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Le droit en débats

Libre cours d’un avocat optimiste

Par Arnaud Gossement le 20 Avril 2020

Avocat, je souffre depuis ma prestation de serment d’un mal qui relève d’une forme de dissonance cognitive : ma joie d’exercer ce beau métier contraste singulièrement avec la tristesse de nombre d’articles et de témoignages que je lis sur ce même métier. Alors que je rencontre chaque jour des confrères heureux, je lis aussi chaque jour ou presque des portraits de confrères malheureux. Alors que je considère que j’ai une chance immense, je dois rassurer mes étudiants inquiets au moment de préparer l’examen d’entrée à l’école du barreau. Depuis le début de la crise sanitaire, le mal a empiré : les réseaux sociaux charrient l’image d’une profession en crise qui serait à l’agonie. Rien ne va, tout va mal, c’était mieux avant, c’est horrible maintenant. Comprenons-nous bien, cher lecteur qui a la gentillesse de me lire : mon propos est celui d’un optimiste, pas d’un naïf. Je n’ignore pas les difficultés de trésorerie de nombre de cabinets. Je n’ignore pas les attaques répétées contre le secret professionnel ou le régime des retraites. Je n’ignore pas la misère de la justice, le montant de l’aide juridictionnelle et la nécessité de toujours s’élever contre les reculs des libertés publiques. Déprimer ne sera cependant d’aucun secours pour nos confrères confrontés au confinement, à l’arrêt des audiences, à l’impossibilité de recevoir leurs clients. Au fameux « réalisme », je préfère opposer un devoir d’enthousiasme.

Je vous propose donc une hypothèse absolument contre-intuitive : non seulement la profession d’avocat va sortir de cette crise mais, mieux encore, elle en sortira bien plus forte. Je vais tenter de la plaider. Primo, sans besoin d’écrire une énième tribune exténuante sur « le monde d’après », voici un constat d’une grande banalité et mille fois décrit : le monde se caractérise déjà par son incertitude, politique, économique, technique et juridique. En réponse, le droit se caractérise par une complexité et une instabilité toujours plus grandes. Dans un monde incertain, l’avocat est indispensable pour orienter, aiguiller, anticiper, décrypter ces textes et ces décisions qui peuvent inquiéter. Dans un monde incertain, le besoin de consulter un avocat est immense. Une preuve parmi tant d’autres : la crise génère à son tour une foule de normes et de questions que les avocats sont à même de traiter. Chaque jour, des journalistes, des décideurs, des particuliers interrogent des avocats sur le sens et la portée du flot de textes publiés chaque matin au Journal officiel dans tous les domaines. Et les avocats peuvent communiquer sur leur expertise, leur plus-value, rappeler que leur histoire et leur déontologie sont une chance pour leurs clients. Deuxio, sans besoin de se transformer en « coach » qui vanterait le bonheur de retrouver la paix intérieure en période de confinement, un autre constat, lui aussi banal : cette pause est en réalité très active – sur le plan personnel et professionnel – pour beaucoup d’entre nous. Une occasion de repenser notre communication et notre site internet, de réfléchir à ce que notre cabinet entend proposer, de prendre du recul, de vérifier si nos méthodes de travail sont encore adaptées, d’écrire à nos clients et contacts, d’échanger plus longuement avec nos associés et collaborateurs (mais aussi notre banquier), de faire le point sur notre activité et nos envies, d’échanger notre expérience et nos ressentis avec d’autres confrères et avec d’autres juristes, d’envisager des rapprochements, des synergies, voire des associations ou des installations. Tertio, nous avons l’occasion de démontrer à d’autres chefs d’entreprises – petites ou grandes – que nous sommes nous aussi des chefs d’entreprise – du cabinet individuel au cabinet international –, qui devons également gérer une trésorerie. Enfin, cette crise pourrait être aussi l’occasion de débattre, de manière apaisée et en arrêtant les querelles de chapelles, des réformes dont la profession d’avocat a ou n’a pas besoin. Les sujets ne manquent pas. Un exemple parmi d’autres : il serait précieux de repenser au dialogue entre juristes et à leur circulation entre les entreprises, les collectivités, les organisations et les cabinets.

Il faut conclure, alors je le ferai en ajoutant mon conseil de lecture à tous ceux que vous avez déjà reçus : Le beau métier d’avocat de Me Jean Gallot. Et sa préface également, dans laquelle Me Jean-Denis Bredin annonce nombre des bouleversements (dont la téléconférence !) auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. Un métier qui a une histoire si riche a nécessairement un très bel avenir.

Commentaires

J’ai fait suivre à une jeune avocate dans son métier

Oui, cher Confrère, la belle profession d'avocat peut faire preuve d'optimisme car elle sera toujours un médiateur indispensable face à la complexité du droit, elle-même reflet de la complexité d'un monde chaotique. Mais ce qu'on peut anticiper aisément c'est qu'au moment même où les contentieux reprendront de plus fort, le service public de la justice ne puisse faire face, voire ne s'effondre totalement, par accumulation des décalages (traitement budgétaire indigne depuis des lustres, réforme judiciaire inepte, gonflement insensé des affaires renvoyées du fait de la succession de la grève des avocats, puis de la pandémie, insuffisance quantitative des magistrats et des greffiers...), et que ce constat d'impuissance pour le jour d'après ne réduise à néant les espoirs de voir ce métier regagner sa place d'instrument irremplaçable de réalisation de la paix sociale, par apaisement des conflits entre les hommes.

Dans un monde de plus en plus complexe et dans lequel peut parfois régner une certaine insécurité juridique, l’Avocat doit ,plus que jamais, croire à la nécessité de sa mission de conseil. Il doit privilégier l’échange et le partenariat avec d’autres professionnels pour être toujours le mieux préparé pour ses Clients. Merci pour cette vison optimiste qui ne pourra, en rien, être taxée de naïveté.

Cessez de vous plaindre. Depuis des siècles l'Avocat a fait face a toutes les crises. Pensez vous que nos confrères et prédécesseurs des siècles ou décennies passées allaient pleurer dans les jupons de l'Etat pour quémander des subsides ? Un peu de dignité s'il vous plaît. Pour être respectés il faut être respectables et ne dépendre de personne. Nous sommes libres et indépendants et avons choisi cette profession aussi pour cette raison.. Le confinement ? Les moyens de la justice ? oui et alors ? Ça n'empêche pas la CNBF de nous envoyer les "douilles" a payer pour le 30 avril. Confiné qui veut bien. Quand on ne pourra plus payer nous irons cultiver le potager ou changerons de job. C'est ça aussi l'optimisme.. inscrit au barreau ou pas ...

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