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Procès de Tyler Vilus : « J’envisageais de mourir les armes à la main »

La cour d’assises spécialement composée juge jusqu’à vendredi le djihadiste Tyler Vilus, 30 ans, accusé de meurtres en bande organisée terroriste, direction d’une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste. Le mercredi 1er juillet était consacré à l’interrogatoire au fond de l’accusé.

par Julien Mucchiellile 2 juillet 2020

Ce qui caractérise Tyler Vilus, dit le juge d’instruction David de Pas, c’est sa « spectaculaire itinérance », sa « véritable autonomie d’action », ce qui lui fait dire à la cour d’assises de Paris, qui juge le djihadiste jusqu’à vendredi : « je considère qu’il a un vrai relief djihadiste ». Il considère également, et c’est un fait, que Tyler Vilus a beaucoup menti, ce dont l’accusé convient, admettant qu’il attendait que le juge lui présente des éléments incriminants pour s’expliquer sur ces faits.

Au début de l’interrogatoire au fond, qui se poursuit aujourd’hui, le président lui demande : « Pourquoi vous croirait-on aujourd’hui ? » Il demande également de répondre précisément aux questions sans se perdre dans des digressions bavardes, ce que le volubile accusé au discours circulaire ne parvient pas réellement à appliquer. Tyler Vilus est renvoyé pour trois crimes, et seul le premier – association de malfaiteurs terroriste – est abordé ce jour. Cette incrimination englobe cependant la plupart des faits consignés dans le dossier judiciaire de l’accusé, au premier chef duquel, la participation à des combats dans la zone irako-syrienne.

Le président débute : « Moi j’aimerais bien savoir ce que c’est le combat ? »

Tyler Vilus : « Vous voyez rarement les personnes en face de vous, ça se passe à distance, y’a de l’artillerie, c’est rare de se retrouver nez à nez avec une personne. On se faisait bombarder, il fallait y résister, y’avait des morts et des blessés qu’il fallait sortir, ça faisait du bruit. Une fois, j’ai passé toute la journée à vomir à cause des gaz », débite-t-il à toute allure. Qu’il fut un combattant est un fait établi et admis, le président s’intéresse au « relief » du djihadiste Vilus, ses fréquentations et sa relative liberté, son autonomie vis-à-vis du groupe.

« Comment expliquer que, d’une part, vous ayez accès à autant de personnes importantes de l’État islamique, et en même temps qu’il vous soit permis d’avoir une opinion dissidente ? » Cette remarque fait référence à l’épisode au cours duquel Vilus fut jugé et blanchi, notamment pour rébellion, pour s’être opposé au chef des services secrets de l’EI. L’accusé explique que son arrivée précoce en 2012 a fait de lui « un ancien », et lui a permis de jouir d’une autorité et d’un respect dont les plus jeunes étaient dépourvus. S’agissant de ses fréquentations, il revient en 2012, époque à laquelle sa Katibat, sa première, était dirigée par un homme qui par la suite deviendra très important. « À aucun moment on a accepté mon opinion dissidente. Je suis accusé de rébellion, et c’est parce que je connais le juge que je m’en sors, car il a eu confiance. »

Le dossier est si vaste et les faits matériels si nombreux, que chaque point est vite discuté : « Les femmes pourvues de ceintures d’explosif ? Uniquement quand il a fallu les évacuer vers Raqqa, pour dissuader l’ennemi de s’en prendre à elles. Ses qualités d’artificier ? Il ne le nie pas. Mais ce qui intéresse particulièrement le président, c’est sa propagande numérique, son appel aux meurtres de policiers et de « mécréants en général », et ses intentions lorsqu’en juillet 2015 il revient en Europe.

« Vous parlez dans le reportage (diffusé sur France Culture, dans lequel Tyler Vilus témoigne) en disant « moi, là-bas j’ai eu une expérience militaire, je me suis battu face à des chars. » On doit mettre ça sur le compte de la vantardise, ou vous faites référence à une expérience militaire réelle ?

– Un peu des deux, la bataille d’Alep, c’était pas une promenade de santé », répond Vilus. Il y a ce message d’un djihadiste à Tyler Vilus : « Frère un grand plaisir de te voir, t’as bien défouraillé. » Ça veut dire « tirer pour tout ce qui bouge », affirme le président, alors que Vilus soutient n’avoir fait qu’une course en claquette sous le feu de l’ennemi. « “ça défouraille” ça peut vouloir dire plein de choses. C’est une image. »

Par le biais de son compte Facebook « Si tu-veux Monavis », il a diffusé nombre de vidéos d’exactions ou de combat. Il y a notamment cette vidéo dans laquelle Abdelamid Abaaoud est filmé au volant d’un véhicule, tractant des cadavres. « Je vois cette vidéo de BFM TV. Je publie cette vidéo car cela nous fait de la pub. »

« Ça vous fait quoi, cette vidéo ? Est-ce que c’est quelque chose que vous réprouvez ?

– Honnêtement, j’étais pas un grand fan, je ne les regardais pas.

– Alors pourquoi vous les diffusiez, pourquoi autant de zèle ?

– Parce que j’étais un djihadiste zélé, le but (de propagande) est atteint quand je poste cette vidéo. Les vidéos sont destinées aux gens qui ne sont pas en Syrie, pour attirer ou pour faire peur. Moi, je vois énormément de cadavres. » Tyler Vilus est blindé contre l’horreur que peut susciter leur vision.

De son activité sur les réseaux sociaux, dit-il, naît sa notoriété. C’est la raison pour laquelle, dit-il, nombre de djihadistes ont donné son nom lorsqu’il leur fut posé la question de leur recruteur. Mais Tyler Vilus dément avoir rempli cette fonction : « Y’a énormément de gens qui connaissent mon nom, parce que je fais de la propagande. C’est possible qu’ils m’aient parlé sur les réseaux, mais je ne m’impliquais pas dans la venue des gens. » Il reconnaît en revanche avoir facilité ou organisé le passages de certaines femmes : l’une de ses épouses, sa mère, et les deux épouses de Rached Riahi. Son activité de policier, attestée par de nombreux témoignages, mais également par des messages envoyés par lui à sa mère et d’autres djihadistes, il la cantonne à une sphère militaire, et à une période de trois mois environ : « Mes fonctions c’est tout ce qui concerne la fonction d’un combattant, le vol, les manquements, le comportement, l’irrespect des règles du djihad -

– Vous travaillez comment ? Vous avez un uniforme ?

– Non, pas d’uniforme particulier. Un policier c’est un combattant de l’EI. C’est verbal, on n’a pas le choix d’obéir ou pas. »

À la fin de 2014, ses messages se raréfient. « Puis on en arrive à un moment décisif, vous allez quitter la Syrie.

– Tous les gens que je connaissais sont morts, je n’ai plus rien à faire ici, je dis que je veux sortir. Je savais qu’il allait abonder dans mon sens. On me dit : tu veux sortir avec une équipe ou sortir tout seul ? Je dis tout seul. On ne m’avait pas donné de cible, on m’a demandé “tu sais ce que tu vas taper” ? J’ai répondu que je n’avais pas d’idée. »

Au journaliste David Thomson, il avait écrit : « On sait jamais, que je tue des gens à Paris, tu serais content que je te le dise ? » Il commente aujourd’hui : « ça arrive comme ça dans la conversation.

– Et en même temps, cela fait référence à des choses qui sont arrivées

– Ça n’a strictement rien à voir avec un fait qui va se produire. Lui-même sait que quand je sors ce genre de phrase … j’en sors tout le temps ! »

Il est arrêté le 2 juillet 2015 à l’aéroport d’Istanbul. Au début de l’audience, après avoir affirmé qu’il comptait s’installer en Mauritanie avec sa famille, il avait admis « vouloir poursuivre le djihad ».

« De quelle manière vous entendiez poursuivre votre djihad ?

– Je pars sans projet défini.

– Permettez-moi quelques doutes. Vous décidez de quitter l’EI, mais de poursuivre le projet djihadiste. Vous laissez votre famille, vous faites vos adieux à Rached Riahi (son meilleur ami, ndlr), ça veut dire que vous êtes déjà passé à autre chose.

– À ce moment-là dans ma tête je vais mourir, je vais continuer le djihad donc forcément je vais mourir.

– Vous alliez commettre un attentat ?

– Franchement, je peux pas vous dire oui, car je n’ai pas de cible définie. Je vais pas me tuer moi-même, car je n’étais pas 100 % convaincu que ça mène au paradis, mais en tout je vais faire inghimassi. J’envisageais de mourir les armes à la main, dans un combat. » 

 

Commentaires

Celui là se retrouve devant la cour d'assises contrairement à ses semblables recrutés et entraînés par les services spéciaux français dans des bases en Jordanie.
Personne ne s'inquiète de savoir qui recrute et arme de tels fous ni dans quel but. La guerre en Syrie est menée par les occidentaux (France, USA et GB) pour s'emparer des ressources du pays. Comme les troupes régulières ne peuvent aller sur le terrain on recrute des auxiliaires locaux pour renverser le régime d'Assad. Quant à la France c'est une vieille histoire, elle a commencé à harceler la Syrie dès 1945 par le bombardement de cette année. L'armée française a quitté la Syrie en 1948 en détruisant Damas. Ce qui peut être qualifié d'acte terroriste ou de crime de guerre au titre de la jurisprudence née à Nuremberg.

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