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Au chevet du commerce de centre-ville

La mission sur l’avenir du commerce de proximité dans les centres-villes et les quartiers prioritaires de la politique de la Ville diligentée par le gouvernement en mai 2025 a rendu public son rapport début novembre. Après avoir constaté les distorsions économiques affectant le commerce de proximité dans les territoires urbains fragiles, elle propose trente recommandations opérationnelles, qu’elle juge « réalistes et ambitieuses » pour faire évoluer structurellement le secteur commercial « actuellement face à de multiples défis » ; neuf d’entre elles ont d’ores et déjà été retenues par le nouveau gouvernement.

« Profondes mutations », « multiples défis » mais aussi « déstabilisation », « perte de vitesse », « déclin », « difficultés », « freins réels » … les qualificatifs servant à caractériser la déprise commerciale des centres-villes ne manquent pas. Pouvoirs publics, élus locaux, commerçants et même consommateurs s’accordent sur le fait que le commerce, fonction urbaine essentielle (Cerema, Zones commerciales et centres-villes : trouver le bon équilibre, Techni Cités, 27 déc. 2022), traverse depuis plusieurs années une crise structurelle et conjoncturelle dont les principaux symptômes visibles nous apparaissent sous la forme de friches commerciales – et donc de dysfonctionnements des territoires (Banque des territoires, Les guides pratiques. 10 essentiels de la redynamisation commerciale dans les petites villes de demain, mai 2023). On trouve en effet de nombreuses cellules commerciales abandonnées en centres-villes, qui peuvent localement représenter jusqu’à un commerce sur cinq – 14 % en moyenne en 2024. Le commerce de proximité joue pourtant un rôle essentiel dans la cohésion sociale et l’attractivité des territoires ; le gouvernement se devait donc de réagir.

Dans ce cadre, Juliette Méadel (ex-ministre déléguée en charge de la Ville) et Véronique Louwagie (ex-ministre déléguée en charge du Commerce) avaient confié, en mai 2025, une mission à Frédérique Macarez, Dominique Schelcher et Antoine Saintoyant – respectivement élue locale, opérateur commercial et partenaire financier des actuels programmes de revitalisation des centres (ACV pour les villes moyennes, PVD pour les petites villes). La lettre de mission appelait les trois rapporteurs, représentant les principales forces vives de la revitalisation commerciale, à formuler des propositions opérationnelles visant à consolider et réimplanter le commerce dans les centres-villes et les territoires fragiles (QPV). Il s’agissait concrètement d’évaluer les outils existants, d’en proposer des évolutions « tenant compte des contraintes pesant sur les finances publiques et de l’effort de réduction des dépenses publiques engagé par le gouvernement » et de réfléchir sur d’éventuelles simplifications du cadre réglementaire pour faciliter l’implantation et le développement des commerces au sein d’un périmètre d’étude circonscrit (QPV et centres-villes). Leur rapport, long de 112 pages et riche de trente recommandations opérationnelles, a été rendu public début novembre.

La désertification commerciale, « problématique partagée par l’ensemble des territoires »

Outre l’examen de la situation des centres-villes, l’un des points forts du rapport était de s’intéresser de près aux spécificités commerciales des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) car, à l’heure actuelle, la question du développement économique de ces zones est loin d’être réglée. L’une des principales difficultés tient à ce que les 1 609 QPV recensés sur le territoire (Décrets de 2024) font en effet montre d’une grande hétérogénéité, tant du point de vue de leur population que de l’économie de proximité, laquelle joue un rôle central dans l’animation de ces quartiers. Souffrant globalement d’un problème d’image, ces territoires en déprise sont caractérisés par une faible attractivité par rapport à leur aire urbaine environnante et les défis y sont de plusieurs ordres – économiques, sociaux, sécuritaires et aménagistes. Il s’agit donc de développer des activités pour répondre aux besoins quotidiens des habitants, générer des emplois et améliorer la mixité fonctionnelle de ces quartiers qui font souvent face à une spécialisation et une mono-activité commerciale. « Les QPV sont insuffisamment envisagés comme une ressource de foncier économique », regrettent les rapporteurs (Rapport, p. 24), d’autant que le tissu commercial des quartiers prioritaires est confronté à de nombreux défis dans l’avenir : avec des taux de vacance élevés et l’obsolescence des centres commerciaux, la fermeture des nombreux commerces de proximité entraine une disparition des lieux de convivialité et un climat sécuritaire délétère.

Débordant du seul périmètre des QPV, la désertification commerciale « constitue une problématique partagée par l’ensemble des territoires ». Vécue comme une véritable « atteinte à l’âme et au dynamisme des communes », elle n’est donc pas l’apanage des seules communes...

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