Accueil
Le quotidien du droit en ligne
Envoyer à un ami-A+A
Article

Procès Baupin : les verts à la barre

Dans le procès en diffamation qui oppose Denis Baupin aux femmes qui l’ont accusé de harcèlement et agression sexuels, de nombreux témoins, à charge et à décharge, sont venus apporter leur éclairage à la 17e chambre du tribunal de Paris, jeudi 7 février.

par Julien Mucchiellile 8 février 2019

À la « pointe de la lutte contre les discriminations et les comportements sexistes », EELV est venu en nombre et embarrassé, jeudi 7 février, témoigner pour ou contre Denis Baupin, dont ce n’est pas le procès. Au contraire : l’ancien cadre du parti écologiste, mis en cause par six femmes qui l’ont accusé, en mai 2016, d’agression et harcèlement sexuels, poursuit en diffamation ces six femmes, deux témoins qui ont appuyé leurs accusations, France Inter, Mediapart et leurs deux journalistes auteurs des articles, publiés les 9 mai et 30 mai 2016, dans lesquels ces femmes ont pour la première fois témoigné. Un procès « Baupin » se tient finalement à la 17e chambre correctionnelle, pour « rétablir la balance », pour Dominique Voynet, l’ancienne patronne des écologistes. « Est-ce que ça valait cette curée, est-ce que ça valait sa mort sociale ? Il aurait violé des personnes handicapées sans défense, ça n’aurait pas été pire. » Mme Voynet pose les bonnes questions et ses réponses sont implacables : « Je ne suis pas là pour défendre de façon inconditionnelle Denis Baupin, mais je souhaite rééquilibrer les plateaux de la balance. » Comme le dit l’avocate de Géraldine Z., prévenue, « il est difficile de dénoncer des faits dont on n’a pas été témoin ». Dominique Voynet l’a connu en 1989. « Il avait un look un peu étudiant, peu sûr de lui, on savait tous que c’était un homme fasciné par les femmes, dragueur, plutôt lourd, un peu pataud. Il ne pouvait pas s’en empêcher : on savait qu’il avait un comportement de dragueur, pendant toutes ces années je n’ai jamais entendu personne me dire qu’il avait un comportement inadéquat. »

Heureusement pour Denis Baupin car, chez les verts, « on ne tolère pas la contrainte »? Le vert Baupin le savait ; il était lourd mais jamais contraignant. Au tribunal, une femme raconte avoir éprouvé ses manières. Elle résume : « Quand on fait la bise, on ne fait pas un massage de haut en bas sur la colonne vertébrale. »

Dominique Voynet a réfléchi. « Depuis cette affaire, je regarde beaucoup la façon dont on se comporte avec les enfants, on les caresse, on les embrasse, sans leur demander s’ils sont d’accord. » Le problème est plus grave qu’on le pense.

« J’ai fait le choix d’épouser un homme honnête et droit »

Mme Danielle Auroi a raconté une anecdote. C’était à l’été 1994, chez Dominique Voynet justement. « Le soir, j’entre dans ma chambre, et quelle ne fut pas ma surprise quand Denis Baupin est entré dans ma chambre et m’a proposé une relation sexuelle. » Elle en paraît encore outragée. Mme Auroi est un témoin cité par la défense.

Emmanuelle Cosse, en revanche, est non seulement citée par la partie civile, mais encore comme ancienne dirigeante d’EELV et actuelle compagne de Denis Baupin. Cela en impose, car elle le connaît mieux que quiconque : « C’est un homme très angoissé, qui paradoxalement a fait de la politique alors qu’il n’est pas très à l’aise dans les relations sociales. C’est quelqu’un qui a du mal avec la violence dans les relations humaines. » Ancienne présidente d’Act Up, journaliste au magazine Têtu, aux Inrocks, Emmanuelle Cosse n’est pas femme à transiger avec ses valeurs progressistes. « Si on m’avait dit et si je pensais que Denis Baupin était l’homme que certaines ont décrit ici, à aucun moment je n’aurais fait ma vie avec lui, car c’est contraire aux engagements de ma vie. J’ai fait le choix d’épouser un homme honnête et droit, je n’ai pas de conflit de loyauté. »

L’avocat de France Inter s’avance : « Pensez-vous que cela puisse être une forme de complot ?

— Ça mérite d’être interrogé.

— Vous pensez que les journalistes ne se sont pas interrogés ?

— À la lecture de l’article, je me suis interrogée. »

Voilà le sujet : les prévenus doivent rapporter la preuve de leur bonne foi. Aussi, la partie civile tente de discréditer leur travail en soulignant ce qu’ils n’ont pas fait : ils n’ont pas lu les SMS qui seraient constitutifs du harcèlement, ils n’ont pas appelé Mmes Cosse et Voynet ni même les anciennes compagnes de Baupin (qui soutiennent la moralité de leur ex-mari). Mme Cosse ne dit-elle pas que Sandrine Rousseau était beaucoup moins « en situation de fragilité » qu’elle le prétend, que c’était une femme qui avait les moyens d’imposer son autorité ? Mme Voynet ne pense-t-elle pas qu’il est improbable que Laurence Mermet, prévenue, « aurait pu se sentir empêchée, en raison d’une relation hiérarchique », de l’envoyer sur les roses ? Elle l’accuse de lui avoir caressé le cou, par surprise, de manière sexuellement connotée. « Je me suis demandé si vraiment ce fait était de nature à alimenter l’hypothèse d’un pervers, harceleur, tordu. » Géraldine Z., « femme plus âgée, sophistiquée », importunée par le timide Baupin ? Mme Voynet partage ses doutes.

« Combien de fois on a été lâches ? »

Au matin de ces témoignages, un autre son de cloche a ébranlé l’audience. Une autre femme, une autre ancienne patronne : Cécile Duflot a raconté qu’un soir de 2008, à Sao Paulo, elle était dans sa chambre d’hôtel. « Je tire mon lait, parce que je ne veux pas arrêter d’allaiter ma fille, quand je reçois un SMS de Denis Baupin qui me demande mon numéro de chambre parce qu’il a un truc à me dire. » « Sans lâcher mon tire-lait, je lui réponds. Dix secondes plus tard, il est à ma porte. J’ai tout de suite vu son regard », dit-elle. « Il me dit : “Je savais que tu en avais autant envie que moi.” Il a posé la main sur mon cou. Je lui ai dit : “Ça va pas, arrête !” Il essaie de mettre son pied pour coincer la porte, je lui ai donné un coup de pied au tibia, […] j’ai claqué la porte. »

Elle pleurait un peu, en témoignant, publiquement et pour la première fois.

Cécile Duflot, comme Dominique Voynet, a réfléchi à tout cela : « Ce qui s’est passé à EELV, ça se passe dans la société, les entreprises, les tribunaux, les ordres d’avocats. Denis a fait comme tout le monde. » Elle dit que Dominique Voynet est d’une autre époque, qu’elle-même est d’une génération intermédiaire et que, « maintenant que c’est dit, les filles non seulement auront des responsabilités, mais elles sauront qu’elles ne sont pas obligées de subir ça ».

Sur les faits : Cécile Duflot a recueilli les confessions de Sandrine Rousseau, tout comme Stéphane Sitbon-Gomez. Ce dernier est venu témoigner après que Julien Bayou, porte-parole d’EELV, a fait le mea culpa du parti (« On oscille entre la honte et la reconnaissance pour les victimes qui ont pris la parole. »). Cécile Duflot est « une grande sœur » pour Stéphane Sitbon-Gomez, elle est la seule à qui il s’est confié après son agression de 2008. Il ne se pardonne pas de ne pas avoir agi. Concrètement, l’attitude de Denis Baupin ? « C’était largement connu dans le parti. La déposition que je fais aujourd’hui, beaucoup de cadres pourraient la faire. » Les SMS envoyés à Isabelle Attard ? « Crus, voire pornographiques. Ce qui m’a été rapporté, ce n’était pas du tout du libertinage. » Il ajoute : « Un responsable politique a la responsabilité de protéger les militants. Combien de fois on a été lâches ? »

 

Commentaires

Franchement cet article n'est pas clair. Aucun point juridique précis n'est fourni, aucun élément ne permet au lecteur de se positionner. Nul ne sait ce qui est en jeu, en revanche les "on-dit" et les fumets de harcèlement planent tout au long sans jamais vraiment se poser.

Pour en avoir parlé avec E Pierrat il y a quelques mois, il semble très clair que des propos diffamatoires ont été tenus et que les journalistes n'ont pas correctement fait leur travail. Mais il aurait été intéressant d'avoir les faits pour pouvoir en juger. Il n'est pas impossible de penser qu'au nom de la lutte contre le harcèlement sexuel des erreurs soient commises car l'être humain n'est pas toujours rationnel surtout quand des émotions sont en jeu et souligner que la carrière d'un homme a pu être sacrifiée par erreur, n'aurait pas été scandaleux.

A la place nous avons un compte rendu fouillis et embarrassé qui laisse à penser que tout de même, il n'y a pas de fumée sans feu.. C'est dommage. Je crains qu'au fond cet article n'apporte rien d'autre que du flou dans une affaire qui pourtant méritait des éclaircissements.

Franchement, le Dalloz, l'illustrissime Dalloz, devrait se dispenser de ce type d'actualité qui ne fait pas vraiment progresser la science juridique.

Le seul intérêt de la situation procédurale serait de réfléchir sur la pertinence de la stratégie judiciaire : comment peut-on, en présence d'un classement si explicite, offrir une tribune publique et médiatisée à des femmes qui, au delà de la matérialité des faits ont peut être quelques raisons d'avoir le sentiments d'être victimes et, au surplus, à des journalistes !

Les plaignantes d'origine ne pouvaient espérer mieux.

Réagissez à cet article

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.