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Portrait

Gisèle Halimi, une vie d’avocate

Cet article est tiré du prochain numéro de Dalloz avocats à paraître très prochainement. Nous remercions la rédaction de nous avoir permis de reproduire le portrait de Gisèle Halimi en avant-première.

Gisèle Halimi (27 juillet 1927 - 28 juillet 2020)

 

La défense, jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte. La défense, d’abord pour des hommes et des femmes, la défense qui est leur droit. La défense, pour gagner, mais aussi la défense qui fait douter des aptitudes à défendre. La défense pour la justice, la défense contre la loi.

Sa vocation peut être née d’un profond sentiment d’injustice qui l’a conduite à faire la grève de la faim à 10 ans pour protester et lutter contre un asservissement à l’égard de ses frères.

Sa vocation peut être née de l’assimilation des principes républicains de liberté, égalité et fraternité.

Sa vocation peut être née du refus de l’organisation de la société de la première moitié du XXe siècle et d’une mère ancrée dans les principes les plus traditionnels.

Gisèle Halimi était avocate.

La nécessité de l’indépendance, l’évidence de la recherche de justice, la volonté d’agir, la rage de convaincre ont été des moteurs au service d’une intelligence hors du commun et d’une détermination à toute épreuve. Elle devait être avocate.

Sa première émancipation fut ses études à Paris, droit et philo. Inscrite sur la liste des avocats stagiaires à Paris le 6 décembre 1949, Gisèle part très vite au barreau de Tunis, le 18 juillet 1950, pour se réinscrire à Paris le 15 janvier 1957. Pas d’honorariat car elle était toujours avocate inscrite au barreau de Paris le 28 juillet 2020.

Son parcours, exceptionnel, est aussi une rencontre tant avec l’histoire qu’avec les aspirations d’une société de la deuxième moitié du XXe siècle qui se transformait et qu’elle comprenait.

Gisèle utilise peu le mot « combat » dans les livres où elle expose les procès devant les tribunaux militaires, l’époque de la guerre d’Algérie, ou, plus récemment, sur les questions les plus sensibles concernant les femmes. Elle a cependant mené avec force un combat pour la liberté, pour l’indépendance, se considérant comme une « avocate irrespectueuse »1, exhortant les femmes ainsi : « Ne vous résignez jamais ». Il s’agit simplement de ne pas accepter ce qui n’est pas juste. Or Gisèle Halimi a tôt ressenti « le juste » et « l’injuste » et en fait la boussole de sa vie.

Indignée par la torture et les viols, opposée à la peine de mort, à la criminalisation de l’avortement, avec compassion et humanité, Gisèle a donné toute sa dimension à la défense de ces hommes et ces femmes.

À Tunis, en 1949, elle remporte le « tournoi d’éloquence » et plaide sur un sujet qui lui permet de distinguer le droit au suicide, donc celui de disposer de son corps, et le refus de voir infliger par autrui la mort, soit le procès de la peine de mort. Le sujet : « Le droit de supprimer la vie ».

On se souvient toujours de sa première plaidoirie, celle de Gisèle fut particulière devant le tribunal militaire, commise d’office pour un soldat d’un bataillon disciplinaire détournant 3 kg de pommes de terre à l’armée pour l’offrir à un couple qui l’avait nourri un jour de permission. La condamnation à six mois d’emprisonnement a suffi à désespérer l’avocate, tous l’avaient pourtant chaudement félicitée pour la qualité de sa plaidoirie, y compris son client, habitué au « tarif ».

« Panique, angoisse, culpabilité… Une avocate pour quoi faire ? La défense impuissante, incompétente ne sert-elle pas objectivement à la répression ? […] ». C’est une question que Gisèle s’est souvent posée aussi par la suite. Quel avocat n’a pas eu l’occasion de se remettre en cause ? Radicale, Gisèle envisage de quitter immédiatement la profession, ne sachant pas que ses réactions font partie aussi du métier. Son « patron » la remet en selle d’une phrase : « plaider, ce n’est pas toujours gagner ni même convaincre. Plaider, c’est expliquer ce qu’un droit régressif et une société cadenassée considèrent comme inexplicable ».

Aller jusqu’au bout

Les épreuves allaient commencer, ni gagner ni convaincre devant les tribunaux militaires d’exception, les enjeux furent d’une bien autre nature pendant la guerre d’Algérie. Dans le pont aérien mis en place par des avocats du continent en relation avec leurs confrères sur place, Gisèle fait de nombreux allers-retours qui vont la conduire, à quatre reprises, à rencontrer successivement deux présidents de la République, René Coty et le général de Gaulle. Elle avait 31 ans à sa première visite. Trois grâces obtenues et un échec qui laissera le goût amer d’une profonde injustice ; elle est allée jusqu’au bout, replaidant une ultime fois.

Pour elle, « l’histoire entrait par effraction dans [son] histoire, celle du choix de la défense [qu’elle] découvrait plus complexe [qu’elle ne se l’était]  imaginé ». Réflexions plus tardives, dans l’action, elle souffre avec ses clients.

Gisèle, la passionnée, confrontée pendant cette période aux pouvoirs spéciaux votés en 1956, considère que « sa » justice, qui était sa vocation, n’était plus qu’un simulacre au service d’une logique de guerre, « servir d’alibi », avalisé par sa seule présence, des parodies de justice, ce fut une question lancinante.

Confrontée à la torture, constatée sur ses clients qui racontent, elle va s’expliquer directement avec le général Massu, alors que l’un d’eux, qu’elle avait vu la veille, était extradé de sa prison pour un nouvel « interrogatoire ». Refusant d’entendre ce qui était l’apologie de la torture à l’égard des attentats à venir, elle en appelle à l’éthique : « La torture déshumanise victimes et bourreaux ». La discussion s’est arrêtée là et son client fut ramené dans sa cellule immédiatement. Les aveux extorqués par la torture devaient rendre en principe ceux-ci inexistants. Ils ont néanmoins conduit souvent à la guillotine dressée dans la prison.

Ne céder jamais, aller jusqu’au bout. De nombreux avocats risquent leur vie aujourd’hui encore, lorsque l’action de défendre s’oppose au pouvoir politique. Les défendre c’est aussi s’exposer à ne plus être considéré comme un avocat, mais comme un homme ou une femme engagé(e) pour la même cause que ceux qui comparaissent. Les droits de la défense ne s’exercent plus au regard de règles de droit, le respect des droits humains et des droits fondamentaux est inexistant dans ces circonstances. La liste est longue des avocats menacés et de ceux qui sont torturés, assassinés et parfois jugés2.

Gisèle, menacée de mort, comme de nombreux avocats défendant les fellaghas, fut précipitamment « rappelée » à Paris (sans passer par son hôtel à Alger), l’information ayant été donnée de son exécution le jour même. Deux de ses confrères, notamment ses correspondants à Alger, furent d’ailleurs assassinés dans leur cabinet.

Au cours de ces dernières années, Gisèle a beaucoup évoqué dans ses souvenirs le procès de Djamila Boupacha, torturée, violée, poursuivie pour un attentat (l’engin avait été désamorcé). Les faits n’étaient pas contestés. Ayant écrit aux plus hautes instances, dont le général de Gaulle, et informé la presse, elle eut l’appui de Simone de Beauvoir, qui publia un article dans Le Monde sur le viol et la torture de Djamila. La propagation et le partage de l’indignation furent immédiats. La méthode utilisée pour ces viols était connue, mais n’avait jamais été révélée comme elle le fut dans cet article. Des jeunes femmes emprisonnées racontaient en demandant aux avocats le secret. À l’horreur de ce qu’elles avaient subi et au dégoût de leur corps s’ajoutaient leur déshonneur et celui de leur famille. Gisèle lui a sans aucun doute sauvé la vie. Cette jeune femme a finalement été amnistiée à la suite des accords d’Évian. En revanche, la médiatisation de la torture de Badeche Ben Hamadi n’avait pas évité son exécution alors qu’il hurlait son innocence. Témoignages et archives, de nombreuses années plus tard, permettent d’entrevoir la vérité de cette erreur judiciaire concernant l’assassinat du maire de Boufarik. À l’Assemblée nationale, en 1981, elle déclarait : « Plus irréversible que la mort, il y a la peine de mort. Pourquoi ? Parce qu’elle ne pardonne pas l’erreur ».

Ce que Gisèle Halimi a désigné plus tard comme les « turbulences de l’histoire » laissent intacte la recherche du sens du rôle de l’avocate dans une période où le système mis en place avec tortures et viols met en question les droits de la défense et l’utilité de chaque avocat au risque de sa vie. Tous les tribunaux d’exception ont toujours anéanti tout droit de la défense.

Un travail d’avocate rassurant

Et pourtant sans gesticulations au-delà de sa révolte, hors a priori ou dogmatisme, Gisèle s’est livrée dans toutes les circonstances à un travail minutieux, réfléchi, étudiant les dossiers dans les moindres détails, relevant les contradictions – elles étaient fréquentes et ont permis le droit de grâce –, dénonçant le désordre de certains dossiers, décortiquant, quand cela était possible, la jurisprudence, établissant une stratégie de défense arrêtée en accord avec le client ou la cliente. L’organisation de la défense allait alors, au fil du temps, se structurer et se couler dans notre histoire et l’évolution de notre société. Le scrupule du travail bien fait, de la perfection, d’une connaissance si approfondie que quelques notes suffisaient pour plaider. Gisèle, appliquée et concentrée, était susceptible dans le même temps de communiquer toute la chaleur de sa compassion et de son humanité.

Gisèle a souvent déclaré que cette concentration ne lui permettait pas pour autant d’avoir une distance « préconisée par l’ordre des avocats » pour la défense. Il s’agit là d’une adéquation à la cause. Cela lui a-t-il été reproché ? Sous quelle forme ? Aucune trace à l’ordre des avocats de Paris, aucune remarque quelconque pourtant… c’était une époque où l’appel à l’opinion publique par un avocat était impensable, où les déclarations à la presse étaient interdites, l’interview devait être précédée d’un accord du bâtonnier. Dans les années 1990, il fut précisé que les propos devaient être mesurés avec une information à l’ordre a posteriori. Alors que penser de l’affaire de Bobigny, de sa médiatisation, de l’aveu des 343 femmes, toutes célèbres, hors champ de poursuites, reconnaissant leur avortement, dont l’avocate chargée du dossier ? Aveu de culpabilité, provocation contre la société, procès de la loi elle-même. Certes, il s’agissait de femmes poursuivies pour avoir considéré qu’une mineure violée ne pouvait se voir imposer une maternité, mais elles étaient coupables et ne le contestaient pas. Que penser du procès d’Aix-en-Provence qui fut aussi médiatisé afin que tous comprennent ce que représentait le viol de deux jeunes femmes ?

L’ordre des avocats

Les lettres que l’ordre a pu recevoir à l’encontre de Gisèle Halimi révèlent des actions de confrères dont le ridicule rivalise avec la mesquinerie. Il y eut aussi des plaintes d’une grande violence, à la suite du procès de Bobigny, toutes classées. Le bâtonnier fut requis de faire modifier le papier à lettre à en-tête « Avocate » qui « prédéterminait » son intention « d’affirmer le caractère féministe de son action », lequel apparaissait insupportable au plaignant. C’était une façon de mettre en cause le non-conformisme de Gisèle, qui s’était affranchie des codes de l’époque. Le masculin était unique pour représenter la fonction. D’autres ont tenté de la déstabiliser à la veille de l’audience concernant le choix qu’avait fait le client, qui n’aurait pas été spontané. D’autres dénonçaient le procès de Bobigny et l’attitude de madame Halimi.

Or pratiquement tous les bâtonniers interrogés ou interpelés l’ont protégée et défendue.

Au moment où les hôteliers refusaient d’héberger les avocats parisiens qui étaient assimilés aux « égorgeurs d’El Halia », le bâtonnier Maurice Alléhaut la recommande au bâtonnier de Philippeville afin qu’elle soit hébergée par un avocat en qui on pouvait avoir confiance.

Les bâtonniers Arrighi, Thorpe, Baudelot sont intervenus auprès de ministres de la justice et des affaires étrangères pour défendre le droit de Gisèle Halimi d’exercer et ne pas subir d’obstructions de toutes sortes pour l’empêcher de plaider, que ce soit en Algérie, au Maroc ou à l’Île Maurice.

Les réponses aux plaintes de confrères contre Gisèle furent d’une sécheresse significative dans la fin de non-recevoir. Notamment une plainte, non enregistrée par le parquet, mais transmise au bâtonnier d’un « cher confrère » pour « incitation au crime » a été classée par l’ordre sobrement après avoir rappelé l’importance du débat de société sur la question de l’avortement.

Le bâtonnier du Granrut fait répondre sèchement au bâtonnier de Grenoble sur une plainte infondée d’avocats grenoblois.

Le serment d’avocat

Bernard du Granrut l’a aussi remerciée, lorsqu’elle fut députée, de s’occuper du droit à la retraite des avocates et plus encore, en 1982, de la modification du serment d’avocat qui imposait précédemment à l’avocat d’exercer la défense et le conseil « avec dignité, conscience, indépendance et humanité dans le respect des tribunaux, des autorités publiques et des règles de son ordre, ainsi que de ne rien dire ni publier qui soit contraire aux lois, aux règlements ou bonnes mœurs, à la sûreté de l’État et à la paix publique ».

Gisèle, dès sa prestation de serment, a considéré que celui-ci était contraire à la mission de l’avocat tant il est nécessaire d’avoir toute liberté dans l’expression de la défense. Pour expliquer certains comportements, « l’avocat doit quelquefois se lever contre les lois elles-mêmes, qui bien que régulièrement promulguées, sont des lois injustes au regard de certaines libertés fondamentales ou contre des lois justes injustement mises en œuvre pour les humiliés et les offensés »3. Parfait résumé de sa mission et de ses engagements.

L’avocat doit bénéficier d’une immunité de parole.

Elle a donc obtenu la suppression dans notre serment du « respect des autorités publiques », la « relation aux bonnes mœurs », à la « sûreté de l’État et à la paix publique ». Quant aux procédures de délit d’audience, elles ont été aussi modifiées, restreintes et organisées de façon à ce que le bâtonnier intervienne. Gisèle, dans le même temps, réglait un compte personnel. En 1949, elle a considéré que « ce serment de l’avocat, je l’ai prêté avec la crainte prémonitoire de ne pas totalement m’y conformer ».

Gisèle a poursuivi ses actions de défense des droits humains et s’exprimait avec force dans le débat contre la peine de mort en sa qualité d’avocate, de députée et de féministe.

Son action « Choisir la cause des femmes », est un prolongement naturel de son activité d’avocate défenseur des droits, de la justice et de nos principes fondamentaux, son enfance l’ayant déjà persuadée de l’injustice de l’inégalité des sexes.

Dans cet hommage à Gisèle Halimi avocate, je ne citerai pas toutes les actions que d’autres ont magnifiquement vantées sur sa défense du droit des femmes et les actions internationales, dont le rôle d’ambassadrice auprès de l’UNESCO succédant à la députation.

Une avocate ou l’usage du féminin

Toutefois, le choix dès 1949 du terme d’avocate était en lui-même une déclaration forte réfléchie alors qu’elle arrivait dans un barreau, qu’il soit celui de Tunis ou de Paris, où la perplexité à l’égard des capacités des femmes à être avocates rappelait les quolibets qui avaient accueilli Maria Vérone en 1902. Gisèle décrit parfaitement comment elle s’est imposée par le sérieux de son travail et la qualité de la plaidoirie. Elle déclare qu’à 22, 23, 24 ans, elle faisait ce qu’elle pouvait pour faire oublier qu’elle était une femme afin qu’on puisse découvrir qu’elle était une juriste. Les réflexions misogynes étaient primaires. Quand elle gagnait, c’est parce qu’elle était « jeune et qu’elle avait du charme », si elle perdait, elle était « dépassée et on ne comprenait rien à ses explications ».

Comme toujours, « ils » finissent « par se faire une raison ». On comprend qu’une jeune femme de moins de 30 ans, qui participe à l’organisation de la défense en Algérie, qui a fini par en appeler à l’opinion publique sur la torture, puis bataillé pour la libération de l’avortement et la criminalisation du viol, ait polarisé les critiques. Nombreux furent ses détracteurs et ses ennemis.

Vie professionnelle et vie personnelle

Et pourtant, ce fut au prix de sacrifices importants. Gisèle a vécu le déchirement de la séparation avec ses enfants, petits lorsqu’elle était en Algérie et faisait ses allers-retours permanents. Son inquiétude sur l’organisation à mettre en place, à essayer de tout gérer même à distance, être présente le plus possible et c’était toujours trop peu. Il en fut de même du fait de ce travail acharné à l’égard de son compagnon de cinquante années, Claude Faux, avec lequel elle a partagé ses questions et doutes, lui-même avocat un temps, secrétaire de Jean-Paul Sartre et poète. La comparaison de ce qu’elle sacrifiait et imposait à sa famille se faisait aux moments de désespoir sur fond d’inutilité de l’avocat. Ces moments succédant à son éloignement contrastent avec ceux faits de chaleur, d’amour et de tendresse, indispensables pour sa vie, réconfortants et toujours trop courts. Elle en a exprimé le regret à maintes occasions. L’équilibre de la vie professionnelle et personnelle n’était pas à l’époque à l’ordre du jour et aurait-il pu l’être ? Gisèle a préservé la qualité de ses relations avec les siens par l’intensité de son amour et de son affection à défaut de l’équilibre dans le temps.

Gisèle est devenue une star, elle a toujours été ravissante, élégante, fine, soignée. Le reportage d’Annick Cojean de novembre 2019 et la dernière photo publique, magnifique, consacrent son sourire, qui exprime si bien la douceur de sa voix « soyeuse », un atout souvent admiré.

Ces dernières années, après l’incendie de son appartement dont elle fut extraite par les pompiers, elle s’était réfugiée dans un hôtel proche de son domicile. Les visites à l’hôpital ont ponctué ses journées jusqu’à la disparition de Claude.

Nous allions déjeuner, essayant tous les restaurants alentour. Elle arrivait, svelte et droite, souvent reconnue, souriante, reconnaissante, gracieuse et sereine. Intéressée par tout, l’actualité d’abord, mais aussi l’innovation. À sa demande, j’ai détaillé ce qu’était la soft law, la parité à l’ordre, l’évolution judiciaire…

Elle aimait évoquer ses relations complices et ses rires avec Sartre, la distance de Simone de Beauvoir qu’elle admirait tant.

Mais surtout, elle redisait encore et toujours son attachement à Claude, l’importance de ses fils, racontait inlassablement ses liens si forts avec ses petits-enfants, son monde affectif était si important !

Gisèle réintégra son domicile. Le soir, ses fils se relayaient, « ceux qui n’habitent pas trop loin ». Sa petite-fille était enfin rentrée d’Australie…

Notre dernier déjeuner a précédé le confinement qui n’a pu interrompre nos conversations à distance.

Ses dernières sorties furent des spectacles la mettant en scène. Après le film sur le procès de Bobigny, en 2019 la Comédie française a donné Hors la loi, alors que dans Plaidoiries, Richard Berry dit le texte de Gisèle Halimi reconstitué. Gisèle a déclaré au comédien : « vous plaidez bien mieux que moi ! »

Françoise Gillard était Gisèle et lui a rendu visite avant la première, elle l’a trouvée formidable ! Quel défi pourtant, il fallait trouver le bon ton, celui de l’énergie de Gisèle, sa conviction, sa connaissance parfaite du dossier, sa maîtrise de la stratégie – l’ordre dans lequel les « grands témoins » furent appelés pour faire comprendre en quoi le moment était venu de faire le procès de la loi donc celui du viol –, mais aussi dans cette fermeté, la douceur de sa voix, la mélodie d’une révolte dominée.

La vocation

C’est cela, la véritable éloquence, la transmission tranquille d’une pensée mature finalisée et déterminée sans concession.

Au service de la justice, Gisèle, en cette qualité d’avocate, a défendu les droits humains, les libertés, la dignité humaine, l’indépendance. Quelle autre profession lui aurait permis d’exprimer ce qui était en elle ! Elle a anticipé l’évolution de la société, la dépénalisation de l’avortement, suivie de la loi Veil, la criminalisation du viol. Avait-elle raison trop tôt ? Rôle de pionnière décriée.

Gisèle a souvent dit qu’elle regrettait de ne pas avoir eu de fille, elle décrit joliment ses relations notamment avec sa seule petite-fille.

La transmission

Je ne crois pas trahir les avocates en affirmant qu’elle a eu une nombreuse et importante descendance. Toutes n’auront pas son destin, mais partageront son humanité, son courage, son professionnalisme, sa détermination, son indépendance, sa liberté, son engagement pour la cause des femmes et pourquoi pas son combat pour la « clause de l’Européenne la plus favorisée » en prenant dans chaque législation des pays européens la disposition la plus favorable sur une question concernant les femmes. Elle en a eu l’idée, elle y croyait.

Les grandes causes qui ont fait l’objet de procès pour lesquelles elle s’est engagée continueront d’entretenir des discussions et des polémiques de par le monde.

À la sortie de la cérémonie d’adieu, un groupe scandait « Gisèle au Panthéon ». Gisèle est bien une avocate célèbre déjà passée à la postérité.

 

 

Notes

1. Titre de deux de ses livres.

2. À l’heure de la rédaction de cet article, le bâtonnier de Port-au-Prince, Monferrier Dorval, a été assassiné le 28 août 2020, un combattant pour les droits fondamentaux et les procès équitables.

3. Assemblée nationale, 2 avril 1982, Rapport de Gisèle Halimi.

 

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Commentaires

On ne devient pas avocat.
On naît déjà avocat.
Nombreux sont les avocats.
Néanmoins peu de vrais avocats

Gisele avait gardé ses ailes.
Grande Dame on se souvient d’elle.
Certainement plus d’avocate pareille.
Ou qu’elle soit, elle veille.

Merci pour ce conte
Qui par de mots raconte
Des actions qui ne se comptent
Immortelle l’histoire se raconte

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Gisèle Halimi

Gisèle Halimi, avocate, féministe.