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« Qu’est-ce qu’il y a de drôle à dire que Miss France a un cancer des gencives ? »

Le hacker du compte facebook de Laura Smet a été jugé ce mardi à Paris, une affaire qui avait défrayé la chronique people il y a trois ans. Compte-rendu d’audience du procès d’un jeune homme reclus.

par Gabriel Thierryle 17 décembre 2020

L’affaire du piratage du compte de Laura Smet vient de connaître son épilogue judiciaire. Mardi 15 décembre, la première section de la 13e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris a condamné le hacker à un an d’emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire pendant trois ans, assorti d’obligations de soin et de travail. L’affaire avait fait les choux gras de la presse en 2017. Plusieurs personnalités, la fille de Johnny Hallyday, Laura Smet, mais aussi une chroniqueuse de télévision, une ancienne Miss France ou encore un réalisateur de cinéma avaient vu leurs comptes facebook piratés. 

Oscar (*) est venu en voisin pour cette audience. Le prévenu, un garçon aux cheveux rasés de 38 ans qui en paraît deux fois moins, est né dans le 17e arrondissement. Le jeune homme, retrouvé facilement à l’époque par les enquêteurs – l’analyse d’un compte email ayant revendiqué le piratage avait permis d’identifier une adresse IP – s’accroche à la barre, dans sa grande parka noire, puis se frotte les yeux. Cela fait plus d’une demi-heure qu’il répond, tantôt par oui ou par non, tantôt un peu plus longuement, aux trois magistrats du tribunal. On est arrivé à l’examen de personnalité.

• C’était quoi vos projets au lycée ?, demande la présidente. Oscar, sans histoires jusque-là, a échoué l’année du bac. Pour ensuite, avait déclaré son père au Parisien, vivre reclus dans la chambre familiale.

— J’en avais pas, répond-il.

— Et aujourd’hui ?

— Je veux pas le dire.

« C’était très simple »

Timide, voire asocial, Oscar est bien plus expansif sur la façon dont il s’est emparé des comptes Facebook des célébrités. Le jeune parisien, déjà condamné pour des faits similaires à six mois de prison avec sursis en 2016, a agi avec une simplicité déconcertante. Après avoir retrouvé l’adresse email des personnalités, il lançait depuis son téléphone la procédure de régénération de mot de passe en demandant à répondre à la question prévue. Dans les carnets d’Oscar, les enquêteurs retrouveront la trace d’environ vingt-cinq comptes compromis

— Vous avez ciblé des personnes ayant une certaine notoriété ?
— Pas forcément, il y a aussi des anonymes. En fait je suis allé là où c’était le plus simple. Je réponds aux questions de sécurité, je clique sur « J’ai oublié mon mot de passe ». C’est plus simple avec les célébrités. Pour Laura Smet, la question c’était l’acteur dans la piscine. C’est Alain Delon. C’est très simple.

Pour une autre célébrité, c’était encore plus facile. Le hacker a deviné directement son mot de passe. Il s’agissait du nom d’un concours que cette personne avait gagné. Oscar tentera de vendre les infos glanées dans le compte de Laura Smet – messages privés, photos – à deux titres de la presse people.

— Chez Closer, ils m’ont dit non tout de suite, quand j’ai dit que c’était du piratage, raconte-t-il. Mais chez Voici, j’ai été dans le bureau du rédac’chef.
— Sur votre téléphone Samsung, on a retrouvé 90 photos, dont de nombreuses de Laura Smet, pourquoi ?
— J’avais rendez-vous chez Voici, je ne savais pas ce qui pouvait intéresser.

Estimant que le magazine va reprendre les informations volées sans le payer, Oscar publie quelques jours plus tard le faux message de Laura Smet annonçant le cancer généralisé de son père. « Seul le cercle intime est alors en courant, se désole Me Benjamin Bohbot, l’avocat de l’actrice. Quand ce message a été diffusé, tout le monde a cru que Laura Smet l’avait fait volontairement ».

Laura Smet, pas rancunière, demande seulement un euro de dommages et intérêts, au vu de la pauvreté du prévenu – une autre partie civile demande elle 50 000 € en réparation du préjudice économique. Son avocat vole d’ailleurs une nouvelle fois à la rescousse d’Oscar, venu sans conseil. « Vous n’auriez pas du faire l’objet d’une mesure de détention provisoire », lui rappelle-t-il. Soit quatre mois qui ont fait réfléchir le jeune homme.

Mauvaises blagues

Pour les autres victimes, Oscar dit avoir piraté leurs comptes par jeu. L’une des personnes qui a fait les frais de cette mauvaise blague est là. Ce réalisateur s’approche de la barre à l’invitation de la présidente. « Après le piratage, j’avais fait des captures d’écran, se souvient-il. La mort d’une actrice avec un texte violent et obscène avait été annoncée sur mon compte. Je me suis demandé les raisons d’une telle violence ».

— Je voulais faire une blague, tente maladroitement Oscar. Je pensais juste faire des blagues.
— Qu’est-ce qu’il y a de drôle à dire que Miss France a un cancer des gencives ?, rétorque la présidente.

On arrive à la fin du procès. Oscar n’a rien à dire.

 

(*) Le prénom a été modifié

 

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