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Des travaux d’intérêt général requis contre les deux enfarineurs de Jean-Luc Mélenchon

Deux hommes étaient jugés, mercredi 7 juillet 2021, pour des violences volontaires contre le leader de La France insoumise. La décision sera rendue le 7 septembre.

par Julien Mucchiellile 8 juillet 2021

Tilou et Sami sont de bons amis. Tilou, 27 ans, fait des vidéos sur sa chaîne YouTube intitulée Pourquoi ça craint, 22 000 abonnés, qui débat de sujets de société, de questions idéologiques et interroge des personnalités et « influenceurs » politiques, dont beaucoup sont d’extrême droite. C’est d’ailleurs sous cette étiquette que les deux amis ont été désignés dans les médias, après avoir enfariné Jean-Luc Mélenchon.

C’était le 12 juin dernier : la « Marche des libertés » réunit une foule de gens contre l’extrême droite, dont le leader de La France insoumise. Les caméras de vidéo surveillance montre deux jeunes hommes sur le qui-vive. Tilou plonge les mains dans une sacoche et jette des regards vers Sami, pour s’assurer que celui-ci filme son coup d’éclat. Puis, Tilou se rue vers Jean-Luc Mélenchon et lui jette la farine au visage. Sous les caméras et les crépitements de flashs, M. Mélenchon fait la grimace.

Exfiltrés puis convoqués, les deux jeunes hommes admettent sans difficulté avoir participé aux faits, qualifiés de violences volontaires sans interruption totale de travail (ITT) sur une personne chargée d’une mission de service public. C’est pour ce chef de prévention qu’ils comparaissaient, mercredi 7 juillet, devant la 33e chambre correctionnelle du tribunal de Paris.

Par courrier, M. Mélenchon a fait savoir qu’il n’entendait pas se constituer partie civile, estimant que sa personne n’était pas visée, mais plutôt ce qu’il représentait, et qu’il ne souhaitait pas « faire publicité à l’extrême droite », lit la présidente face aux deux prévenus à la barre. Les deux échangent un regard dépité.

Mais avant d’aborder le fond, l’avocat des deux prévenus entend développer des conclusions in limine litis. Il estime que la convocation est nulle, car elle ne vise pas le bon article du code pénal, selon les critères de l’article 390-1 du code de procédure pénale. « La convocation indique l’article 222-13 du code pénal, et c’est là que le bât blesse », plaide-t-il. Dans son 4° bis, cet article prévoit une circonstance aggravante lorsque la victime de violences volontaires sans ITT est chargée d’une mission de service public. Or, selon l’avocat, M. Mélenchon ne s’était pas rendu à cette « Marche des libertés » en qualité de député, mais en militant et chef de parti politique. Il aurait donc fallu, selon lui, convoquer ses clients au visa d’un autre texte ; la convocation est donc nulle, voilà pourquoi l’avocat demande « la relaxe ».

« Il est très agréable de faire du droit, répond le procureur, mais encore faut-il savoir en faire, car quand on soutient des conclusions in limine litis et qu’on demande la relaxe, on mélange le fond et la forme. » Ensuite, le procureur explique que « c’est tout l’enjeu des débats » que de déterminer la nature des faits commis, mais qu’en tout état de cause, la convocation respecte les critères de forme exigés par l’article 390-1 du code de procédure pénale.

Après avoir joint l’incident au fond, la présidente présente le travail de Tilou. « Vous faites des vidéos YouTube pour faire passer des messages. Vous avez beaucoup d’abonnés, vos vidéos ont un certain impact », commente-t-elle. Eux se défendent derechef d’être d’extrême droite. « Vous vous qualifiez de souverainiste », indique la présidente.

Ils reviennent sur la journée du 12 juin. « J’ai envie d’enfariner tous les élus », écrit Tilou à Sami. Les deux se retrouvent pour faire un micro-trottoir et décident de passer à l’action. « Il s’agit de faire passer un message, c’est une façon d’attirer l’attention, je n’avais pas l’intention d’être violent », explique Tilou.

— Vous visiez particulièrement Jean-Luc Mélenchon ?

— Plus ses idées que sa personne.

— Et pourquoi enfariner ?

C’est Sami répond : « Je citerais François Rollin, du magazine Marianne : “on nous enfarine, donc moi je vous enfarine à mon tour”. Je vois vraiment ça comme un geste de contestation globale. » Tilou ajoute : « Je peux comprendre qu’il se soit senti agressé. Ce qui me choque, c’est qu’il fasse l’amalgame entre l’extrême droite et nos idées. » « Extrême droite, extrême gauche, vous êtes plutôt contre les deux, en fait vous dénoncez des situations », dit la présidente, qui n’a probablement pas visionné les vidéos de Tilou. Les deux prévenus jurent exécrer autant Marine Le Pen que Jean-Luc Mélenchon. Sur les faits eux-mêmes, Sami reconnaît : « Ce n’est peut-être pas une manière très maligne d’exprimer mon mécontentement, et je suis navré de tout ce battage médiatique », ose-t-il.

« On peut avoir des divergences politiques, de pensée, mais ces divergences doivent se faire dans l’espace démocratique, et non pas dans la violence », dit le procureur dans son réquisitoire. « Les convictions politiques importent peu. Ils ont commis un geste violent et humiliant. Lorsqu’on envoie un produit, fût-ce de la farine, sur quelqu’un, on est sur un geste violent, qui a des conséquences physiques réduites mais un geste violent tout de même. » Il requiert 140 heures de travaux d’intérêt général contre Tilou, 105 heures contre Sami. En défense, l’avocat reprend son idée de départ : M. Mélenchon n’était pas là en qualité de député. Il demande donc la relaxe. À titre subsidiaire, il réclame une dispense de peine.

 

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