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Le droit en débats

Libre cours : « La tête en fuite »

Par Vincent Nioré le 04 Mai 2020

« Le confinement me fait horreur » me confiait récemment un ami confiné en deuil affichant sa détresse avec rage visage crispé posant désespérément sans la moindre pointe d’ironie l’ultime interrogation existentielle sur son libre arbitre dans le sillage de l’annonce présidentielle du déconfinement nouvelle quête du saint Graal à date butoir boostée à grand renfort de flatteries du très vil corps de garde des courtisans de tous poils.

Confiner/déconfiner vice versa.

Trop tard ! Le mal est fait.

« L’autre », ton prochain, cet « autre » que tu n’approcheras jamais plus comme toi-même.

L’enfer cet « autre » plus que jamais suspect d’être contaminé.

Vivre en étant « l’autre » intouchable. Ni mains serrées ni embrassades.

Il s’agit ni plus ni moins que de se couper du justiciable des jurés de l’avocat du juge par une reconduction durable algorithmique de la détention provisoire… Je vous fais grâce du reste apocalyptique du désengorgement des cours d’assises par les cours criminelles… de s’éloigner de son proche de son père de sa mère de son frère…

Le mal est fait.

Être interdits par le fiasco/chaos sanitaire de l’exécutif de pouvoir vivre librement ensemble jusqu’au dernier souffle meurtris privés du dernier regard de l’être aimé l’aïeul en situation du condamné à mort euthanasié par l’impuissance morbide des EHPAD mouroirs dont les yeux coupables n’ont plus la liberté ni la force de nous dire au revoir.

Confiner jusqu’à faire perdre l’essentiel du sel même de l’existence jusqu’à cette extrême folie de ne plus pouvoir être « le gardien de mon frère ».

Prière de réciter doucement : « Si j’avais un marteau, je cognerais le jour, je cognerais la nuit, j’y mettrais tout mon cœur, je bâtirais une ferme, une grange et une barrière, j’y mettrais mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, oh oh ce serait le bonheur ».

Douce chanson qui nous confine au bonheur extatique familial que pourtant André Gide exécrait avec son rituel sémantique inexpiable « Famille ! je vous hais ! » qui dans une réalité pervertie glauque nous renvoie à l’horreur et à la haine vécues au quotidien par ces femmes et enfants victimes confinées des violences irréversibles conjugales intrafamiliales en fusion volcanique. Hiroshima mon amour surgi des entrailles déconfinées des ténèbres.

Confiner c’est exacerber en version démente l’enfer du jour même et du lendemain.

À l’extrême. Jusqu’à vider de son sens le retour déconfiné vers la terre promise.

Le confinement est consubstantiel à la mort comme le virus qu’il aurait vocation à éviter sans l’éradiquer. Le confinement confine à la tragédie. Confiner c’est gérer le stock mortifère du désespoir. Confiner c’est espérer sauver sa peau. Déconfiner c’est penser ne plus avoir à la sauver. Qui vivra verra. Vivre et voir. L’angoisse chevillée.

Confiner la peur au ventre avec le fantasme de voir s’entasser sur le trottoir les intouchables cadavres confinés ailleurs dans le monde dans des sacs poubelles que revêtent pourtant nos sœurs nos frères hospitaliers confinés déconfinés contaminés sauveurs en humanité fantassins sacrifiés des premières lignes. Morts au combat ! Morts au front ! Au champ d’honneur. Chair à canon traitée hier en mode « gueules cassées » au LBD40 des « casqués à matraque » aujourd’hui héroïquement « en guerre » contre le virus comme pour mieux légitimer déplorer harmonieusement l’inévitable hécatombe et accessoirement l’imperfection des êtres.

Confiner c’est punir. Assigner à résidence surveillée. À domicile fixe.

Jusqu’aux SDF par définition sans domicile fixe sans domicile connu délinquants d’être libres d’aller et de venir sur le bitume que l’on ramasse comme les poubelles. Les précautions en moins jusqu’à ce que mort s’ensuive comme récemment à plusieurs reprises quelque part en France. Confiner par l’expédition punitive.

Confiner pour contrôler jusqu’à l’infini pour gouverner entre maîtres autoproclamés du monde frères jumeaux en arbitraire d’un bout à l’autre de la terre en mal de Tracking criant à l’épidémie à la pandémie à la peste au choléra !

Confiner/déconfiner comme le remède à la gestion pitoyable du drame sanitaire !

L’horreur tragique du coronavirus épinglé « SARS-CoV-2 » alias « covid-19 » surnommé joliment il y a peu « grippette » par une sphère de savants mandarins en surnombre jusqu’à la nausée progressant à coups d’erreurs tâtonnant dans l’obscurité égarée randomisée hantée par les conflits d’intérêts aussi larguée que les pires amarres de je ne sais quel Titanic que désacralise une classe politique gouvernementale naufragée par la gouvernance en mode décalé à contretemps par le mensonge le plus vil sur la santé publique l’incurie crasse la branlette outragée l’inexorable insolence et l’arrogance nourries de cet exécrable sentiment narcissique de l’immunité avec lequel devraient – outrecuidance forcément sublime – composer les peuples toujours cobayes voués à se familiariser avec le virus pour leur survie à leurs dépens.

Confiner/déconfiner comme un grotesque immonde canular. Ni gants ni masques ni déguisements !

Pas même ceux du carnaval de Venise symboles d’anonymat sur la classe sociale le sexe la religion avec ses millions de badauds désormais envolés en cette période pascale pour la résurrection translucide de la lagune ! Comme si le sort de l’humanité en dépendait. Jusqu’à faire oublier le « pont des Soupirs » d’où s’élevaient les soupirs des prisonniers ballottés entre les cellules d’interrogatoires du palais des Doges portant un dernier regard sur la sublime Venise avant l’enfermement dans les sinistres prisons de la fastueuse somptueuse lumineuse époque.

Confiner les populations à l’exception des exilés déracinés pestiférés déjà déconfinés voués aux travaux forcés agricoles chassés du territoire hors temps de crise qu’illustre La Fontaine : « Les chiens du lieu […] à cris, à coups de dents, / Vous accompagnent ces passants / Jusqu’aux confins du territoire ».

Confiner pour cloîtrer sans prêter attention à Rousseau qui déclarait prendre « congé de mon siècle et de mes contemporains, et je faisais mes adieux au monde en me confinant dans cette île pour le reste de mes jours […] que je n’eusse plus de commerce avec les mortels » paraphrasant Racine « Au bout de l’univers va, cours te confiner » avec le sentiment de l’échappatoire doublé du désir de contemplation de l’éternité. La tête en fuite !

Il aura fallu les pleurs émouvants de notre maître de défense Henri Leclerc pour nous sensibiliser mieux encore et toujours au sort des « détenus » « confinés » dans leurs cellules mouroirs tombeaux impossibles à déconfiner car polyconfinés en risque de catastrophe sanitaire sous l’œil désolé étonné des pouvoirs publics enfin résolus à libérer acculés au pied du mur.

« Le mot détenu est une saloperie. C’est pas des détenus. C’est des mecs comme toi mais toi tu n’es peut-être un voleur… ». Il est bon d’écouter Michel Vaujour évadé par hélicoptère emprisonné reclus en QHS pendant des lustres ayant trouvé en lui la force de s’évader par l’ascèse : « Il suffit de rentrer en soi. Inspire. Expire. Et tu ne vois plus ce qu’il y a autour. J’ai fait de la cellule une cellule de moine, j’ai fait de la prison un chemin monastique. Je me suis enfermé dans le yoga et la méditation mais c’est dans cet enfermement là que j’ai trouvé une liberté qui repoussait toute la contrainte de ce qu’il y avait autour de moi. J’étais libre ».

Il nous renvoie à Curzio Malaparte qui comme mentionné à l’édition du livre de poche écrit La Tête en fuite emprisonné à la prison romaine de Regina Cœli ancien couvent dédié à Marie puis en relégation autre définition du confinement sur l’île de Lipari en répression de sa résistance au fascisme de Mussolini qu’il critique avec virulence : « J’ai écrit ces pages durant mes deux ans de prison et de résidence surveillée. Je ne me suis décidé à les recueillir en volume que pour montrer à ceux qui me croiraient avili par la privation de liberté que je suis resté serein et libre ».

La privation de liberté est un avilissement. Confiner n’est pas vivre.

Déconfiner la tête en fuite au bout de la terre non plus n’est pas vivre.

Vivre c’est agir ! Vivre c’est plaider ! C’est hurler ! Crier ! Gueuler des « gueulantes de principe » au-delà des principes désespérément pingres avares vides de cet essentiel vital à la conscience de dire ce qui se doit d’être dit à tout prix parce qu’il faut le dire ! Pour le plaisir de gueuler ! Défendre à l’infini toujours partout envers et contre tout !

Confiner ? C’est aimer. À écouter les parents endeuillés nouveaux orphelins de la grande catastrophe pandémique. Confiner par « l’Amour… Quintessence de la vie ».

« En guerre » osez-vous dire ? « Princes de tout régime ! La couronne est maudite ! ».

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