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Exposition au musée du barreau de Paris : Pièces à conviction

Jusqu’au 31 mars 2018, le musée du barreau de Paris propose une très intéressante exposition abordant l’histoire de grande affaires judiciaires à travers cet objet particulier de l’enquête et du procès : la pièce à conviction. C’est aussi l’occasion d’y voir l’une de ses nouvelles acquisitions : le portrait de Chauveau-Lagarde.

par Thibault de Ravel d’Esclaponle 4 décembre 2017

L’exposition que propose cet hiver le musée du barreau de Paris est d’abord l’occasion de s’y rendre pour contempler l’une de ses récentes acquisitions : le portrait de Chauveau-Lagarde, portant la Légion d’honneur et la robe d’avocat. Il y a quelque chose de romantique dans la composition. Le trait est sûr, bien appuyé ; la figure paraît taillée dans la glaise. À y regarder de plus près, ce n’est pas vraiment de l’austérité qui s’en dégage. Ou plutôt l’austérité que l’on croyait déceler dans le visage de celui qui fut l’avocat de Marie-Antoinette et de Charlotte Corday évolue progressivement, à mesure que le regard se pose, vers ce qui semble une attitude pensive, un état de profonde réflexion. Bref, n’échappe pas à sa période qui veut. On est romantique ou on ne l’est pas. Et finalement Césarine Davin-Mirvault (1773-1844), l’auteur de cette jolie composition, offre un beau témoignage de cette période. L’artiste aurait étudié auprès de David et d’Augustin. L’un de ses tableaux est à New York, à la Frick Collection, un autre à Versailles. En voilà désormais un au musée du barreau et c’est une bonne chose. Donc, avant d’arpenter la salle en sous-sol de l’hôtel de la Porte pour s’immerger dans le monde très tangible des pièces à conviction, il faut s’évader avec Chauveau-Lagarde. Lui qui, dans ce fascinant procès de la reine, qui constitue « l’occasion et le moment de la rencontre brutale de deux mondes absolument hétérogènes, l’un en train de disparaître, l’autre qui se fait jour dans la violence » (E. de Waresquiel, Juger la reine, Tallandier, 2016, p. 23), s’est sûrement ému devant la question des pièces à conviction.

Revenons donc à ce qui fait l’objet de cette remarquable exposition-dossier. Le mot « dossier » y revêt d’ailleurs un sens très significatif. Car c’est bien cela que sont les pièces à conviction. Elles sont l’élément concret du dossier. C’est l’élément qui se touche, même si, bien sûr, il faut prendre garde de ne pas y toucher. C’est la pièce à conviction qui donne vie au dossier et qui permet peut-être de le comprendre. On saisit parfois avec effroi l’ampleur, mais surtout l’horreur, d’une affaire avec une pièce à conviction. Elle est souvent l’arme du crime, quoique pas nécessairement. Elle peut aussi se révéler comme une explication de texte, le texte de l’instruction. Mais plus généralement, deux éléments, liés entre eux, caractérise la pièce à conviction. Tout d’abord, tout en l’extrayant de son contexte (on pense, bien sûr, à La Serpe, dans l’affaire Girard, récemment relatée par Philippe Jaenada, Dalloz actualité, 26 oct. 2017, obs. T. de Ravel d’Esclapon ), elle est figée par les scellés. Ensuite, et c’est précisément ce qui fait une partie de leur intérêt, cette curieuse patine que leur imprime les scellés donne à ces objets anodins une ampleur dramatique. Un fer à friser, ce n’est pas grand-chose. Évidemment, quand c’est celui de l’une des victimes de Landru, cela confère à la pièce une intensité qui fait prendre conscience de l’atrocité des crimes commis.

C’est ce que donne justement à voir le musée du barreau de Paris dans cette intéressante exposition. Il y a une particularité remarquable pour cette manifestation. Le musée de la préfecture de Police de Paris, qu’il ne faut pas oublier, a prêté des objets. C’est une excellente chose que ces deux institutions, particulièrement intéressées à l’histoire de la justice, collaborent ensemble ce qui laisse augurer de manifestations futures (notons aussi la présence de prêts de particuliers). Comme d’accoutumée, l’exposition est organisée autour de vitrines reprenant certaines des plus grandes affaires criminelles françaises en les abordant à travers ce prisme particulier qu’est la pièce à conviction.

La variété des affaires est grande. La vitrine inaugurant l’exposition est consacrée à l’affaire Fualdès. L’on se souvient combien Balzac s’est nourri des faits de ce crime terrible. Le parcours proposé est également composé de vitrines concernant l’affaire Dreyfus, l’affaire Marie Lafarge, l’affaire Dominici ou encore, parmi d’autres, celles de Landru et de Stavisky. Mais certains dossiers sont bien moins connus et méritent une attention particulière. L’on se souvient de Marguerite Steinheil parce que c’est avec elle que Félix Faure est décédé, mais peut-être un peu moins de l’assassinat de son mari, dont elle est par la suite acquittée. Les archives de la préfecture de Police de Paris ont prêté divers éléments dont une carte-lettre de Marguerite Steinheil et le croquis planimétrique de la scène de crime.

Approcher l’histoire de la justice par l’objet : voilà l’intérêt de la nouvelle et passionnante lecture des archives que propose le musée du barreau de Paris. De surcroît, elle est nécessaire et devrait être poursuivie. En effet, la pièce à conviction est d’abord l’objet d’une histoire, celle, souvent terrible, d’une affaire criminelle. Mais c’est aussi un objet de l’histoire, tant certaines pièces sont devenues emblématiques d’une affaire, tandis que l’affaire, elle-même, l’est de son époque.

 


Du 16 novembre 2017 au 31 mars 2018

Musée du barreau de Paris
25 rue du Jour
75001 Paris
Tél : 01 44 32 47 48
www.museedubarreaudeparis.com
Mél : musee@avocatparis.org

Horaires :
Ouvert les samedis et dimanches de 10h à 17h. Fermé les jours fériés.
Visites commentées pour les groupes sur réservation, en semaine et le week-end.
Visites commentées pour les individuels à 10h30 les 3/12 ; 20/01 ; 28/01 ; 10/02 et 17/03 (tarif unique 20 €).

 

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