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Le procès criminel de Brigitte Gruel et Georges Tron est ouvert

Georges Tron, maire de Draveil, et son adjointe Brigitte Gruel comparaissent pour viols en réunion devant la cour d’assises de Bobigny. Le procès s’est ouvert mardi 23 octobre et doit se poursuivre jusqu’au 15 ou 16 novembre. Virginie Faux, partie civile, l’accuse d’un viol, qui aurait eu lieu lors d’ébats à trois, dans la salle à manger d’un château. L’autre plaignante, Éva Loubrieu, raconte plusieurs viols intervenus sous la forme de parties sexuelles à trois dans le bureau du maire, auxquelles elle estime avoir participé sous la contrainte. L’une et l’autre évoquent des viols digitaux, des attouchements et actes sexuels forcés sur Brigitte Gruel. Les deux accusés nient.

par Julien Mucchiellile 24 octobre 2018

Avant d’être accusée de viols en réunion, d’être « la Pompadour », « la Gruella » ou encore « la Maintenon », comme la surnommaient des employés de la mairie de Draveil, Brigitte Gruel, 61 ans, fut la fille heureuse d’un couple de fonctionnaires aveyronnais. Née Barbance, elle devint Gruel, puis mère – au foyer – de deux enfants, nés en 1979 et 1982. Installée à Draveil (Essonne) à cette même époque, elle rencontre Georges Tron, coaccusé de viols en réunion sur les personnes de Virginie Faux et Éva Loubrieu, parties civiles, en 1994 au travers de ses activités associatives. Ils se lient d’amitié. Brigitte Gruel est élue à la mairie de Draveil en 2001, où elle se voit petit à petit confier de plus grandes responsabilités – jusqu’à devenir adjointe à la culture. À partir du 24 mai 2011, quand les deux plaignantes ont dénoncé les faits qui occuperont, du mardi 23 octobre au vendredi 16 novembre, la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, mais surtout à partir de sa mise en examen intervenue en juin 2011, Brigitte Gruel a quitté toutes ses responsabilités. Le président de la cour d’assises de Bobigny, Philippe Coirre, lui demande si elle a de brèves déclarations à faire sur le fond. « J’ai vécu un enfer avec ma famille, parce que tout est faux dans les accusations qui me sont reprochées. J’ai été la proie de la vengeance, la proie de la jalousie. J’ai été traînée dans la boue. Tout cela a été orchestré par les deux plaignantes et par d’autres personnes, dont des responsables FN à Draveil. » Le président l’interrompt : ce n’est pas le moment d’aborder la théorie du complot qui lui tient lieu de défense. Elle et Georges Tron ne seront interrogés qu’à la toute fin des débats, lorsque tous les témoins auront témoigné, et que les experts auront expertisé. Pour l’heure, la cour d’assises entend exposer une ébauche des personnes qu’elle juge.

Voici Georges Tron, 61 ans, maire de Draveil depuis 1995, député de 1993 à 2012, éphémère secrétaire d’État à la fonction publique, jusqu’à ce que cette affaire ruine ses hautes ambitions. Georges Tron a brièvement déclaré à la cour : « Depuis le premier jour, le 24 mai 2011, j’ai toujours dit que j’étais totalement innocent des faits qui m’étaient reprochés. Ces faits, relayés de façon extrêmement forte par la presse, cela m’a touché dans ma vie personnelle ». Son avocat Éric Dupond-Moretti soupèse un épais document : « C’est difficile, pour vous, de constater que l’ordonnance on n’en parle pas plus ? ». Deux juges d’instruction, après trois ans d’enquête, avaient rendu une ordonnance de non-lieu, infirmée par un arrêt de la chambre de l’instruction. Ce document lapidaire et cinglant fait une lecture différente du dossier, ce qui fait souffler l’avocat.

En décembre 2017, Éric Dupond-Moretti avait déjà beaucoup soufflé dans cette salle d’audience, si bien que le procès, au bout de quatre jours, s’était écroulé. Il avait ses raisons : le président Régis de Jorna, fort maladroitement, s’était plaint de ne pas être à l’aise dans la direction de ce procès, confiant hors audience et aux parties qu’il aurait préféré qu’une femme fût désignée à sa place. L’avocat, à sa manière, c’est-à-dire avec une extrême véhémence, avait démoli l’audience en y révélant les confidences de Régis de Jorna. Il avait alors fustigé l’intrusion d’opinions militantes dans les débats, craignant que son client soit jugé à l’aune de #MeToo et sur la foi d’une vindicte qui sied mal aux cours d’assises.

Ce mardi 23 octobre, tout était calme et, au-dehors, #MeToo est toujours là. Le procès est prévu sur quatre semaines, ce qui est très long. De nombreux témoins et experts sont attendus, ainsi que les dépositions des plaignantes, les 31 octobre (Virginie Faux) et 7 novembre (Éva Loubrieu).

 

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