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Rançongiciel Locky : la défense d’exaspération des avocats de l’unique prévenu

Au premier jour du procès d’Alexander Vinnik, un Russe soupçonné d’être l’un des propagateurs du rançongiciel Locky, ses trois défenseurs n’ont pas joué la même partition. Deux s’en sont tenus à une défense d’exaspération quand le troisième s’est dissocié de ses confrères.

par Pierre-Antoine Souchardle 20 octobre 2020

Le ton a été vite donné. Alexander Vinnik, remis à la France le 23 janvier 2020 par la Grèce, est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour quatorze chefs de prévention. Avec un certain nombre de victimes pour chacune d’entre elles. Cela va de la tentative d’extorsion à l’extorsion via le rançongiciel Locky au blanchiment en bande organisée, en passant par l’accès frauduleux dans un système de traitement de données.

Près de deux cents victimes ont été recensées par les enquêteurs. De simples particuliers, des professions libérales, dont des avocats, des établissements publics, une banque, des sociétés de diverses tailles.

Deux des trois avocates de M. Vinnik, Mes Ariane Zimra et Zoi Konstantopoulou, ont souhaité que la présidente lise le nom des victimes pour chaque infraction. Une demande dont s’est désolidarisé le troisième avocat, Me Frédéric Belot. Ambiance.

Une lecture fastidieuse et répétitive à laquelle elle s’est prêtée pendant près d’une demi-heure. Dans le box, le prévenu, cheveux ras et veste de survêtement noire, masque chirurgical sur le visage, écoute l’interprète.

Une fois achevée cette lecture, les deux avocates ont plaidé la nullité de l’ordonnance de renvoi, avant de demander le renvoi du dossier, leur client n’ayant pas eu accès aux scellés originaux saisis lors de son interpellation en Grèce mais à des copies de copies, via les autorités américaines qui souhaitaient le juger. Manœuvre dilatoire, selon le parquet.

Une dernière demande pas tout à fait dans les règles de procédures remarque la présidente. Réponse de Me Konstantopoulou : « Je suis désolée, Madame la Présidente. Je ne suis pas avocate au barreau de Paris. Je n’ai peut-être pas respecté la procédure. Mais je vais le faire ». Ambiance toujours.

Après délibérations, les incidents sont joints au fond et l’audience peut enfin débuter. Il est 16h45. Selon l’accusation, Alexander Vinnik serait l’un des organisateurs et bénéficiaires du rançongiciel Locky. Ce malware, glissé dans la pièce jointe d’un mail, crypte toutes données de l’utilisateur qui le reçoit.

Pour les récupérer, celui-ci doit payer une rançon en bitcoin, une cryptomonnaie. Selon les enquêteurs, une partie de ces fonds ont ensuite été redirigés vers une plateforme Btc-e.com. Dans une opacité et un anonymat totaux. Et, derrière cette plateforme, toujours selon les enquêteurs, Alexander Vinnik. Sur les 183 victimes françaises identifiées, 20 ont payé.

Selon l’accusation, l’enquête aurait permis d’établir qu’Alexander Vinnik aurait reçu 76 % des rançons payées par l’ensemble des victimes de ce rançongiciel, doit un plus de huit millions de dollars.

« Je n’ai rien à voir avec tout ça », répond-il à la première question de la présidente qui lui demande s’il reconnaît ou conteste les faits qui lui sont reprochés. « J’ai été remis à la France comme un trophée militaire », affirme le prévenu, certain d’avoir été extradé « sans raison légitime et sans motif valable ».

Problème d’interprétariat ou problème de compréhension, les réponses de M. Vinnik sont évasives. Autodidacte de l’informatique, il n’est en rien le concepteur du rançongiciel. Il ne sait pas programmer. Il a fait en free-lance du « web-design » et du « trading d’actions, de monnaie, d’obligations ». Rien à voir, à l’entendre, avec le profil d’un cyberdélinquant.

La présidente, qui ne souhaite pas voir son nom cité, pose des questions sériées et précises. Alexander Vinnik reconnaît avoir travaillé comme opérateur sur la plateforme Btc-e.com.

La présidente : « Ça consiste en quoi ? »

Alexander Vinnik : « En général, c’est le traitement des ordres des clients de la plateforme ». Il s’occupait des entrées et sorties de fond au sein de la plateforme. Une petite main qui recevait des ordres d’un administrateur. Il « nous donnait des ordres internes dans le cadre de la plateforme ».

La présidente : « Qui était-il ? »

Alexander Vinnik : « Je ne savais pas combien d’administrateurs il y avait et je ne connaissais pas son nom. On l’appelait administrateur. »

La présidente : « Comment avez-vous été embauché ? »

Alexander Vinnik : « J’ai vu une annonce sur internet. »

À l’une des questions de Me Belot, le prévenu affirme qu’il est contre les cyberattaques et se dit désolé pour les victimes. Une nouvelle fois interrogé sur le rôle de l’administrateur, Alexander Vinnik, par le truchement de l’interprète, parle cette fois-ci de l’administration. Avant de se reprendre et d’employer à nouveau le terme d’administrateur. Lapsus ou mauvaise compréhension ?

Reprise des débats aujourd’hui à 13h30.

 

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