- Administratif
- Affaires
- Civil
- Toute la matière
- > Arbitrage - Médiation - Conciliation
- > Biens - Propriété
- > Contrats et obligations
- > Droit et liberté fondamentaux
- > Droit international et communautaire
- > Famille - Personnes
- > Filiation
- > Mariage - Divorce - Couple
- > Procédure civile
- > Responsabilité
- > Successions - Libéralités
- > Sûretés
- > Voies d'exécution
- Européen
- Immobilier
- IP/IT et Communication
- Pénal
- Toute la matière
- > Atteinte à l'autorité de l'état
- > Atteinte à la personne
- > Circulation et transport
- > Criminalité organisée et terrorisme
- > Droit pénal des affaires
- > Droit pénal général
- > Droit pénal international
- > Droit social
- > Enquête
- > Etranger
- > Informatique
- > Instruction
- > Jugement
- > Mineur
- > Peine et exécution des peines
- > Presse et communication
- > Santé publique
- Social
- Toute la matière
- > Accident, maladie et maternité
- > Contrat de travail
- > Contrôle et contentieux
- > Droit de la sécurité sociale
- > IRP et syndicat professionnel
- > Négociation collective
- > Protection sociale
- > Rémunération
- > Rupture du contrat de travail
- > Santé publique
- > Temps de travail
- > Travailleurs handicapés
- Avocat
par Chloé Enkaoua, Journalistele 4 juin 2026
Du droit pénal des affaires aux contentieux stratégiques mondialisés, Kami Haeri avance à son rythme, et de préférence là où la pression est maximale. Aujourd’hui associé du bureau de Paris de White & Case, il revient sur un parcours où l’inconfort a presque été érigé en méthode. Portrait.
C’est d’un pas pressé, mais le sourire aux lèvres, que Kami Haeri fait irruption dans la salle de réunion ce matin-là. Un peu à l’image de sa vie à 1 000 à l’heure, rythmée par les multiples dossiers mêlant contentieux civil, commercial et pénal que l’associé de White & Case Paris traite depuis plus de vingt-cinq ans maintenant. Et ce, à peine sans souffler, et surtout sans s’économiser… « Lorsqu’un client fait face à une enquête qui porte sur des sujets existentiels, son temps et ses préoccupations deviennent les nôtres », résume-t-il. Presque amusé, il confie d’ailleurs avoir dépassé les 3 400 heures l’année dernière. « Mais j’adore ça », glisse-t-il immédiatement. « Je répète souvent que chaque dossier qui arrive est une épiphanie, en ce qu’il me permet de donner à ma vie professionnelle un sens supplémentaire ».
La méthode du strapontin
S’il ne s’est jamais lassé, c’est aussi parce que Kami Haeri dit avoir toujours refusé de se laisser enfermer dans la routine, poussé par le besoin de se réinventer et de changer d’environnement dès lors que l’opportunité s’est présentée. Et ce, malgré l’assise et le confort dont il a bénéficié au cours de chacune de ses expériences. « Vider son tiroir, avoir peur en arrivant quelque part, je pense que c’est nécessaire pour se remettre en cause », affirme-t-il. Sa première prise de risque : avoir quitté une carrière toute tracée dans le négoce en Suisse pour embrasser la profession d’avocat avec un léger décalage, après avoir « raté la séquence des recrutements ». « J’ai toujours eu besoin d’avoir une activité intense, ce qui n’était pas le cas avec le négoce. Je m’ennuyais un peu. Par ailleurs, j’avais envie de mettre en pratique mon apprentissage », raconte-t-il. Né en France de parents iraniens, loin de tout héritage juridique, il s’était en effet inscrit à la faculté de droit de Nanterre « un peu par hasard », après avoir hésité un temps avec une carrière dans le journalisme ou le cinéma. Son Master en droit européen des affaires en poche, celui qui se décrit comme un « pur produit de l’université » décrochera ainsi un DESS en droit de l’informatique et des nouvelles technologies à Paris-Sud, ainsi qu’un DESS en droit communautaire à Lyon 3.
Après son passage dans l’import-export, c’est l’avocat Yves Sexer qui lui ouvre en premier ses portes. « Le but est d’abord d’entrer dans la salle. Ensuite, on se débrouille ; on prend un strapontin s’il le faut, et on avance si on peut » sourit l’avocat de 54 ans qui, suite à sa prestation de serment en 1997, passe ainsi le concours de la Conférence du stage du Barreau de Paris tant pour faire ses preuves que pour étoffer son réseau. Il évoque au sujet de cette expérience en tant que secrétaire de la Conférence « une école d’apprentissage extraordinaire », mais aussi un « booster de maturité » qui lui ouvrira notamment les portes du cabinet de Christian Charrière-Bournazel, où il pratique pendant deux ans une activité de généraliste du contentieux.
Apprendre en marchant
En 2000, il intègre le cabinet d’avocats d’affaires français indépendant August Debouzy où, pendant dix-sept ans, il gravit les échelons jusqu’à prendre la tête du pôle contentieux, arbitrage et pénal des affaires. Il garde notamment en mémoire sa nomination en tant qu’associé, en 2006, à tout juste trente-quatre ans. « Lorsque l’on devient associé, on se retrouve soudainement très seul », assure l’avocat. « C’est à la fois dur, nécessaire et formateur. Il faut apprendre à voler de ses propres ailes, à développer une activité et à se montrer à la hauteur de cette fonction qui consacre autant qu’elle impose. C’est en quelque sorte le premier jour du reste de ta vie ». Au moment où il apprend sa nomination, Kami Haeri s’isole, réfléchit, structure sa vision et sa confiance en lui. Pour parvenir à rivaliser avec ses concurrents – « les associés de 55 ans à l’autre bout de la table » –, il choisit la stratégie : anticiper, écrire, enseigner. En bref, se rendre visible. « J’ai tenté de devancer les évolutions de mon activité en analysant les différents signaux, à l’étranger notamment, afin de voir si cela pouvait avoir un impact sur le marché français », détaille-t-il. « J’ai par ailleurs mis en place un programme personnel de travaux d’écriture et de partenariats avec des revues juridiques, tout en enseignant dans plusieurs établissements tels que Sciences-Po et l’EFB. L’objectif était d’ancrer ma crédibilité vis-à-vis de mes clients ». Le tout, en apprivoisant également le management d’équipe et la gestion des talents.
Rapidement, lui vient ensuite l’envie de toucher du doigt l’internationalisation du droit. « Je voyais qu’il se passait quelque chose au niveau des dossiers qui étaient nativement internationaux », rapporte-t-il. « J’avais envie de travailler sur ces dossiers-là, d’évoluer dans des sphères internationales avec des cultures juridiques qui dialoguent en permanence. Cela nécessitait une plateforme adéquate ». En 2017, Kami Haeri intègre ainsi en tant qu’associé le bureau parisien de l’enseigne américaine spécialisée en contentieux Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan. Il y prend la direction du contentieux civil et pénal à Paris et découvre alors une culture plus directe, plus transparente et moins « affective ». « J’y ai fréquenté des avocats unis autour d’une culture unique du contentieux et appris par ailleurs l’exigence absolue de production et de profitabilité, et leur impact sur l’attractivité d’une firme », explique l’associé. « Nous étions là pour gagner avant tout, pour produire et conquérir des espaces. Cela exige une capacité de travail hors normes et une véritable résistance à la pression, tant sur le plan physique que psychique ». Une école de rigueur et d’endurance où il affûte encore davantage ses armes.
Dossiers XXL
En 2024, il franchit une nouvelle étape en rejoignant White & Case à Paris afin de renforcer l’équipe contentieux. Un choix qui s’inscrit là encore dans une logique stratégique : évoluer au sein d’une plateforme globale lui permettant de pouvoir conjuguer son activité avec d’autres pratiques comme le corporate, la concurrence, le restructuring ou le financement. « Un certain nombre de ces sujets génèrent des situations de risque et un besoin d’anticipation que nous pouvons gérer », atteste Kami Haeri. Il pousse alors les portes de la firme aux côtés d’Alexandre Kiabski, passé associé à cette occasion, et de trois collaborateurs. « Le fait que des personnes qui m’ont fait confiance dès le départ puissent aussi progresser et trouver de nouveaux espaces d’expression était essentiel pour moi », se félicite-t-il.
À son arrivée, l’un des objectifs de l’associé a été de développer l’équipe en droit pénal du bureau qui compte aujourd’hui onze collaborateurs – « probablement treize d’ici la fin de l’année » –, ce qui en fait l’une des plus importantes de Paris pour accompagner une activité très dense. L’équipe commercial litigation, elle, en compte également treize. Un commando d’avocats plutôt conséquent, donc, et bien rodé pour assister au mieux les divers clients de Kami Haeri, du groupe agroalimentaire et industriel au géant de la tech en passant par les acteurs mondiaux du commerce en ligne. « Kami est l’avocat de Renault depuis plusieurs années pour des contentieux sensibles au long cours » précise notamment Jean-Dominique Senard, président du conseil d’administration de Renault, qui décrit un avocat « solide et disponible dans les tempêtes juridico-médiatiques ». « Il connaît ces dossiers complexes de façon rigoureuse, et s’emploie à anticiper les différents scénarios pour proposer un conseil tactique et stratégique de grande qualité. Kami possède une façon bien à lui de tenir la ligne juridique favorable à son client ». Même écho du côté de leader de l’industrie agroalimentaire Nestlé : « J’ai eu le plaisir de travailler avec Kami au cours des dernières années sur des dossiers complexes mêlant enjeux politiques, réglementaires et contentieux », évoque Leanne Geale, Group general counsel et vice-présidente exécutive de Nestlé S.A. « Il est doté d’une capacité d’analyse remarquable et d’un regard à la fois original et pertinent sur les dossiers. Cela nous pousse à sortir des sentiers battus et renforce la qualité de nos décisions, qu’elles soient tactiques ou stratégiques ».
L’homme et le soldat
Une méthode bien rodée pour cet avocat « que tous les grands patrons s’arrachent », selon les termes de l’avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, Patrice Spinosi. « Les dossiers sur lesquels il intervient en ce moment sont les plus sensibles de la place », fait-il remarquer. « Sa méthode est de systématiquement s’entourer des meilleurs ; pour chaque contentieux qu’il traite, il met en place une équipe dédiée constituée des spécialistes les plus qualifiés sur le sujet ».
Pour tenir la distance, pas de secret : « Il faut avoir une vraie stratégie, et surtout l’envie de s’engager », assure Kami Haeri. « Quand une boîte américaine reçoit une notification pour l’ouverture d’une enquête pénale ou d’une action civile pour des enjeux colossaux, avec un risque d’extension, il n’y a plus d’autre choix que d’être présent et de s’organiser ». Se rendre disponible, donc, mais aussi tenter d’être toujours lucide, « presque visionnaire », sur toutes les problématiques et trajectoires possibles des clients. D’où la nécessité pour lui de savoir résister à la pression… mais aussi de conserver une vie extraprofessionnelle riche et paisible. « Si on lui laisse trop de place, la pression peut dévorer », glisse Kami Haeri. « Il faut donc trouver des bulles d’oxygène ailleurs : la famille, l’art, la fréquentation du spectacle vivant… Même au milieu d’un dossier insensé, parvenir à sauver ne serait-ce qu’une soirée pour aller voir un concert, un ballet ou un spectacle permet de redevenir un être sensoriel, et non pas juste un soldat ». C’est d’ailleurs ce trait de personnalité qui, à l’occasion du partage d’un dossier pénal instruit à Nice il y a une dizaine d’années, a particulièrement marqué l’avocate Jacqueline Laffont-Haïk : « Je l’avais déjà rencontré au détour de quelques dossiers à Paris, mais ce moment-là nous a donné l’opportunité de passer plus de temps ensemble », raconte-t-elle. « Je me souviens d’un homme doté d’une richesse intellectuelle et culturelle rare, qui aimait partager des moments de détente après un travail acharné autour d’un bon repas ou dans un musée. Il était capable de passer directement du banc du prétoire au siège de l’opéra ! ».
Mutations
L’avocate évoque également une grande force de travail, qu’il concentre aujourd’hui tant sur des questions d’application des normes françaises et européennes que sur des sujets de DSA, de recours devant la Cour de justice ou de directive e-commerce. « Outre le fait que le contentieux soit devenu un élément plus stratégique intervenant en amont de la réflexion des entreprises, il s’est aussi beaucoup internationalisé », observe Kami Haeri. « Les actions qui sont menées en France sont désormais plus tactiques et liées à des enjeux plus globaux ». L’associé note également un rôle des régulateurs sectoriels qui s’est considérablement développé, induisant une transformation tant sur la surface que sur la profondeur temporelle du contentieux. « Au cours des quinze dernières années, j’ai par ailleurs vu émerger la toute-puissance de la soft law », indique-t-il. « Aujourd’hui, les comportements sont questionnés, même s’ils ne sont pas juridiquement pathologiques. Cela soulève des questions de gestion du risque, et le contentieux a désormais un impact sur la manière dont on gouverne une entreprise ». Un contexte dans lequel, pour lui, il apparaît d’autant plus important de pouvoir entremêler son activité avec celle d’autres départements du cabinet.
D’un côté, une activité dense et quasi sans temps mort donc, et de l’autre, des ressources à puiser dans l’art et les proches. Et au milieu, un engagement ordinal et des réflexions sur la profession là aussi plutôt nourries. « Lorsque j’étais membre du Conseil de l’Ordre, j’ai ressenti un décalage dans la manière dont nos institutions appréhendaient le marché du droit et représentaient les avocats face aux enjeux qui touchaient la profession », explique Kami Haeri. « Là où tout devenait interprofessionnel, par exemple, notre métier ne l’était pas. Par ailleurs, je voyais émerger toute une génération de jeunes avocats lancés sans filet dans la profession ». En ont découlé deux rapports : un premier sur l’avenir de la profession d’avocat, remis à l’ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas en février 2017, et un autre sur la réforme de la formation initiale et continue des avocats, commandé par Nicole Belloubet en 2020 et réalisé aux côtés de Sandrine Clavel, qui a donné lieu à quelques réformes. « Nous avons notamment réussi à écourter un peu la durée de l’enseignement », commente l’avocat. « Mais la formation de nos plus jeunes confrères est toujours un sujet de préoccupation pour moi. Lorsque je peux me rendre disponible ne serait-ce qu’une heure autour d’un café pour un étudiant qui a besoin de conseils, je le fais. C’est une profession où l’on peut très vite se sentir seul ».
Dernier engagement en date : la présidence du groupe de travail du Club des Juristes concernant l’impact de l’IA sur les professions du droit. Car Kami Haeri en est convaincu : ces transformations redéfiniront profondément les contours du métier d’avocat. Pour l’heure, l’associé aspire pour sa part essentiellement à rester « libre et indépendant », afin de développer au mieux sa pratique selon ses envies et sa trajectoire. « Et continuer à aller voir des concerts », conclut-il en souriant.




