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Rançongiciel Locky : Vinnik relaxé des faits de cybercriminalité mais condamné pour blanchiment

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé lundi le Alexander Vinnik des faits de cybercriminalité liés au rançongiciel Locky mais l’a condamné pour blanchiment organisé à cinq d’emprisonnement et 100 000 € d’amende. Le parquet avait requis dix ans et 750 000 €.

par Pierre-Antoine Souchardle 8 décembre 2020

Dossier emblématique de la section cybercriminalité du parquet de Paris, le dossier Locky, du nom de ce rançongiciel qui a fait plus de 5 000 victimes dans le monde entre 2016 et 2018, vient d’être au trois quarts balayé par la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris. L’unique prévenu de cette affaire, Alexander Vinnik, un Russe de 41 ans, a été relaxé de treize des quatorze chefs de prévention.

Si, lors du procès, le ministère public l’a dépeint comme le « chef d’orchestre » de ce rançongiciel, le tribunal semble l’avoir plutôt considéré comme un deuxième, si ce n’est un troisième soliste. Quant aux autres membres de l’orchestre, personne ne connaîtra leur partition, l’enquête ne les ayant jamais identifiés.

Le tribunal n’a donc pas retenu l’extorsion de fonds en bande organisée, l’association de malfaiteurs et toutes les infractions liées à la cybercriminalité comme l’accès frauduleux dans tout ou partie d’un système de traitement automatisé de données.

En revanche, ce citoyen russe de 41 ans est condamné pour blanchiment en bande organisée commis entre le 1er janvier 2016 et le 25 juillet 2017, le tribunal considérant qu’il y avait « suffisamment d’éléments à charge en procédure » montrant son implication dans des opérations de blanchiment « des sommes issues des infractions au rançongiciel Locky » via la plateforme de cryptomonnaie Btc-e.

La décision de la 13e chambre du tribunal correctionnel ne sera pas disponible avant jeudi.

Apparu en 2016, le rançongiciel Locky a touché près de 5 700 personnes dans le monde, dont 183 en France. Une pièce jointe était adressée par mail à des particuliers, des entreprises ou collectivités locales. Une fois ouverte, le logiciel malveillant cryptait les données informatiques. En échange d’une rançon payable en bitcoin, les victimes recevaient une clé de déchiffrement permettant de récupérer les données.

Les rançons ont alimenté plusieurs comptes avant d’en abonder deux autres sur la plateforme Btc-e liés à Alexander Vinnik. Ces fonds en bitcoin ont ensuite été convertis en monnaie fiduciaire avant de disparaître dans la nature. Selon l’accusation, l’enquête aurait permis d’établir qu’Alexander Vinnik aurait reçu 76 % des rançons payées par l’ensemble des victimes de ce rançongiciel, soit un peu plus de huit millions de dollars.

Cette plateforme a été fermée le 15 juillet 2017 à la demande des autorités américaines, le jour de l’interpellation en Grèce de M. Vinnik qui y passait des vacances en famille. Il a été remis à la France en janvier 2020. Son épouse est décédée peu après l’audience, le 11 novembre 2020.

« Toutes ces allégations tombent parce qu’Alexander Vinnik n’a rien à voir ni de près ni de loin avec ça », a déclaré à la presse l’un de ses avocats, Frédéric Bélot. « Le dossier ne tenait pas », a indiqué à Dalloz actualité Me Zimra. « Cela montre que l’instruction a été faite n’importe comment », a-t-elle ajouté.

Le tribunal a condamné M. Vinnik à verser près de 35 000 € de dommages et intérêts à sept parties civiles et en a débouté dix-neuf autres. Sa défense réfléchit à un appel. Tout comme le parquet de Paris.

 

 

Sur le procès Alexander Vinnik, Dalloz actualité a également publié :

Distribution de masques chirurgicaux à l’audience : la défense dénonce une « mise en scène », par P.-A. Souchard, le 29 janvier 2020.

Rançongiciel Locky : la défense d’exaspération des avocats de l’unique prévenu, par P.-A. Souchard, le 20 octobre 2020.

Rançongiciel Locky : un cas d’école, selon un enquêteur, un travail bâclé selon le prévenu, par P.-A. Souchard, le 21 octobre 2020.

Procès Vinnik : incidents, par P.-A. Souchard, le 22 octobre 2020.

Rançongiciel Locky : « Si j’avais vu que la plateforme servait à blanchir des fonds, je me serais adressé à la police », par P.-A. Souchard, le 23 octobre 2020.

Dix ans requis contre la « tête pensante » du rançongiciel Locky, par P.-A. Souchard, le 26 octobre 2020.

 

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