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Portrait

Élisa Rojas, Mister T, et nous

par Anaïs Coignacle 6 mai 2021

Elle fait la Une de Marie-Claire, est interviewée par France Inter, a son portrait dans Vanity Fair. En quelques semaines, le visage de l’avocate Élisa Rojas s’est imposé dans l’espace public qu’elle avait déjà investi en tant que blogueuse, twitteuse et militante. Son premier ouvrage sorti en novembre, Mister T et moi, entre la télénovela et l’analyse, offre une parole nouvelle sur la condition de femme handicapée. Derrière la romance, elle dénonce le validisme de la société qui discrimine les personnes handicapées. Retour sur un parcours de résistance.

Le portrait, miroir d’un déséquilibre sociétal

« Je n’ai pas besoin d’un portrait pour valoriser mon égo. Et puis le résultat nous ressemble rarement. Le choix des mots, le ton du journaliste sera toujours orienté par le valid gaze ». Voilà le genre de phrase cash que pouvait lâcher en début d’interview, en novembre 2020, Élisa Rojas, avocate au barreau de Paris et cofondatrice du Collectif de lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE) à son interlocuteur valide. D’entrée de jeu, nous voilà dans le vif du sujet : le « validisme ». L’idée consiste à dire que dans un monde conçu « par et pour les personnes valides », les personnes handicapées seraient invisibilisées, discriminées et essentialisées. Avant d’être un postulat militant, fondé sur des théories universitaires anglo-saxonnes qui perçoivent le handicap comme une construction sociale, culturelle et politique, le validisme a été pour Élisa Rojas une réalité, une expérience intime qu’elle décrit en partie dans son autofiction, Mister T et moi, paru ce mois-là aux éditions La belle étoile. Et c’est précisément pour faire la promotion de ce mélo politique qu’elle a accepté de parler d’elle. « Avec ce livre j’avais envie de faire mon propre portrait, celui d’une femme handicapée dans lequel peuvent se retrouver d’autres femmes handicapées voire d’autres femmes pas handicapées », explique-t-elle.

Mister T et moi est, selon le résumé presse, « l’histoire d’un “râteau” raconté avec humour et impertinence » qui « interroge sur la place du handicap dans notre société et le poids qui pèse sur les femmes en particulier. » Le lecteur y découvre deux étudiants en droit devenus très proches, l’une amoureuse éperdue de l’un, la considérant comme une amie privilégiée. « Place à la niaiserie ! », prévient l’autrice dans sa description presse. Derrière l’histoire amoureuse, l’autrice reconstitue son parcours depuis la petite enfance en institution spécialisée puis en établissement ordinaire jusqu’à l’âge adulte sur les bancs de la faculté de droit. Elle raconte sa confiance en elle-même et dans le monde détricoté par l’apprentissage, à l’adolescence de son infériorisation, en partie compensée par l’amitié, la famille, la valorisation de son intellect, ses prises de conscience, son énergie vitale. Sortir de ces mécanismes lui aura pris quelques années et coûté son innocence. Elle en tire un manifeste politique dans son dernier chapitre. Et termine en s’adressant à toutes ses sœurs d’arme qu’elle enjoint à prendre conscience de leur valeur, de leur beauté – concept dont elle réclame la redéfinition sur le plan collectif –, et de leurs droits comme celui « d’aimer qui elles veulent ». « Tout n’est pas réductible à un problème individuel (…). Il y a, en parallèle, toute une société à changer (…), mais nous ne pourrons jamais y arriver sans croire un minimum en nous et en notre légitimité. »

Un parcours marqué par la construction du handicap

Née en 1979 à Santiago du Chili, Élisa Rojas arrive en France en 1981 avec ses parents venus consulter un chirurgien spécialiste de la maladie qui lui altère les os et impose le fauteuil roulant. La famille s’installe finalement en Bretagne puis à Paris où elle est inscrite en institution spécialisée. « Ça a été un choc. Ça m’a donné envie de me battre pour que d’autres ne connaissent pas ces institutions », explique l’avocate dans le podcast La Poudre, en octobre 2018, de la journaliste Lauren Bastide, retranscrite dans l’ouvrage Présentes sur la place des femmes dans l’espace public. En institution, la petite fille est séparée de ses parents et des autres écoliers, regroupée avec d’autres enfants porteurs d’un handicap. Le collectif CLHEE parle de « ségrégation sociale et spatiale inacceptable », situation qui « favorise également les situations d’abus ». Après une première période de bonne cohabitation avec ses camarades de jeu masculins, elle y est victime de violences de leur part (harcèlement, agressions verbales et physiques jusqu’à un cassage de bras). « Si je n’ai jamais eu envie d’avoir un petit ami avant de rencontrer T., c’est peut-être aussi et surtout, à cause de ce qui s’est passé en institution », explique-t-elle dans son livre. En CM1, elle finit par intégrer le système scolaire ordinaire à sa demande et grâce à la volonté de ses parents (à l’époque, la loi ne leur rappelle pas qu’ils peuvent décider en dernier recours de sortir leur enfant handicapé du parcours des institutions spécialisées – ce qui sera établi en 2005). Élisa Rojas rappelle souvent que très peu de personnes handicapées ont le Bac, et encore moins font des études. Celles-ci « ne représentent que 0,6 % du paysage télévisuel », rappelait Lauren Bastide dans son livre. L’avocate explique, elle, dans Mister T et moi à quel point ses études à l’université sont difficiles, les établissements n’étant « pas totalement accessibles aux personnes en fauteuil », et les auxiliaires de vie n’étant pas encore permises : « ces problèmes logistiques occupent les trois quarts de mon temps et de mon énergie. La moindre recherche de documents, photocopies, ou les changements de salle de cours ressemblent à une épreuve de Pékin Express. » À cela s’ajoutent les difficultés administratives. « Il faut se battre pour chaque droit, précise Élisa Rojas en interview zoom. On est dans les dossiers de manière très régulière car les aides ne sont accordées en moyenne que tous les cinq ans, sachant qu’il faut s’y prendre six mois à l’avance pour préparer un dossier. Ce sont des préoccupations permanentes. » C’est là tout le paradoxe dénoncé par la militante et par son collectif : l’impossible équation entre une institutionnalisation jugée excluante et génératrice de dérives et une autonomisation peu efficiente dans les faits bien que préconisée par la loi de 1975 modifiée par celle de février 2005 sur l’accessibilité puis reportée via un décret de 2014. « On estime à 20 milliards d’euros le coût de ces mises aux normes qui permettraient de faciliter la vie de 12 millions de Français (c’est l’estimation du nombre de personnes en situation de handicap en France, soit un Français sur six, tous handicaps confondus), et cet argent, personne ne se décide à le trouver », se désole Lauren Bastide dans Présentes. Le CLHEE y voit une volonté politique et non une défaillance. À cela, s’ajoute l’image de la personne handicapée que dénonce Rojas et son collectif, laquelle oscille entre « la caricature de la misérable petite handicapée » et « l’image de l’héroïne ». La militante en finit par considérer la part de la maladie en elle-même et de ses effets sur le corps, sur la vie quotidienne, moins impactante que ses conséquences culturelles et sociales. Et de rappeler : « le handicap est un élément important de ma vie, c’est certain. Il constitue une part de mon identité sans que tout puisse y être ramené. »

Avocate, syndiquée, et membre du barreau de Paris

À la fin de ses études, et après avoir sorti Mister T. de sa vie, Élisa Rojas n’a qu’une chose en tête : devenir avocate. À l’université, elle découvre qu’elle est « un sujet de droit » et qu’à ce titre elle dispose d’outils. Ses études de droit, à Paris 1 puis Paris 2, la passionnent. Elle s’entoure d’un cercle d’amis, cumule les bonnes notes, et se prépare à rejoindre l’école de formation des barreaux (EFB). Là-bas, tout se complique alors qu’elle postule pour ses stages. Elle parvient après beaucoup d’efforts et de temps à en trouver. « Concrètement, des gens vous disent qu’ils ne veulent pas vous prendre parce que vous êtes handicapée, ça s’appelle de la discrimination », lâche-t-elle sans donner de nom mais laissant suggérer dans le lot quelques grands cabinets. L’avocate souhaite faire du contentieux qu’elle décrit comme « un sport de combat », par goût pour l’équilibre entre l’écrit avec la recherche, les conclusions, et l’oral avec la plaidoirie, l’action. En face, c’est l’incompréhension. « Pour les cabinets c’était choisir la difficulté. J’ai dû passer plein d’entretiens désagréables en sachant que le fait déterminant était d’être handicapée alors que mon CV n’avait que des mentions », explique-t-elle. La qualité du parcours de l’avocate et son mérite personnel ne parviennent pas à rassurer. Elle ne pourra exercer pendant un an et demi, n’ayant obtenu de collaboration après son diplôme, condition nécessaire à l’époque pour prêter serment. « Quand vous êtes une personne handicapée, vu le monde du travail et les impératifs économiques, vous n’aurez pas votre place. Beaucoup de personnes handicapées, toutes professions confondues, en arrivent à la conclusion qu’il n’y a pas d’autre option que d’être son propre patron », résume-t-elle. Là encore, Élisa Rojas s’adapte sans se résigner. Les notes ne suffisent pas ? Elle développe son réseau, pas à pas. Et finit par apprendre que l’Ordre des avocats de Paris propose des collaborations. C’est ainsi qu’elle accède à la profession. Pendant deux ans, elle travaille auprès de Marie-Claude Defossez-Perard, aujourd’hui retraitée, devenue une amie. « C’est une magnifique rencontre, quelqu’un qui m’a vraiment marquée, souligne cette dernière. Élisa est une personne de conviction, une excellente avocate qui ne compte pas son temps, ne triche pas et ne lâche jamais rien. Il fallait seulement lui donner la possibilité matérielle d’exercer. » La jeune avocate fait du droit des étrangers et gère une antenne auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) où elle fait le lien entre tous les avocats, « elle a participé à pacifier les relations tendues entre les magistrats et les avocats », précise son ancienne boss. À la demande de l’Ordre, elle réalise une charte de bonne conduite sur l’aide juridictionnelle, et en coprésente une autre sur le handicap avec un état des lieux et des recommandations. Mais ils ne seront pas suivis.

« J’ai beaucoup d’admiration pour sa détermination. C’est un trésor pour la profession », lance son confrère Slim Ben Achour avec qui elle a un temps milité à la commission discrimination du Syndicat des avocats de France (SAF). Il regrette qu’elle ne milite pas au sein de la profession pour faire avancer la cause du handicap. « Nous sommes trop peu nombreux, rétorque l’avocate. Je dois m’économiser et choisir mes lieux de combat ». Lui garde un souvenir écœuré d’épisodes « humiliants » vécus avec elle, des scènes ordinaires dans la rue, mais aussi auprès de confrères-sœurs. « Elle n’a même pas voulu qu’on aille plus loin. Pour survivre dans notre société, quand on est discriminé, il faut faire beaucoup de compromis. On garde du ressentiment mais on se blinde, et on devient plus intelligent que les autres », précise l’avocat. Élisa Rojas finit par quitter l’Ordre où elle bénéficiait pourtant d’une sécurité et d’un salaire confortable pour tenter l’aventure de la collaboration avant de développer son portefeuille de clients et de s’installer enfin à son compte en tant qu’avocate en droit du travail. « Ce n’était pas mon rêve d’avoir ma plaque mais je savais que ce serait peut-être un passage obligé ». C’était sans compter les réformes de 2015 portées par Emmanuel Macron, alors ministre du Travail, qui « ont dynamité ce contentieux », complexifiant encore son exercice à un moment où son activisme prenait davantage de place.

Une voix nouvelle dans l’espace public

Vers 2012-2013, après dix ans d’avocature pure passés « très vite » et qui lui offre une « confiance utile », Élisa Rojas réalise qu’elle a laissé de côté certaines envies qui lui tenaient à cœur, en particulier l’écriture et le militantisme. En 2004 pourtant, un premier acte fondateur avait fait découvrir la plume de la jeune femme à travers une tribune acerbe contre le Téléthon. Une émission de télé qu’elle juge « racoleuse ». « Ce dont j’ai besoin, comme toutes les personnes handicapées de ce pays, c’est que nos droits soient respectés. Que l’on nous donne les moyens d’étudier, de travailler, de nous déplacer, de vivre parmi les autres, d’une façon décente et autonome. Que l’on reconnaisse enfin notre différence comme une richesse et une chance. » Ce jour-là, la graine est plantée. L’avocate a trouvé son style, badin, vif, direct, parfois cinglant, qui lui permet de faire passer un message politique auprès du grand public. « La nuit, je ne rêve pas de courir un 100 mètres, de faire du saut à l’élastique, ni de ressembler à Pamela Anderson ou à Carla Bruni. Je suis bien comme je suis, fauteuil roulant compris », écrivait-elle. Quelques jours plus tard, la jeune femme de vingt-cinq ans est reçue sur le plateau d’Arrêt sur images où, face à la présidente du Téléthon, et le rédacteur en chef de l’émission Ça se discute, elle réitère ses propos. Seule face à tous ces interlocuteurs aguerris des plateaux télé, elle ne baisse ni les yeux ni la voix, ne polisse pas son discours. Une séquence magistrale.

« J’ai été stupéfaite par son aplomb et son sens de la rigueur, se souvient Élena Chamorro, professeur d’université et sœur d’arme au CLHEE, créé ensemble et avec quelques autres en 2016. Ce n’est pas l’autodérision à laquelle on est habitué des personnes handicapées, qui se moquent d’elles-mêmes pour se rendre aimables ». Les deux femmes se croiseront plus tard grâce au livre Le handicap par ceux qui le vivent aux éditions Erès (2009) et auquel toutes les deux participent. Élisa Rojas reprend ensuite la plume et ouvre un blog, ironiquement intitulé « Aux marches du palais », avec en sous-titre « un fauteuil, une robe, un combat ». On y retrouve ce ton qui la caractérise dès son billet introductif. Elle y raconte un épisode où elle doit assister son client dans la cuisine du Conseil des prud’hommes de Villeneuve-Saint-Georges, faute de pouvoir accéder avec son fauteuil à la salle d’audience à l’étage. « D’habitude, je me fais porter et j’accepte – presque sans broncher – ces conditions d’exercice indignes. Mais ce matin-là, j’ai décidé d’exprimer mon mécontentement », explique-t-elle. Sur ce blog, elle construit son militantisme, démontant les représentations du handicap billet après billet tel un journal. Surtout, elle y acquiert l’assurance nécessaire pour porter cette cause dans l’espace public. Aujourd’hui, elle affirme « le blog a été un entraînement : ça a marché au-delà de mes espérances. » Elle l’alimente jusqu’en octobre 2020, pour dénoncer la nomination d’Éric Dupond-Moretti au poste de ministre de la Justice, une décision jugée « irresponsable, destinée à diviser et à mettre de l’huile sur le feu ». Ou en mars de la même année, pour évoquer « le confinement : une nouveauté pour vous, une réalité pour nous », et s’insurger contre « l’incompétence et l’irresponsabilité criminelle de ce gouvernement » que les personnes handicapées « seront comme toujours les premières à payer ». Elle souligne que beaucoup sont inquiètes pour leur santé car davantage « à haut risque », avec comorbidité et « terrifiées à l’idée de perdre à la loterie de la réa, si elles venaient à être contaminées avec des symptômes graves, car elles savent que leurs vies ne valent pas chères. »

Un combat collectif devenu intersectionnel

Sur son compte Twitter qu’elle utilise presque quotidiennement, Élisa Rojas se présente ainsi : « avocate de base. Binationale. Militante Activiste, Handicap, Égalité des droits, Féminisme, Intersectionnalité… » Une carte d’identité construite au fil du temps, des lectures et connaissances acquises et des militantes rencontrées notamment via les réseaux sociaux. « C’est un cheminement, quelque chose de très progressif, suggère la franco-chilienne. Il faut avoir le temps pour être capable de recul et d’analyse ce qui n’est pas évident quand on est dans la difficulté. » Son leitmotiv : insérer son combat dans un plus large, qui réunit toutes les personnes victimes de discrimination. En cela, la lutte du collectif CLHEE comme de l’avocate est « intersectionnelle ». « Nous avons conscience de l’existence de systèmes d’oppression qui s’imbriquent de façon complexe. Ainsi, certaines personnes peuvent en subir trois, d’autres deux etc. » En l’occurrence, elle décrit dans Mister T et moi en subir au moins deux, en tant que personne handicapée d’abord, en tant que femme ensuite, le second ayant longtemps été sous-estimé car éclipsé par le premier. « Aujourd’hui, quand je lis des témoignages de femmes valides sur les maltraitances médicales, je m’aperçois qu’une partie du discours des médecins était lié à mon genre et n’aurait pas été tenu à un garçon », dit-elle.

Néanmoins, la question du handicap reste le point d’entrée de son militantisme. Le CLHEE, qui réunit une poignée de fondateurs en France aux personnalités différentes mais aux valeurs communes, a mis au point un cahier des charges de revendications sous forme de manifeste sur son site Internet : lutte pour la désinstitutionnalisation des personnes handicapées, pour la vie autonome, contre la handiphobie, pour la promotion de représentations plus justes, d’une sexualité libre et non marchande incompatible avec l’instauration d’une assistance sexuelle ou dénonciation du rôle des associations gestionnaires. Ce combat politique s’appuie sur le champ universitaire anglo-saxon de disability studies, encore peu connu en France et pas encore traduit, qui interroge le principe de normalité et tend à déconstruire la perception du handicap. Plus proche de nous, le rapport de février 2019 de Catalina Devandas-Aguilar, rapporteuse des Nations unies « s’alarmait du choix français d’aborder la situation de ces citoyens sous l’angle de l’assistanat et du soin, et non sous celui des droits fondamentaux » rappelle Emmanuelle Dal’Secco sur une page très complète et éclairante de Vie publique.fr. La rédactrice en chef de Handicap.fr souligne que le sujet est plus fréquemment évoqué mais reste un débat entre personnes valides. Et d’évoquer les initiatives lancées par les individus handicapés comme l’association « Nous aussi », qui œuvre pour leur autoreprésentation avec un slogan éloquent « rien pour nous sans nous ». Depuis la parution de son livre, Élisa Rojas a obtenu un large relais médiatique avec des articles dans toute la presse généraliste, de Libération à Vanity Fair et même, événement historique en France, une couverture dans Marie-Claire à l’occasion de la journée du droit des femmes, le 8 mars, où elle témoigne aux côtés de sept autres femmes inspirantes. « Un numéro qui s’est très bien vendu », précise l’avocate, satisfaite de voir son travail reconnu autant que d’être revenue à un certain anonymat. « La fierté des femmes handicapées qui ne sont pas habituées à se voir représentées m’a rendue fière », reconnaît-elle à propos de son livre comme de cette couverture du magazine où elle pose en rouge sur un fond et un fauteuil roulant noirs. « J’estime que c’était utile mais ce n’est pas ça qui va changer une industrie de la mode fondée sur des rapports de domination ». Toutefois la militante estime que la cause du handicap évolue grâce aux réseaux sociaux et aux « jeunes qui s’organisent et créent des collectifs » favorisant l’émergence de « profils divers ». Hier décidée à quitter la robe tant aimée du fait de difficultés trop importantes auxquelles s’était ajoutée la crise sanitaire, la quadragénaire est désormais candidate à un poste à mi-temps en charge du harcèlement et des discriminations auprès de l’Ordre. « Je me laisse six mois pour trouver une alternative à ma situation actuelle », pas assez rémunératrice, entre enseignement en tant que maître de conférences, dossiers personnels au barreau et activité militante. Et aujourd’hui, après six mois de promotion, qu’en est-il du « valid gaze » ? « J’essaie de prendre du recul. Et puis les gens ont plus d’éléments aujourd’hui pour arriver à quelque chose de moins caricatural ». On l’espère aussi. Définitivement.

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Élisa Rojas

Élisa Rojas est avocate au barreau de Paris, maître de conférences, militante du collectif CLHEE pour l'émancipation des personnes handicapées et autrice.