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Patrick Balkany, en campagne dans le prétoire

La 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris a procédé, mardi 11 juin, à l’examen de personnalité des prévenus du procès Balkany avant le réquisitoire, attendu jeudi.

par Pierre-Antoine Souchardle 12 juin 2019

Entre réflexions frappées au coin du café du commerce et propos de réunions électorales, Patrick Balkany, jugé notamment pour blanchiment de fraude fiscale et corruption depuis quatre semaines par le tribunal correctionnel de Paris, s’est livré à un plaidoyer pro domo lors de cette journée d’audience consacrée à la personnalité des prévenus.

S’il voulait émouvoir les électeurs de Levallois-Perret qui le réélisent tous les sept ans à la mairie, exception faite des années 1995 à 2001, Patrick Balkany ne s’y serait pas pris autrement.

« Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, Monsieur le Président. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y a pas de plus grand bonheur que de s’occuper d’une ville. Aider les gens, ça a été mon boulot. Pendant trente-cinq ans, je n’ai fait qu’aider les autres. » Aider les gens, les petits et les grands, quelle que soit leur catégorie sociale. Ces enfants qu’il a vus grandir, qu’il a mariés…

Si Staline fut le petit père du peuple, Patrick Balkany, qui se définit comme un anticommuniste primaire, se voit comme le grand-père des enfants de Levallois. « Je suis grand-père, j’ai quatre petits-enfants, mais j’ai l’impression d’en avoir 5 000 », lâche-t-il, euphorique, à la barre du tribunal, qui ne s’attendait pas à une telle parentèle.

S’il ne sait pas ce que l’avenir judiciaire lui réserve, Patrick Balkany rappelle ses réélections triomphales à la tête de la municipalité. « Les gens, s’ils vous élisent, c’est parce qu’ils sont heureux de ce que vous faites pour eux. Le maire, c’est le seul homme politique que les gens aiment », s’enflamme-t-il. En 1983, M. Balkany a enlevé la commune que le maire communiste Parfait Jans tenait depuis près de vingt ans. À l’entendre, la dette de Levallois-Perret, c’est la faute aux communistes qui n’avaient rien construit pour la ville. Construction d’équipements sportifs, écoles, collèges, lycée, médiathèque, conservatoire, etc. Cette politique de grands travaux lui a valu parfois le sobriquet de Haussmann de Levallois-Perret. « Je suis fier de ce que j’ai fait », se félicite M. Balkany.

Sa seule vraie joie, donc, fut la mairie de Levallois. Au passage, il indique au tribunal qu’il n’a jamais eu de patron dans sa vie professionnelle, alors il n’en voulait pas en politique, ce qui explique qu’il ne soit jamais devenu ministre.

Homme d’argent, Patrick Balkany ? « C’est vrai que ça me colle à la peau depuis très longtemps », explique-t-il au président Benjamin Blanchet. Il rappelle, comme il l’a fait tout au long du procès, que lui et son épouse viennent de « familles très aisées ». Cigale plutôt que fourmi, s’il devait se classer parmi les insectes. « Je ne suis pas un homme d’argent, je suis quelqu’un qui a fréquenté l’univers des étoiles », glisse Patrick Balkany rappelant sa folle jeunesse, entre Michel Sardou au pensionnat, Johnny Hallyday, son ami jusqu’au dernier souffle, au golf Drouot, Robert Hossein et toutes les stars qu’il a fréquentées.

« L’argent, c’est pour faire plaisir aux enfants, pour faire plaisir aux amis », selon M. Balkany, qui semble regretter la notoriété que lui a apportée la vie politique. À l’entendre, il veut toujours faire plaisir aux autres. Et voilà, c’est ainsi, en voulant faire plaisir Mohamed Al Jaber (v. précédents papiers) en visitant des villas à Marrakech pour lui qu’il s’est trouvé pris dans les filets de la justice.

« Monsieur le Président, c’est très dur d’avoir passé sa vie à défendre les autres et, aujourd’hui, de se retrouver jeter en pâture, servir de bouc émissaire », commence-t-il, avant de s’en prendre aux réseaux sociaux. « Mais heureusement que j’ai les Levalloisiens derrière moi », conclut-il avant d’aller se rasseoir. Avant lui, à Levallois-Perret, il n’y avait rien. Après lui, la question se pose.

En l’absence d’Isabelle Balkany, toujours convalescente après une tentative de suicide le 1er mai, c’est son avocat, le bâtonnier Pierre-Olivier Sur, qui a porté sa voix. Parfois de façon très théâtrale, au point de décrédibiliser le texte que Mme Balkany est censée avoir écrit. Son avocat a rappelé qu’elle avait des difficultés à se mouvoir, des absences et des problèmes cardiaques.

Enfance choyée et dorée, père ayant fait fortune dans le négoce puis dans le caoutchouc, une vie dans un hôtel particulier du XVIe arrondissement. Un bac obtenu à 15 ans, puis le droit, « car à l’époque on obtempérait à son père ». Ses premiers pas au journal Combat qui appartenait à l’un de ses oncles, Europe 1 comme directrice de la communication, sa rencontre avec Patrick en 1975. « Ce fut le coup de foudre total, immédiat, pour la vie. »

Au-delà de ce résumé de soixante et onze ans de vie, lu par son avocat, Mme Balkany a reconnu sa faute, la fraude fiscale, celle de ne pas avoir déclaré la villa Pamplemousse à Saint-Martin aux Antilles. Une faute qui, « si elle n’a pas d’excuses, a néanmoins des explications ». À rechercher dans au sein de sa famille. À savoir la compensation donnée par son frère et sa sœur. En effet, quelques années avant, ceux-ci, après avoir racheté les actions de leur sœur Isabelle, ont revendu l’entreprise familiale avec une confortable plus-value. La condition posée par le frère et la sœur : que l’argent ne revienne pas en France. Donc ce sera un achat de villa aux Antilles.

Auparavant, les quatre autres prévenus, Jean-Pierre Aubry, Arnaud Claude, Mohamed Al Jaber et Alexandre Balkany, ont exprimé qui sa fierté, qui ses regrets, qui son impossibilité à chiffrer sa fortune, qui sa souffrance d’avoir été le fils de.

Reprise des débats mercredi avec plaidoirie de la partie civile et réquisitoire.

M. et Mme Balkany et leur fils Alexandre sont poursuivis pour « blanchiment de fraude fiscale » et encourent jusqu’à dix ans d’emprisonnement. MM. Balkany et Al Jaber sont poursuivis pour corruption, MM. Claude et Aubry pour complicité de corruption.

 

 

Sur le procès du couple Balkany, Dalloz actualité a également publié :

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• Procès Balkany
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