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Un jeune hacker jugé pour s’être attaqué à un site du ministère de la justice

Ce jeune hacker français avait piraté un site du ministère de la justice. En détention provisoire dans un autre dossier, il a été condamné lundi 13 janvier à quatre mois de prison avec sursis.

par Gabriel Thierryle 16 janvier 2020

Ce lundi 13 janvier, la justice parisienne a une forte appétence pour les nouvelles technologies. À la 15e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, les magistrats examinent le cas d’un pilote de ligne poursuivi pour avoir commandé sur internet des abus sexuels à l’étranger, une première pour la justice française. À quelques mètres de là, la 12e chambre correctionnelle se penche, elle, sur une affaire qui avait fait voir rouge au ministère de la justice. Un jeune hacker, condamné ce lundi pour ces faits à quatre mois de prison avec sursis, avait piraté en avril 2018 un site de la place Vendôme dédié aux notaires et aux huissiers. La page d’accueil de cette page internet avait été changée et 1 200 identifiants assortis de leurs mots de passe volés.

Le parquet avait requis six mois avec sursis contre Prosox, le pseudo sur le net de ce jeune Grenoblois de 20 ans. Un prévenu déjà jugé, il y a un an, pour le piratage de la chanson Despacitio, alors la plus vue au monde, sur la chaîne YouTube de Vevo. L’affaire, soldée par une condamnation à 140 heures de travail d’intérêt général, avait alors fait sourire le tribunal. « Cette fois-ci, il s’agit d’extraction de données personnelles et cela fait moins rire », souligne Alice Cherif, la substitut du procureur. Aidée par des observations d’adresse IP des cyber-pompiers de l’État et l’audition de deux témoins, l’enquête des policiers de la brigade d’enquêtes sur les fraudes aux technologies de l’information s’était terminée par la mise en cause du jeune homme. Ce dernier avait voulu se payer la tête d’un adolescent avec qui il était en conflit en affichant la photo de ce dernier dans un message, publié sur un site de hackers, revendiquant le piratage du site du ministère de la justice. Bref, résume le parquet, « quelque chose de très puéril ».

Mal à l’aise devant ses juges

Face aux magistrats, le jeune homme costaud, vêtu d’un pull noir près du corps, cheveux bouclés coiffés en queue de cheval, cherche difficilement ses mots dans le box vitré des prévenus. S’il n’est pas un hacker de très haut vol – le niveau de son ancien comparse dans l’affaire Despacitio est jugé bien supérieur –, Prosox est cependant bien plus à l’aise devant un ordinateur que devant la justice. Il s’est emmêlé les pinceaux en se trompant d’une semaine sur la date d’audience. Son avocate arrivera ainsi en trombe après près d’une heure de débats. Elle venait d’apprendre incidemment que son client était en train d’être jugé. Auparavant, le jeune homme déclarera d’abord vouloir garder le silence avant de se raviser. Puis il commettra un impair en s’asseyant lors des premières minutes des débats. Repris par le président Rouaud, il marmonne, contrit, qu’il « ne savait pas qu’il fallait se lever ».

— Arrêtez d’être 24 heures sur 24 chez vous à faire de l’ordinateur, avertit la juge rapporteure Jehiel. Vous allez finir par aller en prison pour de très longues années !

— Depuis que je suis en détention provisoire, je me rends compte que c’est grave ce que j’ai fait, se défend Prosox.

— Vous les avez perçus, ce million d’euros ?, demande la juge rapporteure à propos de la dernière affaire en cours d’instruction où le jeune homme est mis en cause.

— Je les ai rendus, souffle le jeune hacker.

— Ils ont été saisis, vous voulez dire ?, demande du tac au tac la magistrate.

— Je les ai rendus. Sans les clés de déchiffrement, ils n’auraient pas pu les avoir, maintient le jeune grenoblois.

Depuis trois mois, Prosox dort à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis pour cette affaire. Un dossier qui constitue pour le moment le plus gros cybercasse enregistré en France. Neuf millions d’euros d’une cryptomonnaie, le ripple, ont été dérobés il y a plusieurs mois à une plateforme financière. L’enquête est en cours d’instruction sous la houlette du juge Latournald. Le jeune homme – il aurait eu un rôle mineur se limitant au recel de ce million d’euros, selon son avocate – n’en a sans doute pas terminé avec les juges de la 12e chambre.

 

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J'ARRETE DE FAIRE DE L'ORDINATEUR J'AI PAS FAIT EXPRES CHEFFE

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