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Penelope Fillon, « représentante de son mari »

François Fillon, sa femme, Penelope Fillon, et son ancien suppléant parlementaire, Marc Joulaud, comparaissent, à des degrés divers, pour détournement de fonds publics par personne chargée d’une mission de service public, complicité et recel de ce même délit, complicité et recel d’abus de bien sociaux et déclaration mensongère à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

par Marine Babonneaule 3 mars 2020

Comment démontrer qu’un travail rémunéré a été fourni lorsque le périmètre de la mission n’est pas connu ? Voilà la fiche de poste que le parquet national financier doit, lui, remplir pour démontrer que Penelope Fillon, assistante parlementaire de son époux, a été complice de détournements de fonds public.

Il est dit que le parquet a un boulevard devant lui. C’est parfois vrai tant Mme Fillon hésite, élude ou, pire, est bien incapable de répondre aux questions du tribunal sur « la plus-value » de son travail. Elle apparaît, souvent, comme « l’épouse de », qui assiste aux mondanités locales en raison de son état civil davantage que son poste d’assistante parlementaire. Quand elle hésite, son mari, à côté d’elle à la barre, la pousse et répond pour elle. « Je voudrais rajouter un point », répète-t-il. Que dire de la litanie des collaborateurs locaux et nationaux que Penelope n’a pas rencontrés et dont certains, interrogés pendant l’enquête, ont dit tout ignorer de son rôle ? D’autres savaient qu’elle avait un rôle mais ignoraient qu’elle était payée. La présidente de la 32e chambre a tenté hier, minutieusement, de les trouver, ces traces de travail.

Hier, la défense du couple Fillon, venue avec valises, classeurs et reproductions d’articles de presse locaux des années 1980 aux années 2000, d’éloges funèbres, de parrainages de jumelages de communes, avait l’intention de justifier, ce que Penelope Fillon a eu du mal à faire à l’audience précédente, son travail auprès de François Fillon. Vague ambiance prud’homale. Telle année, on note la présence de Mme Fillon au comice agricole de la Sarthe. « En quoi cela se rattache à votre mandat de député ? », interroge la présidente du tribunal. Développement économique agricole et crédibilité de la politique française en la matière, répond François Fillon. Penelope Fillon assiste à un vernissage dans une galerie d’art, l’article de presse y mentionne « Mme Fillon, représentante de son mari ». Sa venue à une soirée dans une maison de retraite, à la fin des années 1980 ? Elle y représente encore François Fillon. Pour l’éloge funèbre de tel maire, Penelope Fillon précise qu’elle a rassemblé les éléments pour que son époux puisse écrire le texte. En 1998, il y a ce discours concernant un départ à retraite et cette « petite note manuscrite » dans laquelle quelqu’un répond à une vieille dame. À chaque fois, la magistrale demande à la prévenue quelle a été sa plus-value. Les réponses sont discrètes, parfois laborieuses. « Si les gens me demandaient de l’aide, je les aidais. » Le tribunal s’interroge encore sur son utilité alors que François Fillon disposait d’une secrétaire expérimentée à la mairie. Pour répondre au courrier que le député recevait à son domicile, Penelope notait dans des carnets des éléments de réponse qui servaient ensuite à son mari et à sa secrétaire. Des carnets qu’elle n’a jamais gardés. Pour la défense, Penelope Fillon, n’était pas une simple « passeuse » car elle faisait le tri entre ce qui avait un intérêt et ce qui n’en avait pas.

Malgré tout, comment démontrer qu’un travail rémunéré a été réellement exécuté quand personne ne sait vraiment en quoi il consiste ? « Le rôle de Penelope était de superviser les choses, il était de faire le lien entre les équipes et moi-même. Je n’ai jamais demandé à Penelope de faire du secrétariat. Oui, c’est un rôle de donneur d’ordre, avec un niveau de relation de confiance que je n’avais pas avec d’autres collaborateurs. » D’où l’absence de traces tangibles, d’archives, d’éléments incontestables. Et puis, a-t-il ajouté, « pendant cinquante ans, un grand nombre de parlementaires travaillaient avec un membre de leur famille. On ne peut juger les faits reprochés sans prendre en compte cette dimension. On ne travaille pas de la même manière. […] Pour les électeurs, s’adresser à son conjoint, c’est s’adresser directement au parlementaire. […] Mais cela a créé des suspicions, la décision de supprimer les membres de la famille a été prise mais vous ne pouvez juger sans prendre en considération ces éléments ».

Les débats se poursuivent jusqu’au 11 mars.

 

 

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