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par Chloé Enkaoua, Journalistele 8 janvier 2026
Si, dans le monde associatif, Stéphanie Fougou a su s’imposer comme l’une des principales figures de proue des juristes d’entreprise, elle est aussi une chef d’équipe reconnue pour sa manière d’accompagner le changement tout en plaçant les rapports humains au cœur de chaque défi.
Parvenir à la contacter relève d’un véritable parcours du combattant. Il faut dire que depuis sa prise de fonction chez HBX Group, Stéphanie Fougou se partage entre Londres, Paris et Madrid. Une vie à 100 à l’heure, dans la droite lignée de tout son parcours qui l’a vue passer depuis vingt-cinq ans à la tête des directions juridiques et générales de grandes entreprises du CAC 40 et du SBF 120 telles qu’Ingenico, Accor, Vallourec ou encore Club Med. « J’ai toujours aspiré à un parcours international ; aujourd’hui je suis plus que jamais servie » s’amuse celle qui, à chacune de ses expériences, dit avoir avant tout retenu l’aspect humain et choisi son parcours en fonction des personnes. Aujourd’hui encore, elle s’emploie à maintenir autour d’elle un cercle de confiance, y compris dans sa vie associative. « Je fais beaucoup de choix de cœur, ou au moins d’entente », sourit-elle. « Dans un environnement comme le nôtre, on peut vite se retrouver seul ». C’est pourquoi, en 2017, elle s’était engagée à lancer le Grenelle du droit avec « une bande d’amis » : Kami Haeri, Pierre Servan-Schreiber, Louis Vogel, Aurélien Hamelle, Nicolas Guerin, Guy Canivet, … Aujourd’hui présidente d’ECLA, elle tente de reproduire le même schéma. « Se réunir autour d’une cause commune fait du bien à l’âme », assure-t-elle. « Nous faisons des choses sérieuses sans se prendre au sérieux, autour de valeurs partagées ».
Transformations
À coups de regards dans le rétroviseur, Stéphanie Fougou s’attelle à retracer un parcours riche et varié. Née en Afrique où elle a passé toute son enfance et son adolescence, c’est en lien avec son histoire et sa terre natale qu’elle dit avoir choisi le droit. « J’y ai appris la force de la résilience, la beauté de la simplicité et l’authenticité des liens », raconte-t-elle. « Dans ces contextes exigeants, j’ai compris que le courage est une nécessité, surtout pour une femme. C’est ce terreau qui m’a conduite vers le droit : un outil pour défendre les libertés et donner des repères à la société ». Arrivée en France au moment du lycée, Stéphanie Fougou se lance alors dans des études juridiques entre l’Hexagone et les États-Unis. Sa formation, incluant un DEA de droit européen de la concurrence à Paris 2, un DESS de droit audiovisuel et nouvelles technologies à Paris 1 ainsi qu’une année à la University of Wisconsin Law School, lui offre très tôt une précieuse expérience internationale. Revenue en France pour passer son barreau, elle débute sa carrière dans les médias : d’abord chez TF1 en 1997, puis chez France Animations en tant que business affairs, évoluant ainsi au cœur de la production audiovisuelle et des dessins animés. À cette époque âgée d’une vingtaine d’années, elle se souvient : « Le secteur connaissait une immense transformation avec l’arrivée d’internet, et un pan entier du droit se développait sous mes yeux. Tout était à créer ! »
En 2000, la carrière de la jeune juriste prend un tournant décisif lorsqu’elle rejoint successivement Wanadoo puis Orange. Pendant près de treize ans, elle gravit les échelons jusqu’à devenir directrice juridique France, puis directrice juridique Groupe adjointe. Une période qui lui offre une immersion dans des sujets variés tels que les partenariats technologiques, la responsabilité des intermédiaires internet, les enjeux commerciaux ou encore les grands contentieux concurrence. « J’ai eu l’opportunité unique de participer au développement de l’internet en France et à ce que le groupe appelait la "positive generation", mais aussi d’être impliquée dans le projet d’obtention de la distribution exclusive de l’iPhone en France et dans les principaux pays d’Orange », raconte-t-elle. À la suite de cette expérience, la juriste prend la tête d’un département dédié aux nouvelles technologies et aux partenariats stratégiques au sein de la direction juridique. « Nous étions en contact permanent avec les géants du secteur : Apple, Google, Samsung, LG… L’objectif était de concevoir un projet multi-services, accompagné d’une transformation culturelle majeure qu’il fallait soutenir. Internet explosait, et un nouveau modèle économique voyait le jour ». Forte de cette expérience, son profil attire naturellement de nombreuses entreprises. En 2011, elle est ainsi nommée secrétaire générale du Club Med, où elle assume des responsabilités variées : secrétariat du conseil d’administration, direction juridique, gestion immobilière ou encore sécurité et conformité ; des domaines alors en pleine évolution dans le monde de l’entreprise. Après avoir accompagné la reprise du groupe par le fonds chinois Fosun en 2014, Stéphanie Fougou rejoint ensuite le géant métallurgique français Vallourec en tant que secrétaire générale. Exit les villages de vacances ; place à la production d’acier et de tubes dans un contexte plutôt mouvementé. « J’y ai passé cinq années intenses dans un environnement masculin très exigeant, avec des batailles géopolitiques et les sujets écologiques en toile de fond », détaille-t-elle.
Savoir rebondir
C’est à ce même moment que la secrétaire générale prend également la tête de l’Association française des juristes d’entreprise (AFJE), dont elle a été la présidente de 2014 à 2019 (elle en est aujourd’hui la présidente d’honneur). Parmi ses chevaux de bataille, la création d’un statut d’avocat en entreprise et l’obtention d’un legal privilege ; des sujets pour lesquels elle n’a jamais cessé de se battre depuis lors. « Stéphanie a toujours agi pour défendre et assurer ses valeurs, dans sa vie associative comme professionnelle » souligne à ce sujet Charlotte Grass, auparavant en charge des sujets de compliance chez Vallourec et aujourd’hui chief compliance officer du groupe Michelin. « À l’époque de Vallourec, elle m’a en outre donné des conseils précieux, notamment sur les aspects pratiques de gestion des dossiers et sur la manière d’interagir avec les organes de gouvernance. En quelques années, elle est parvenue à renforcer la position de la fonction juridique en interne et à en faire un véritable levier dans la stratégie d’un groupe industriel ».
Après un passage d’une année chez Accor, alors en pleine transformation de son business model, Stéphanie Fougou rejoint en 2019 la multinationale française spécialisée dans les solutions de paiement Ingenico en tant que secrétaire générale. « J’ai notamment accompagné le rachat de l’entreprise pour en faire le leader des paiements en France et en Europe » explique celle qui, en 2021, contribue ensuite au développement d’une plateforme paneuropéenne de paiement unifiée, European Payments Initiative. En 2022, retour à ses premières amours : l’animation et la création. La juriste devient en effet directrice juridique et secrétaire générale chez Technicolor Creative Studio (TCS), dans un environnement en pleine transformation. « J’ai intégré le groupe au moment où les activités de Technicolor dans les effets spéciaux se déployaient pour l’industrie du cinéma, de la publicité, des dessins animés et des jeux », indique Stéphanie Fougou. Laquelle doit cependant faire face à de nombreux obstacles : baisse de la demande, problèmes de financement, grève à Hollywood, … Peu à peu, la situation devient insoutenable. « Après trois ans de bataille, nous avons dû abandonner », admet-elle. Depuis mi-2025, c’est donc au profit d’une nouvelle entité qu’elle met son expertise : HBX Group, une entreprise mondiale de technologies du voyage basée entre l’Espagne et le Royaume-Uni, spécialisée dans la mise en relation pour les hôtels et les distributeurs. Un terrain sur lequel la professionnelle a déjà eu l’occasion d’affûter ses armes, donc… En sa qualité de secrétaire générale, Stéphanie Fougou supervise aujourd’hui tous les aspects juridiques, de conformité, de gestion des risques, d’audit interne, d’assurances et d’affaires publiques pour le groupe. « Actuellement, je me concentre principalement sur des sujets de gouvernance ainsi que sur le business development et l’intégration de l’IA dans les équipes », détaille-t-elle.
Une parole qui compte
De l’univers des médias et de l’animation à celui des télécoms en passant par l’hôtellerie, l’industrie ou encore la tech, un maître-mot s’est pour elle toujours imposé : l’adaptation. « Chaque entreprise a sa propre activité, sa propre culture, et même son propre affectio societatis », affirme Stéphanie Fougou. « Il faut donc savoir rester humble et à l’écoute : cela exige une réelle ouverture d’esprit. Et surtout, adapter notre manière de délivrer le droit, car on ne parle pas de la même façon à des ingénieurs, des marketeurs ou des artistes ». Un parcours loin d’être linéaire qui, selon elle, lui a également offert des réflexes précieux et une agilité rare… et la sérénité face à l’imprévu. « Dans chaque société, j’ai traversé des transformations profondes – opérationnelles, culturelles ou capitalistiques. J’ai appris à y contribuer, à les accompagner, et cela n’a pas toujours été un long fleuve tranquille ». Son style de management, lui, demeure inchangé : horizontal, exigeant et fondé sur la confiance. « Mon rôle est d’apporter une vision, de fixer des priorités et des objectifs. Le reste appartient à mes équipes. Je demande simplement de l’implication et l’envie de trouver des solutions », explique la secrétaire générale. Une exigence qui n’exclut pas la légèreté… « J’aime l’engagement, le courage, mais aussi l’humour et l’ouverture d’esprit. Si je ne ris pas une fois dans la journée, c’est qu’elle a été vraiment mauvaise », glisse-t-elle ainsi avec malice.
Depuis le début de l’aventure HBX Group, point de répit, donc. Mais Stéphanie Fougou tient à rester engagée pour sa profession. Pour preuve, son élection à la tête de l’Association européenne des juristes d’entreprise (AEJE) – ou European company lawyers association (ECLA) – en mai 2024. Une première pour une femme au sein de cette institution. « C’est à la fois une opportunité et une immense responsabilité », commente-t-elle. « L’Europe est souvent critiquée, mais rappelons qu’elle a garanti plus de 70 ans de paix et créé un véritable espace de libre-échange. Son ADN existe bel et bien ; désormais, il nous faut être force de proposition. C’est un défi colossal, car beaucoup ont baissé les bras… ». Parmi ses priorités : consolider cet ADN juridique européen et faire d’ECLA le porte-voix incontournable des juristes d’entreprise auprès des institutions. Et surtout, incarner une parole qui compte. « J’ai des convictions fortes sur la place et l’usage du droit », indique-t-elle. « Je crois à une meilleure éducation juridique, et je crois profondément en l’Europe ». Marcus Schmitt, directeur général d’ECLA, évoque une professionnelle inventive et une communicante hors pair. « J’ai rencontré Stéphanie alors qu’elle était encore présidente de l’AFJE », se remémore-t-il. « De mon côté, j’étais déjà directeur général d’ECLA, et nous avons discuté ensemble de la manière dont nous pourrions faire évoluer les choses pour les juristes d’entreprise européens, notamment au travers de la promotion du legal privilege ». Pour lui, l’expérience très internationale de la juriste en fait une professionnelle maîtrisant parfaitement tous les sujets dont elle a désormais la charge au sein de l’association. « Elle a le don d’entraîner les gens avec elle », assure-t-il.
Remparts
La confidentialité des avis des juristes d’entreprise : un vieux serpent de mer que Stéphanie Fougou espère toujours voir un jour émerger dans tous les pays européens. « J’aimerais aussi qu’à l’avenir, le monde du droit soit moins fragmenté et que ses membres se sentent davantage appartenir à une même famille », souligne-t-elle. « Nous évoluons dans un contexte où beaucoup de repères vacillent ; il est donc plus que jamais essentiel que la communauté juridique se mobilise pour aider nos sociétés à préserver les bons réflexes de justice et de droit. Au-delà des clivages politiques, c’est un véritable choix de société ». Un objectif qu’elle juge fondamental à l’heure où les certitudes s’effritent, et qu’elle considère comme un rempart contre tous les excès et les affronts à l’état de droit.
Pour y parvenir, il faut donc de l’union. Mais aussi des juristes d’entreprise plus forts, et bénéficiant selon elle d’une formation davantage adaptée aux nouveaux défis que sont les nouvelles technologies et l’internationalisation croissante. Car si le monde change, la profession évolue aussi. « Il y a vingt ans, on parlait beaucoup moins de régulation, de sanctions, d’éthique ou d’ESG, par exemple. Aujourd’hui, la pluridisciplinarité s’impose », analyse-t-elle. « Nous ne sommes plus seulement des experts : nous sommes désormais au cœur de la stratégie, aux côtés des dirigeants. Cela exige plus de réactivité, mais aussi un engagement accru et une responsabilité renforcée dans nos propositions et nos solutions ». Un changement de posture évident, tout en restant les gardiens d’un temple soumis à des règles et des obligations toujours plus nombreuses. « Il nous faut à la fois garder de la distance pour assurer la pérennité de l’entreprise, mais aussi être des contributeurs actifs, capables de comprendre immédiatement les enjeux », résume la juriste. Apprendre à apprendre, comprendre la logique juridique, communiquer clairement et garder de l’altitude : voilà pour elle les qualités essentielles pour exercer aujourd’hui ce métier. « Il est important de savoir s’insérer dans des environnements d’entreprises et de s’approprier leurs enjeux pour mieux les accompagner. Rester curieux, en somme ». D’un point de vue plus personnel, Stéphanie Fougou nourrit un vœu : celui de garder quelques moments de respiration pour certains engagements citoyens, notamment dans des villes du sud de la France où elle vit, mais aussi pour la voile, son échappée belle… Une passion qui n’a rien d’étonnant pour celle a toujours navigué d’un environnement à l’autre sans jamais perdre le cap.
Stéphanie Fougou
Stéphanie Fougou est General Counsel de HBX Group. Elle est, par ailleurs, présidente de l'AEJE et présidente d'honneur de l'AFJE notamment.




