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Procès des écoutes : « Je n’ai jamais demandé à Thierry Herzog d’intervenir »

L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog et l’ex-avocat général près la Cour de cassation Gilbert Azibert comparaissent depuis le 23 novembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption, trafic d’influence et violation du secret professionnel.

par Marine Babonneaule 3 décembre 2020

Hier, il a fallu se plier au lamentable spectacle d’une partie civile dangereuse, qui n’a rien à faire à ce procès, entraînée par une question douteuse de la représentante du parquet national financier à l’adresse de Gilbert Azibert. Il n’en sera pas fait état ici.

Gilbert Azibert, l’ancien magistrat à la Cour de cassation, va le répéter : il n’a jamais tenté d’obtenir, à la demande de son ami Therry Herzog, des informations sur le délibéré concernant la décision à venir sur la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy dans le cadre de l’affaire Bettencourt. Il n’a pas plus demandé en échange ou accepté en contrepartie un poste de conseiller à Monaco puisque c’est lui-même qui avait fait des démarches, seul, pour être conseiller d’État au sein de la principauté. Quant à son amitié avec l’avocat de Nicolas Sarkozy, elle a débuté vingt-cinq ans plus tôt. Les deux hommes s’apprécient, s’appellent souvent, travaillent dans des immeubles proches, déjeunent et dînent ensemble, étant tous deux des « célibataires géographiques ». D’autres avocats se joignent parfois à eux et « nous parlons de point de droit », autour d’un café. « J’ai toujours fonctionné comme ça. » Nicolas Sarkozy, en revanche, il ne le connaît pas. Ils se sont vus à trois reprises, « je ne compte pas la remise de la Légion d’honneur à Thierry Herzog à l’Élysée », précise le magistrat. L’une de ces rencontres se fait par l’intermédiaire de Patrick Ouart, alors conseiller justice du chef de l’État, au cours d’un déjeuner en 2012 ou 2013 pendant lequel Nicolas Sarkozy lui propose de réfléchir à une réforme de la procédure pénale. Rien d’illogique, Gilbert Azibert est certes à la deuxième chambre civile mais il est l’auteur depuis vingt ans du code de procédure pénale Litec. La proposition n’ira pas plus loin, Gilbert Azibert étant victime d’un AVC dont il ne parlera à personne.

Retour à l’affaire Bismuth. Tous les conseillers à la Cour de cassation interrogés pendant l’enquête l’affirment : Gilbert Azibert ne les a pas contactés et ne leur a pas demandé de communication de documents. Oui, il parle avec Thierry Herzog de l’affaire. Et à la Cour de cassation, également. « L’affaire Bettencourt intéresse la France entière et vous voudriez que les avocats généraux et les conseillers l’ignorent ? Ils en ont parlé. » La saisie d’agendas d’un président de la République l’intéressait d’un point de vue juridique : « quelle est la compétence de l’autorité judiciaire pour séparer ce qui relève du personnel et de la fonction ? […] Il y a selon moi une violation du principe de la séparation des pouvoirs. On aurait pu interroger le Conseil constitutionnel ou le bureau des assemblées. Je continue de penser qu’il y a eu violation du droit constitutionnel ». Nicolas Sarkozy, assis, approuve d’un mouvement de tête. Et, ajoute-t-il, le président de la République et son avocat, s’ils voulaient un conseil ou un avis, avaient leur propre avocat aux conseils, « qui était mieux à même de leur donner cela ». Il continue, « le rapport du rapporteur est sur le système informatique. Ce que j’ai dit à Thierry Herzog : le rapport est un document objectif, neutre, qui n’engage en rien, n’incite en rien l’avis du conseiller rapporteur ». La seule chose qu’il a cherché à connaître, c’est la date du délibéré. Le résultat de tout cela est connu : la Cour de cassation a donné tort au pourvoi de l’ex-chef de l’État.

Christine Mée, la présidente du tribunal, insiste.

— Thierry Herzog vous a sollicité pour avoir une information en tant qu’ami, pour glaner des informations privilégiées ou avoir une influence sur des personnes à la Cour de cassation.

— Thierry Herzog ne m’a pas sollicité, pas du tout, maintient Gilbert Azibert. Mais nous avons parlé du rapport, de la nature juridique du rapport, de son objectivité qui présente les moyens des parties. L’avis en revanche est secret et l’on ne peut pas savoir à l’avance, sauf les membres de la chambre au cours du délibéré.

— Pourquoi Thierry Herzog au téléphone dit-il à Nicolas Sarkozy que vous auriez des informations privilégiées sur l’avis de l’avocat général avant la diffusion, un avis secret du conseiller rapporteur ? Ce qui ressort des conversations téléphoniques, dans sa façon de rapporter votre échange, c’est que Thierry Herzog semble indiquer que vous apportez des informations précises, non ?

— Un, l’avis de l’avocat général, Thierry Herzog en a été destinataire, il n’a pas besoin de moi pour cela. Deux, le déjeuner que l’on me prête avec un magistrat de la Cour de cassation n’existe pas, cela a été vérifié. Trois, la conversation entre Thierry Herzog et le président Sarkozy, je n’en étais pas partie ! Je ne peux savoir ce qui s’est dit ! Mais je conteste formellement avoir eu ces propos auprès de mon ami Thierry Herzog. Je n’ai jamais eu connaissance de cet avis et je n’ai jamais cherché à en avoir connaissance !

— Là, Thierry Herzog fait référence à vous comme ayant des informations (la présidente a relu l’extrait d’une conversation entre l’avocat et Nicolas Sarkozy, ndlr). Pourquoi ? Pourquoi vous prête-t-il ces propos ?

— C’est la cinquième colonne ! […] Je ne sais pas pourquoi. Si nous en sommes au stade de la supposition, Thierry Herzog a peut-être voulu rassurer son client.

[…]

Quant au poste promis à Monaco, est-ce Thierry Herzog, encore, qui lui en a parlé ? « Le hasard a fait que je voyais Thierry Herzog assez souvent. Il aborde la question de Monaco en disant qu’il y va souvent et moi, je lui réponds “tiens, c’est marrant, je suis candidat pour un poste de conseiller d’État”. À plusieurs reprises, il m’a demandé d’intervenir pour moi auprès de Nicolas Sarkozy. J’ai toujours refusé. Je le remercie de sa fidélité et de son amitié, car c’est un ami à qui on dit “n’interviens pas” et qui intervient quand même. » La démarche n’a en réalité jamais été effectuée, même si l’avocat l’assure plus tard à son interlocuteur. « Monaco, c’était de toute façon fini pour moi à ce moment, j’avais été malade. Je n’ai jamais demandé à Thierry Herzog d’intervenir. »

Les débats se poursuivent aujourd’hui avec l’audition de Thierry Herzog.

 

Sur le procès des écoutes Bismuth, Dalloz actualité a également publié :

Procès des écoutes Bismuth : l’audience suspendue dans l’attente d’une expertise médicale, par Marine Babonneau le 23 novembre 2020
• Procès des écoutes : la défense contre « le stratagème » du parquet national financier, par Marine Babonneau le 1er décembre 2020

 

Commentaires

Des déjeuners entre célibataires géographiques pour parler de droit... Mais jusqu'où va se nicher la conscience professionnelle à ces hauts degrés hiérarchiques!

A mon sens le prévenu Azibert s'est montré très léger dans cette affaire pour un avocat général près la cour de cassation . Ses explications semblent embarrassées . A son corps défendant, il jette un discrédit sur l'ensemble de la justice française ! Il aurait dû se montrer plus circonspect . Cette affaire laisse un goût amer dans la bouche . La justice française ne sort pas grandie de cet embrouillamini. Bien cordialement
Claude VOLNY-ANNE Greffier en chef retraité du Parquet Autonome de Paris.

Je ne partage pas l'opinion d'Anne-Claude Volny qui précéde ; le rapport qui est fait de l'audience ou s'exprime le haut magistrat AZIBERT évoque non pas des explications embarrassées, mais une négation très plausible de toute intervention et même de tout démarchage, qui ne semble contredit que par une conversation (écoutée dans des conditions qui demeurent scandaleuses pour un avocat) entre deux tierces personnes. Si une personne qui a ses raisons dit à une autre que vous êtes un salaud, est-ce que vous l'êtes pour autant ? Et rappelons qu'en toute hypothèse et jusqu'à nouvel ordre c'est à l'accusation de démontrer la culpabilité, et non au prévenu de prouver son innocence. A moins que Me Herzog ne confirme pas à son tour, ce qui est haurement improbable, le dossier parait vide. Tout ça pour ça,...ou bien pour salir un ancien chef d'état au ras des égouts ? ou pire encore aux ordres d'un cabinet noir ?

Je ferai remarquer à François de La Vaissiere que mon nom n'est pas Anne-Claude Volny mais Claude VOLNY-ANNE . Il suffit de bien lire les commentaires
! C'est son droit de ne pas partager mon analyse . Celà ne veut pas dire qu'il a raison

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