Accueil
Le quotidien du droit en ligne
Envoyer à un ami-A+A
Interview

« Si l’on pense que la prison peut rendre "meilleur", on se fourvoie complètement »

L’avocate Delphine Boesel, élue présidente de la section française de l’Observatoire international des prisons, détaille les contenus de sa mission. Elle vient également de créer, avec d’autres avocats, l’Association pour la défense des droits des détenus.

le 18 mai 2015

La rédaction : Quelles sont les dernières actualités du monde carcéral qui préoccupent l’OIP ?

Delphine Boesel : Le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a fait des recommandations en urgence, publiées au Journal officiel du 13 mai relatives à la maison d’arrêt de Strasbourg. Les contrôleurs y ont constaté des violations graves des droits des détenus : incapacité de protéger l’intégrité physique d’un détenu, conditions matérielles désastreuses, atteintes au secret médical, violation de la confidentialité des correspondances (V. Dalloz actualité, 13 avr. 2015, C. Fleuriot ).

Les travaux des Baumettes avancent peu, la prison de Condé-sur-Sarthe, super établissement ultra sécurisé, accueillant un public carcéral très difficile, s’autorise toutes les dérives sécuritaires au mépris des droits des détenus, ce que nous avons dénoncé avec un réseau d’avocats1.

La rédaction : Face à cela, quel est le rôle de l’OIP ?

Delphine Boesel : L’OIP a vocation à récolter des données sur les conditions de détention et d’informer, d’alerter sur les dysfonctionnements constatés. Pour cela, l’OIP s’appuie sur plusieurs coordinations régionales et douze salariés permanents qui sont en contact avec les acteurs du monde carcéral, judiciaire, pénitentiaire, sanitaire, ainsi qu’avec des détenus, leurs avocats et leur famille qui nous écrivent beaucoup.

Une fois que nous sommes alertés, c’est à nous d’informer l’opinion publique au travers de campagnes de communication, de publications de rapports d’activités. Nous publions aussi le guide du prisonnier et la revue Dedans-Dehors2.

L’activité contentieuse constitue également un pôle important et mobilise, en premier lieu, les avocats. L’OIP a initié en 2012 des recours contre l’État au sujet de la prison des Baumettes à Marseille ou encore des recours contre les fouilles intégrales systématiques (loi pénitentiaire n° 2009-1436, 24 nov. 2009, art. 57). Nous saisissons régulièrement la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) au sujet des conditions indignes de détention. Nous initions aussi des recours concernant des situations individuelles, pour des personnes qui n’ont pas d’avocat, mais il nous arrive également de contester des décrets devant des juridictions administratives.

Enfin, nous avons une activité de conseil qui s’organise principalement autour d’interventions et de contributions auprès des parlementaires. Nous sommes intervenus lors de la conférence de consensus et sommes écoutés à la commission consultative des droits de l’homme. À côté de l’information du grand public, il s’agit d’agir au niveau des instances...

Il vous reste 75% à lire.

Vous êtes abonné(e) ou disposez de codes d'accès :

Boesel Delphine

Avocate spécialisée en droit pénitentiaire et membre du conseil d’administration de l’Observatoire international des prisons (OIP) section française depuis deux ans, Delphine Boesel a pris la tête de l’association voici un mois.