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Défaut de jeunesse versus mutilations volontaires

Lors de la seconde semaine du procès de deux dentistes marseillais, poursuivis notamment pour mutilations volontaires sur plus de 300 patients, le tribunal correctionnel a commencé l’audition de plaignants. Des experts médicaux ont réfuté l’hypothèse d’erreurs médicales avancée par les prévenus. Le principal praticien a évoqué un « défaut de jeunesse » pour justifier ses mauvais choix thérapeutiques à une si grande échelle.

L’audition en début de semaine des premiers plaignants et de trois experts médicaux a fragilisé la ligne de crête tenue depuis le début du procès par Lionel Guedj, 41 ans et son père, Carnot Jean-Claude, 70 ans. Ces deux chirurgiens-dentistes, radiés par leur instance ordinale, sont jugés par la 6e chambre du tribunal correctionnel de Marseille depuis le 28 février.

Depuis le début du procès, le père et le fils affirment n’avoir jamais voulu nuire à la santé de leurs patients des quartiers nord de Marseille, où ils étaient installés. Les graves problèmes de leurs patients résultent de mauvais choix de mauvais choix thérapeutiques. Des erreurs médicales, en quelque sorte. En aucun cas des « actes de violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente ». Dévitaliser une dent saine, sans but thérapeutique, s’apparente-t-il à une atteinte permanente à l’intégrité physique ? C’est bien là tout l’enjeu du débat, entre prévenus, experts et parties.

L’audition de la première plaignante, à qui est revenue la difficile tâche de témoigner, résume assez bien le « système Guedj », comme le qualifie l’avocat de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) des Bouches-du-Rhône, Me Gilles Martha. Absence d’information et de consentement éclairé du patient (sur la nature des soins et des alternatives thérapeutiques), absence de devis, choix thérapeutiques univoques : pose de prothèses fixes ou amovibles, travail à la chaîne et bâclé, escroquerie à la CPAM…

Cette longiligne femme de trente-quatre ans, aux longs cheveux noirs, en avait dix-huit lorsqu’elle a consulté pour la première fois le jeune dentiste. « J’ai été soignée, si je peux dire ça comme ça, par Lionel Guedj, et parfois par son papa. Il (ndlr : Lionel Guedj) m’avait conseillé d’enlever mes dents, toutes mes dents, que j’allais avoir un beau sourire et que je n’aurais plus de soucis dentaires », raconte d’emblée cette femme qui, comme tous ceux qui défileront après elle, souhaite que son anonymat soit préservé.

Lionel Guedj l’a-t-il informée des soins qu’il allait pratiquer, l’interroge la présidente. « S’il m’avait donné des explications, je ne l’aurais jamais fait. À dix-huit ans, on n’enlève pas vingt-quatre dents ». Sa réponse suscite de nombreuses exclamations dans la salle. Chacun des plaignants présents reconnaissant dans ses paroles ce qui a pu leur...

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