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Réforme des retraites : 20 000 personnes dans la rue dont les avocats

Aux côtés de treize autres professions, les avocats ont défilé le 16 septembre contre la réforme des retraites en préparation qui fondrait leur caisse dans le régime universel. Selon le Conseil national des barreaux, les participants étaient 20 000, toutes professions confondues ; la moitié selon la préfecture de Paris.

par Thomas Coustetle 16 septembre 2019

Le cortège parisien est parti lundi en début d’après-midi de l’Opéra en direction de la place de la Nation. Les barreaux d’Orléans, Compiègne, Caen, Paris, Rennes, Montpellier, Marseille, la Martinique, le Havre, Poitiers, Angers, Senlis, Caen, la Lozère, étaient présents avec d’autres, munis de banderoles et de pancartes. Selon la Conférence des bâtonniers, la quasi-totalité des 164 barreaux en France étaient mobilisés. D’autres manifestations ont d’ailleurs suivi à Toulouse et Bordeaux.

Tous partagent la même inquiétude : celle de voir disparaître leur régime de retraite autonome au profit du système proposé par Jean-Paul Delevoye, dans son rapport déposé pendant l’été (Dalloz actualité, 17 sept. 2019, obs. M.-C. de Montecler ). L’exécutif souhaite en effet aboutir à un système de retraite « universel » en 2025, où chaque euro cotisé donne les mêmes droits à tous les Français, quels que soient leurs métiers et statuts. Il suppose aussi la disparition des 42 régimes de retraite existants, dont celui des avocats (v. Dalloz actualité, 19 juill. 2019, art. T. Coustet ). 

« Pour la survie de notre système », défend au mégaphone un membre du collectif « SOS retraites ». En cause, l’harmonisation du taux de cotisation pour tous les assurés à 28,12 %. Pour les indépendants et avocats notamment, ce taux s’appliquerait jusqu’à 40 000 € de revenus annuels. Au-delà, un taux de 12,94 % a été proposé.

Le Conseil national des barreaux (CNB) a calculé qu’avec la réforme, un avocat qui gagne 24 000 € de revenus sur l’année paiera 80 % de cotisations supplémentaires, et touchera une pension de retraite inférieure de 30 % par rapport à aujourd’hui. « Quelle activité économique peut accepter une telle baisse de rentabilité alors même que notre système fonctionne bien en l’état ? », s’est indignée lundi Christiane Féral-Schuhl, la présidente du CNB.

« Tous les avocats ne sont pas riches »

Avec ce niveau de cotisation, certains avocats craignent ainsi une hausse des charges et donc une mise en danger de la survie économique de leur cabinet. « Tous les avocats ne sont pas riches », proteste Viviane, une avocate versaillaise venue défiler. Elle a trente-cinq ans de barreaux. Avec un tel système, les avocats qui ont un revenu inférieur à la tranche de 40 000 € seraient les premiers impactés. Comme beaucoup de ceux qui exercent sous forme individuelle, insiste une autre consœur. Pour Viviane en tout cas, c’est certain, si la réforme passe en l’état, elle devra « mettre la clé sous la porte en 2025 ».

Un diagnostic partagé par des jeunes avocats venus témoigner leur inquiétude. Comme Thibault, avocat de Metz qui a six mois de barreau. « Je ne vois pas comment je pourrai exercer dans ces conditions ». Avec la hausse des charges, « des mécanismes parallèles de rémunération vont fleurir », veut-il croire.

Des craintes auxquelles l’exécutif devra répondre. Édouard Philippe a assuré vendredi « vouloir prendre le temps de la concertation » (v. Dalloz actualité, 17 sept. 2019, art. prec.). En attendant, d’autres journées de mobilisation sont prévues les 21 et 24 septembre.

 

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