Si le métier d’arbitre international s’est féminisé ces vingt dernières années, « les progrès demeurent insuffisants ». C’est ce qu’affirment tous les interlocuteurs de cette enquête : six femmes et un homme arbitres internationaux, de sensibilité, d’âge, de nationalités et de parcours différents. Les statistiques rapportées par deux chambres d’arbitrage basées à Paris démontrent une évolution notable mais lente. Selon les chiffres comparatifs de la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI), l’institution incontournable créée en 1923, le nombre de femmes nommées sur la cohorte générale est passé de 7,2 % en 2010 à 28,6 % en 2024. Cela correspond à un peu plus d’un arbitre sur quatre, soit 408 femmes sur un total de 1 427 arbitres nommés en 2024. Par ailleurs, la part des femmes varie nettement selon le mode de désignation : elles représentent 46 % des arbitres nommés par la Cour, 33 % de ceux désignés par les co-arbitres et seulement 19 % de ceux désignés par les parties. Et leur rôle est réparti de manière équivalente entre le co-arbitrage (37 %), l’arbitrage unique (30 %) et la présidence de tribunaux (33 %). Elles sont néanmoins majoritairement nommées arbitres d’urgence, une procédure ultra-rapide prévue avant le début officiel de l’arbitrage pour obtenir des mesures provisoires. Même constat en 2025 à la Chambre arbitrale internationale de Paris (CAIP) qui, sans en faire « une politique de parité en soi », a nommé 44 % de femmes pour des commissions d’arbitrage et de médiation tandis que « les désignations par les parties restent très minoritaires ».
Marily Paralika, 51 ans, associée du cabinet d’avocats Fieldfisher est, depuis vingt ans, arbitre dans les domaines de la construction et des infrastructures en particulier. Impliquée assez tôt dans le comité international grec de la CCI, elle a reçu sa première nomination alors qu’elle était collaboratrice senior. À l’époque, au début des années 2000, « le déséquilibre paritaire était évident et les quelques arbitres n’avaient pas la disponibilité suffisante pour traiter plusieurs dossiers en même temps, ce qui a entraîné des retards fortement critiqués par les utilisateurs », se remémore-t-elle – d’autant que, selon une règle tacite, chaque arbitre peut bénéficier d’un seul dossier par institution par an. Les femmes ont ainsi, et entre autres causes, pu bénéficier de ce moment d’ouverture dans le milieu de l’arbitrage qui était alors, selon la formule anglaise, « pale, male and stale » – blancs, hommes et âgés. La mondialisation des contentieux et l’essor des dossiers ont permis à des pays comme la France de développer une « communauté d’arbitres assez large ». Ancien membre du board de l’association Arbitral Women et membre de l’association Femmes & Droit, elle estime que « le nombre de nominations de femmes arbitres évolue positivement, mais les progrès restent à se poursuivre ». Du point de vue des clients, les hommes semblent continuer à incarner l’expérience et l’autorité tandis que la grande compétence des femmes à ces niveaux de responsabilité semble parfois encore susciter la surprise chez certains hommes.




