l’argent que lui ont donné son frère et sa sœur en 1995 par compensation, celle-ci ayant été lésée lors de la succession de son père en 1982. Après la rupture avec son époux, son frère et sa sœur lui ont donné 5 millions de francs chacun.

C’est durant sa garde à vue, lors de sa cinquième audition, le 22 mai 2014, que Mme Balkany a fini par reconnaître que cette villa lui appartenait. Jusqu’alors, elle avait soutenu mordicus que le couple n’en était que locataire, alors qu’aucun contrat de bail n’avait jamais été retrouvé. Même si, par exemple, l’abonnement annuel de Canal + était au nom de monsieur.

Devant les enquêteurs, puis les juges d’instruction, Mme Balkany a expliqué que cette « situation [la] dérangeait ». « Je suis prête aujourd’hui à assumer la fraude fiscale qu’elle a représentée. Mais, pendant toutes ces années, j’ai agi un peu comme ayant un déni de cette situation qui me dérangeait vraiment. La réalité, c’est que, quand cet engrenage s’est mis en route, c’était impossible de revenir dessus ».

Interrogé lundi pour savoir si son épouse lui avait fait part de cette gêne, M. Balkany a répondu : « Mais bien sûr. Ce n’était pas seulement la sienne, c’était la nôtre. On s’est retrouvé dans une situation désagréable pour des élus », à savoir détenir « des biens en France qui appartiennent à des sociétés étrangères ».

Alors, pourquoi passer par des fiduciaires et des sociétés-écrans ? « C’était en quelque sorte un engrenage. Je vous l’ai expliqué avec l’argent de mon père, c’est pareil avec celui de mon épouse. » Donc, quand on a mis le doigt dedans… on a mis le doigt dedans. Et comme les Suisses sont des champions de l’optimisation fiscale, il ne faut donc pas s’étonner du nombre de structures mises en place. « C’est la théorie du jeu de piste et du paradis fiscal. On cherche le meilleur endroit où on paye le moins. Vous savez, un paradis fiscal c’est toujours par rapport à un enfer fiscal », assène M. Balkany.

— « Existe-t-il un enfer fiscal ? », lui demande le président.

— « Je ne sais pas. Demandez en Europe, aux Irlandais, aux Maltais ce qu’ils pensent de la fiscalité française », lui répond-il, avant d’ajouter : « Mais vous voyez, ils sont très pragmatiques les Suisses ».

Au président, qui lui fait remarquer que le schéma mis en place pour la villa Pamplemousse est presque identique à celui de la villa Serena (v. Dalloz actualité, 24 mai 2019, obs. P.-A. Souchard ), le pragmatique maire de Levallois-Perret rétorque, sans que cille sa défense : « Ce sont les mêmes gens, la même équipe. C’est leur manière de travailler. Ils n’inventent rien, moi non plus ». Et de regretter que le bon Hans-Peter Jörin, son gestionnaire de fortune, n’ait pas été cité comme témoin. « Un homme charmant, qui parle très bien le français avec un fort accent suisse-allemand. »

Tout cet argent, qui a permis au couple d’acheter des maisons qu’ils ne pouvaient détenir à leurs noms, à la différence de beaucoup de Français, n’est pas « l’argent de la corruption », martèle l’élu. «  Je voudrais faire remarquer que c’était de l’argent familial, rien que de l’argent familial. Un point c’est tout. » Comme quoi, la vie d’élu, ce n’est pas simple, surtout lorsque cet élu détient des avoirs à l’étranger non déclarés au fisc. « Si je n’avais pas été élu, je l’aurais fait depuis longtemps. » 

La semaine dernière, il avait expliqué peu ou prou la même chose. S’il n’avait pas déclaré les fonds détenus à l’étranger en 2009 auprès de la commission ad hoc créée par le gouvernement, c’était pour ne pas nuire à son parti, comprenez à son ami Nicolas Sarkozy, alors président de la République. C’est donc la faute aux circonstances. Et aussi, parfois, celles des autres. Rarement la sienne.

Reprise des débats mercredi sur l’opération des Tours de Levallois, la villa de Marrakech et les faits de corruption reprochés à M. Balkany.

 

 

Sur le procès du couple Balkany, Dalloz actualité a également publié :
• «
 Avec tout ce que j’ai entendu, vous voulez que je garde le silence ? », par P.-A. Souchard, 15 mai 2019
• Procès Balkany
 : « J’aurais préféré prendre un café avec vous », par P.-A. Souchard, 16 mai 2019  
• Quatre ans ferme et mandat de dépôt requis contre «
 l’homme le plus honnête du monde », par P.-A. Souchard, 17 mai 2019
• Entre «
 la cuisine des Suisses » et « le procès des juifs », la ligne de défense de Patrick Balkany surprend, par P.-A. Souchard, 24 mai 2019

 

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