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Tours de Levallois : aucune corruption, selon les prévenus

La 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris a commencé mardi l’examen des faits de corruption reprochés à MM. Patrick Balkany et Mohamed Al Jaber dans l’affaire des Tours de Levallois, qui leur vaut d’être poursuivis de ce délit. Ils risquent dix ans d’emprisonnement. Tous les prévenus s’accordent sur une chose : il n’y a pas eu de corruption.

par Pierre-Antoine Souchardle 5 juin 2019

Cette affaire de corruption est le nœud du problème concernant la villa de Marrakech. Selon l’accusation, la villa Dar Gyucy, dont le couple Balkany serait le réel propriétaire, aurait été acquise via des fonds versés par un milliardaire saoudien, Mohamed Al Jaber, soit environ 3 millions d’euros. En échange, celui-ci aurait obtenu un calendrier de paiement très favorable pour le projet des Tours de Levallois. Une opération immobilière gérée par la Semarelp, la société d’économie mixte d’aménagement et de rénovation de Levallois-Perret, qui n’est jamais sortie de terre. Une opération qui devait rapporter 243 millions d’euros de droit à construire à la Semarelp, détenue à 80 % par la ville de Levallois-Perret.

L’homme d’affaires saoudien arrive sur ce projet après le désistement d’un promoteur espagnol. M. Al Jaber délègue les négociations à son bras droit, M. Salim Khoury. Le 30 juin 2008, une promesse de vente est signée entre la Semarelp et l’une de ses filiales et la société JJW Immobilier de M. Al Jaber.

Jean-Pierre Aubry, le directeur général de la Semarelp, a réfuté toute idée de corruption dans ce dossier. « Lorsque les premières difficultés [de paiement] ont commencé, j’en ai informé le maire. La mission qu’on avait c’était d’aller jusqu’au bout. » Donc accorder des délais de paiement n’avait rien d’illogique, précise M. Aubry, poursuivi pour complicité de corruption.

Selon l’accusation, ces délais de paiement, qui interviennent entre juin 2009 et novembre 2009, correspondent aux trois virements effectués par des sociétés liées à M. Al Jaber chez le notaire qui rédige l’acte de vente de la villa Dar Gyucy, acte signé le 8 janvier 2010. Celle-ci est détenue par une société civile immobilière éponyme, elle-même détenue par une société panaméenne dont le bénéficiaire économique est M. Aubry.

L’avocat de la Semarelp, Me Arnaud Claude, aujourd’hui à la retraite, a lui aussi martelé à la barre qu’il « n’y avait aucune corruption possible » entre l’opération des Tours de Levallois « et la villa de Marrakech ». Dans une longue explication technique, perlée de digression, d’écarts et détours, Me Claude a failli endormir le tribunal. Le calendrier favorable permettait de conserver le promoteur. « Jusqu’à août 2009, je n’avais aucune raison de penser que M. Al Jaber était insolvable », a-t-il expliqué.

La salle d’audience s’est réveillée avec l’arrivée à la barre de Patrick Balkany, toujours à l’aise dans le one-man-show. L’élu de Levallois prend soin de remercier l’avocat qui a démontré la fausseté des accusations. Avant de se lancer dans une nouvelle charge contre l’homme d’affaires saoudien. « Il voulait manger le monde, il voulait aller sur toutes les affaires. Il signe des engagements et il ne paye pas. Même quand il est condamné, il ne paye pas », s’empourpre M. Balkany.

Concernant le premier chèque impayé de la société de M. Al Jaber à la Semarelp, l’élu s’emporte : « À la place de M. Al Jaber, je serais allé me cacher, me mettre sous terre. Je trouve cela inimaginable ». Le maire de Levallois se lance ensuite dans un numéro d’imitation en langue anglaise de M. Al Jaber lui proposant son avion privé. Les bras moulinent, le bateleur se tourne à droite et à gauche, la salle ricane. « Je vais pas refuser systématiquement. Je veux pas vexer le sheikh, on l’appelait le sheikh », poursuit l’homme de scène, qui dit préférer les gros avions, plus confortables.

L’accusation lui reproche d’avoir bénéficié à deux reprises du jet privé de M. Al Jaber, ce qui s’apparenterait à une prise illégale d’intérêts, pour se rendre à Saint-Martin et à Marrakech. « J’ai fait tous les voyages présidentiels avec Nicolas Sarkozy, alors les avions, j’en avais même ma dose. Je prenais pas l’avion pour le plaisir. »

Le président Benjamin Blanchet est revenu sur les déclarations faites la veille par M. Balkany. Ce dernier a affirmé être allé trouver une « planque » au Maroc pour le milliardaire qui risquait très gros dans son pays.

— Est-ce que, rétrospectivement, vous ne regrettez pas d’avoir prêté votre assistance à M. Al Jaber pour la villa de Marrakech ?

— S’il avait rempli son contrat, je ne regretterais strictement rien. J’ai visité une trentaine de maisons. On est tombé sur une maison et j’ai dit : ça, c’est une maison de sheikh. Là, il a quand même trouvé l’argent pour payer la maison. On a l’air d’oublier que, cette maison, il se l’est payée avec l’argent de ses sociétés. C’est clair comme de l’eau de roche.

Sur son banc, l’avocat de M. Al Jaber proteste. Et l’on apprend que M. Balkany, à la demande du milliardaire, s’est démené pour lui faire rencontrer Nicolas Sarkozy. « J’ai même une photo, vous voulez la voir ? », lance-t-il, fier de son effet. « C’est pour vous dire que je me suis mis en quatre pour que M. Al Jaber soit bien reçu en France. »

Poursuite des débats mercredi.

 

 

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