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Interview

Le financement de la BITD constitue une opportunité unique d’aligner mes activités professionnelles avec mes convictions personnelles

le 5 mars 2026

À l’heure où la souveraineté industrielle s’impose comme une priorité stratégique, le financement de la base industrielle et technologique de défense (BITD) change d’échelle. Longtemps tenu à distance par les investisseurs, le secteur de la défense attire désormais capitaux publics et privés, au croisement des enjeux géopolitiques, réglementaires et ESG. Serge Weinberg, fondateur de Weinberg Capital Partners et initiateur du fonds Eiréné, revient sur cette mutation profonde : consolidation du tissu industriel, articulation entre souveraineté et attractivité, contrôle des investissements étrangers et rôle croissant du capital-investissement dans la structuration d’une stratégie française et européenne de défense.

 

Les tensions géopolitiques récentes ont replacé la souveraineté industrielle au cœur des priorités publiques. Dans ce contexte, la BITD s’impose comme un pilier structurant de l’autonomie stratégique des États, à l’intersection de la politique de défense, de l’innovation technologique, de la planification et du financement de long terme.

En France, la BITD s’articule autour de neuf grands maîtres d’œuvre1, mais également d’un tissu dense de 4 500 ETI, PME et start-up, dont la capacité d’innovation conditionne la supériorité opérationnelle des forces armées. Longtemps considéré comme un secteur à part, marqué par la prépondérance de la commande publique et une forte régulation, l’écosystème de défense connaît aujourd’hui une transformation profonde.

La question du financement de la BITD est ainsi devenue centrale. Au-delà des lois de programmation militaire, l’enjeu porte sur la capacité à mobiliser des capitaux privés compatibles avec les exigences de souveraineté, de sécurité et de temps long propres à l’industrie de défense. L’émergence de fonds d’investissement dédiés traduit cette évolution, et marque la reconnaissance de la défense comme un secteur stratégique, mais aussi comme une classe d’actifs à part entière, nécessitant expertise sectorielle, compréhension des contraintes réglementaires et dialogue étroit avec les pouvoirs publics.

Serge Weinberg, ancien président du conseil d’administration de Sanofi (2010-2023), et fondateur de la société d’investissement Weinberg Capital Partners est l’un des acteurs de cette révolution. Figure reconnue du capital-investissement, il contribue à structurer le financement de la BITD au travers du fonds Eiréné, lancé en 2020, spécifiquement dédié au financement des entreprises de la sécurité et de la défense.

Pour la rubrique « sécurité économique » de Dalloz actualité, co-dirigée par David Chekroun et Krys Pagani, Serge Weinberg a accepté de prendre la parole pour nous éclairer sur les conditions d’émergence d’une stratégie française de protection des enjeux de souveraineté nationale, et nous offre par ailleurs quelques réflexions sur le contrôle des investissements étrangers en France, dans le prolongement de son audition devant le comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques sur l’évaluation du contrôle des investissements étrangers en France2.

Cet entretien a été réalisé par David Chekroun, professeur de droit des affaires à ESCP Business School et avocat au Barreau de Paris et François Sicard, avocat au barreau de Paris et secrétaire général du FDI Control forum.

David Chekroun et François Sicard : Comment analysez-vous aujourd’hui les principales opportunités de consolidation au sein de la BITD ? Comment Eiréné, en tant que fonds majoritaire, peut-il contribuer concrètement à faire émerger des champions français et européens dans les secteurs de la sécurité et de la défense ?

Serge Weinberg : La nécessité de créer un fonds dédié à l’industrie de la défense nous est apparue nécessaire à la fin des années 2010 pour trois raisons principales.

En premier lieu, nous avons relevé que les tensions géopolitiques s’étaient multipliées au cours de la seconde moitié de la décennie 2010. Entre résurgence des revendications territoriales anciennes et dégradation des relations internationales, les signaux faibles ne manquaient pas afin de caractériser le retour de la menace d’un ou plusieurs conflits de haute intensité au cours de la décennie suivante.

En second lieu, dans un contexte de réarmement progressif marqué par l’augmentation continue de la part des budgets publics consacrée à la défense dans les grands pays occidentaux, nous avons analysé avec attention les modalités de financement et la structuration de la chaîne de valeur des principaux champions français de la défense et de la sécurité. Cette étude a mis en lumière une réalité structurante : derrière les fleurons industriels du secteur gravite une multitude de PME et d’ETI, maillons essentiels de la BITD, dont l’inventaire précis demeure encore aujourd’hui imparfait.

À l’instar de l’industrie automobile, structurée autour de grands donneurs d’ordre et d’une chaîne de valeur coordonnée, l’industrie de défense française repose sur un écosystème fragmenté, technologiquement à la pointe mais souvent sous-capitalisé. Afin d’absorber les chocs de production à venir et de renforcer la capacité d’investissement de ce tissu industriel dense, il nous semblait nécessaire de créer les conditions d’une consolidation sectorielle.

Enfin, nous avons constaté qu’une part significative de ces entreprises, à l’instar de nombreuses autres PME et...

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Serge Weinberg

Serge Weinberg est Président et fondateur de Weinberg Capital Partners (WCP)