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Bruxelles : une étude sans précédent sur les avocats francophones

De la composition du barreau francophone de Bruxelles à la rémunération de ses membres, un nouveau rapport permet de prendre connaissance en détail de la pratique du métier d’avocat au sein de la capitale belge.

par Maxence Peniguetle 15 mars 2018

L’idée vient de l’Ordre français des avocats du barreau de Bruxelles, du bâtonnier lui-même, Pierre Sculier. « J’ai trouvé un moment donné qu’il fallait avoir une étude scientifique des composantes socio-économiques et professionnelles du barreau au début de mon mandat », raconte ce dernier. Une chose nécessaire, car « il est difficile de gérer un organisme, un groupe de gens, dont vous ne maîtrisez pas entièrement les diverses composantes. »

L’étude est alors mise en œuvre par le professeur Gregory Lewkowicz du Centre Perelman de la Faculté de droit et de criminologie de l’Université libre de Bruxelles. S’appuyant sur plus de 200 000 données, il s’agirait de « l’étude la plus complète jamais réalisée sur le barreau de Bruxelles. » Outre de nombreuses informations déjà détenues par l’organisation, les résultats se basent sur un sondage de dix pages effectué auprès de 4 508 avocats inscrits, auquel 1 319 réponses ont été enregistrées, mais dont « seules 1 058 enquêtes se sont révélées exploitables. » Ce qui permettrait « d’obtenir des résultats fiables pour l’ensemble de la population avec une marge d’erreur de 2,64 %. »

La composition du barreau

Au 31 août 2017, le barreau comptait 5 123 avocats inscrits, dont 45,9 % de femmes âgées de 23 à 109 ans, et 54,1 % d’hommes âgés de 21 à 97 ans. Le rapport présente « un barreau largement masculin à partir de la classe d’âge 40-49 ans », précisant que « les femmes sont majoritaires dans les classes d’âge inférieures. »

Ces femmes et ces hommes sont d’origines très diverses, avec « 62 nationalités différentes outre la nationalité belge. » Derrières les Belges qui comptent pour 80,6 % du contingent, on retrouve 309 Français, 99 Italiens, 93 Allemands, 81 Britanniques, 56 Congolais, 53 Espagnols…

« Les 10 % des avocats les mieux rémunérés captent 40 % du chiffre d’affaires global »

La question « délicate » de la rémunération est abordée en se basant principalement sur « les déclarations de revenus que les avocats communiquent chaque année à l’Ordre afin d’établir le montant de leur cotisation. »

Ce qu’on retient de cette partie du rapport, c’est que « les 10 % des avocats les mieux rémunérés captent 40 % du chiffre d’affaires global du barreau alors que les 40 % des avocats les moins bien rémunérés se partagent 10 % du chiffre d’affaires global du barreau. »

Pour obtenir leur rémunération, les avocats travaillent en moyenne 46 heures par semaine, avec un minimum de deux heures et un maximum de… 100 heures.

Fidélité, infidélité

Pour qui passent-ils ces heures à travailler ? 61 % ont une clientèle composée pour au moins 60 % de particuliers. Et « 14 % des avocats ont une clientèle composée majoritairement de clients internationaux, 9 % de grandes entreprises, 8 % de PME », précise le texte, qui aborde également la fidélité de ces derniers. Ainsi, « 50 % des avocats estiment qu’au moins 60 % de leur clientèle est fidèle alors que 20 % des avocats déclarent avoir moins de 20 % de clients fidèles. »

Toutefois, avertit l’étude, « l’interprétation de ces données doit être faite avec la plus grande prudence dès lors que certaines spécialités ne peuvent pas, en principe, s’appuyer sur une clientèle fidèle (ex. droit pénal, droit familial) ». L’origine principale de la clientèle, avant internet, est « le bouche-à-oreille et la recommandation d’un confrère ou d’un autre professionnel du droit ».

S’agissant de celle issue de l’aide juridique, le sondage montre que « 9 % d’avocats consacraient au moins 80 % de leur temps de travail à des dossiers d’aide juridique et que 7 % d’avocats réalisaient au moins 80 % de leur chiffre d’affaires grâce aux indemnités du bureau d’aide juridique. »

Bien-être au travail

Charité bien ordonnée commençant par soi-même, quand est-il du bien-être des avocats bruxellois ? Concernant l’équilibre vie privée et vie professionnelle, « 35,7 % des avocats se déclarent plutôt insatisfaits ou totalement insatisfaits contre 28,6 % des avocats qui se déclarent plutôt satisfaits ou totalement satisfaits », le reste préférant demeurer neutre. Des pourcentages à mettre en face de la grande majorité de ceux qui sont d’accord pour dire que la profession permet de gérer son temps de travail de manière flexible.

Mis en perspective avec l’âge des répondants, l’étude observe que « plus les avocats sont jeunes, plus ils sont insatisfaits de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle. 48 % des avocats de moins de 35 ans et 33 % des avocats de 35 à 50 ans sont insatisfaits ou très insatisfaits. »

Du côté de la rémunération en adéquation avec le niveau de formation, « au total, 33,8 % des avocats se déclarent plutôt insatisfaits ou totalement insatisfaits contre 41,9 % des avocats qui se déclarent plutôt satisfaits ou totalement satisfaits. » Mais on retrouve ici une différence entre les genres : 44 % des femmes considèrent que leur rémunération n’est pas en adéquation avec leur formation. Les hommes ne sont que 26 % à partager cet avis.

En ce qui concerne l’adéquation du revenu avec le temps de travail, l’insatisfaction monte à 40,9 %, et la satisfaction descend à 33 %. Et « 49 % des femmes estiment que leur rémunération n’est pas en adéquation avec le temps de travail qu’elles consacrent à leur activité, contre 33 % des hommes. »

Les hommes gagnent le double

La division homme/femme est loin de s’arrêter là. Tout au contraire, elle est criante lorsqu’on s’intéresse à la rémunération des avocats. « Les hommes perçoivent en moyenne une rémunération double de celle perçue par les femmes », note le rapport. Si l’on prend les derniers chiffres des déclarations sur l’année 2016, la moyenne médiane est de 78 595 € chez les femmes contre 143 710 € chez les hommes, soit un différentiel de 54,7 %.

Ce point, le bâtonnier Pierre Sculier pense pouvoir intervenir. Il souhaite travailler sur « un contrat de collaboration commun entre le barreau francophone et le barreau néerlandophone » et « prescrire toute forme de discrimination ». Pierre Sculier souhaite également agir sur le bien-être au travail. En avril aura d’ailleurs lieu un colloque où les aspects de la gestion du temps de travail seront abordés.

 

Cet article ne mentionne pas tous les points étudiés. Si vous voulez en savoir plus, le rapport est disponible ici

 

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