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À Compiègne, le tribunal alerte les collégiens sur les ravages de la drogue

À l’occasion de la journée de l’accès au droit, les acteurs locaux de justice ont monté, lundi 20 mai, une opération de prévention devant 177 élèves de 12 à 13 ans. Une initiative qu’ils vont répéter toute la semaine.

par Thomas Coustetle 22 mai 2019

Compiègne, autrement appelée la « cité impériale », est aussi connue sous le nom de « capitale régionale du crack ». Au 3 mai 2018, sur 350 affaires de stupéfiants, pas moins de 75 impliquaient un ou plusieurs mineurs. Soit à une affaire sur cinq. Désormais, les premières consommations sont observées dès l’âge de 13 ans. Rien qu’à Compiègne, les forces de police recensent 400 consommateurs.

Le phénomène a de quoi inquiéter. Le crack est un dérivé de la cocaïne et sa fabrication ne nécessite qu’une faible logistique, analyse Virginie Girard, procureure à Compiègne. Ce qui facilite d’autant sa distribution. Une dose coûte environ 15 €. Le produit est en outre coupé avec de l’ammoniaque et rend dépendant dès la première prise.

Aussi, gendarme, procureure et avocate ont décidé de réagir. « Alerter les jeunes sur les ravages de la drogue », assure la bâtonnière Gwenaëlle Vautrin, à l’origine de l’opération. Dans une salle prêtée par la mairie, ces professionnels de la justice ont reçu ce lundi des collégiens de deux établissements pour un travail de décryptage.

Le maréchal des logis-chef Yves Genot, gendarme spécialisé dans la prévention de la délinquance, a trouvé les mots qui ont fait mouche. « Dans le cannabis vendu en France, on retrouve des excréments de chameau, des pneus, de la poussière de verre, des médicaments, etc. » ou encore « le shit, c’est l’autre nom du cannabis. C’est aussi un mot anglais qui veut dire “merde”. Les personnes qui fument du cannabis fument de la merde. »

Est venu ensuite le moment des « cas pratiques ». Exemple numéro un : « Vous êtes en soirée chez un de vos amis. L’un d’eux fume un joint. Vous faites quoi ? Que risque-t-il ? Que risquez-vous ? » Les propositions ne se font pas attendre. « De nous faire sentir pas bien », tente un collégien au loin. La procureure profite pour rappeler que « proposer un joint » est une infraction car « le fait de céder, voire d’offrir des stupéfiants est considéré comme du trafic. C’est donc puni jusqu’à dix ans de prison. Le double en cas de récidive ».

Autre situation : « Vous êtes consommateur de drogue mais vous ne pouvez pas payer vos doses. Votre dealer vous demande d’être revendeur. Vous acceptez. Que risquez-vous ? » Virginie Girard alerte ainsi sur l’engrenage bien connu des services. « Au départ, c’est toujours gratuit. On vous propose une dose pour essayer. Mais c’est le meilleur moyen que trouvent les dealers pour vous forcer à revendre. Le consommateur devient dépendant au bout d’une seule prise. Faute d’argent pour financer votre consommation à venir, vous revendez à votre tour. Le risque est grand, même si vous êtes mineur. Vous pouvez être en garde à vue à 13 ans et incarcéré à 15 ans. Le juge des enfants peut vous mettre en examen et ordonner votre placement ailleurs que chez vos parents », prévient la magistrate.

Les intervenants vont recevoir au total plus de mille collégiens jusqu’à vendredi. Face à ce qu’elle appelle « un enjeu de santé publique », Gwenaëlle Vautrin veut renouveler cette opération une fois par an et l’étendre, pourquoi pas à l’ensemble de la France, avec l’appui des institutions représentatives des avocats.

 

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