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Le TGI de Paris peut mieux faire pour l’accueil des personnes en situation de handicap

Ils se sont donné rendez-vous jeudi devant le nouveau tribunal de grande instance de Paris pour une opération commando. Un commando d’avocats en situation de handicap dont la mission est de tester l’accessibilité à tous de ce bâtiment flambant neuf, emblème de la justice du 21e siècle : transparente, proche du justiciable, accessible.

par Pierre-Antoine Souchardle 4 mars 2019

Cette opération a été organisée par Droit Pluriel, association dont l’objet est de rendre la justice accessible à tous, et la commission accessibilité de l’ordre des avocats.

Ce commando est composé, entre autres, de deux avocats en fauteuil, Mes Elisa Rojas et Alexis Ridray, et de trois non-voyants, dont Mes Matthieu Juglar et Dominique Bréard, accompagnés par quelques journalistes. Ils ne passent pas inaperçus dans la salle des pas perdus du tribunal de grande instance (TGI).

« Le tribunal de Paris permet l’accessibilité, le cheminement, le repérage et le guidage des personnes en situation de handicap », peut-on lire sur le site internet du TGI. L’auteur de ces lignes a accompagné Me Rojas et Juglar dans leurs pérégrinations. Autant le dire tout de suite, le repérage, le cheminement et le guidage de la salle des pas perdus au vestiaire de l’ordre, des galeries d’instruction au service des voies de recours pénales ou du juge aux affaires familiales n’ont pas été aussi faciles que le laisserait penser le site du tribunal.

Déjà, la table d’orientation située dans la salle des pas perdus est trop haute et insuffisamment inclinée pour une personne en fauteuil. Et elle ne dispose pas de système audio pour une personne non voyante. Bienvenue au tribunal.

Le TGI de Paris bénéficie d’une application de guidage sonore à destination des personnes mal et non voyantes : Aurizone. C’est pour cela que le marquage au sol est minimal. Une seule ligne de guidage à l’entrée principale qui permet de rejoindre l’accueil principal. Où le personnel n’est pas forcément formé pour aider les personnes en situation de handicap.

Cette application est censée localiser son utilisateur en temps réel dans le tribunal, lui signaler des obstacles sur son parcours, lui indiquer une salle d’audience, etc.

Sur le papier, c’est parfait. Sauf que, ce jeudi, Aurizone n’a jamais localisé Matthieu Juglar ni les deux autres non-voyants, Dominique Bréard ou Anne-Sarah Kertudo, de Droit Pluriel. Du début à la fin de leur parcours dans le TGI. Soit pendant plus de deux heures.

Précision de taille, cette application ne fonctionne que dans les espaces publics du tribunal. Dès que vous accédez à l’IGH, l’immeuble de grande hauteur où se trouvent les services de l’instruction, les greffes, les différentes sections du parquet, etc., il faut se débrouiller. Ou trouver une âme bienveillante.

Aucun des boîtiers qui commandent les ascenseurs du TGI n’est doté de chiffres en braille. Les mains de Matthieu Juglar tâtonnent. « Les boutons sont vaguement en relief. Il faut avoir le doigt très sûr », constate-t-il, son chien d’aveugle à ses côtés. « On a de la chance, cet ascenseur parle. » Selon l’avocat, il est fréquent que l’aide vocale ne fonctionne pas.

Les galeries d’instruction sont de véritables labyrinthes pour les non-voyants. Pas de marquage au sol, pas d’indications en braille sur les portes. Parfois, le danger peut venir d’une photocopieuse installée dans un couloir. « En matière de handicap visuel, ce bâtiment est un vrai recul », regrette Me Juglar.

Un justiciable ou un professionnel en fauteuil n’est pas en mesure d’ouvrir une porte dans ce tribunal moderne. Elles sont trop lourdes. Nous en avons fait l’expérience aux affaires familiales avec Me Elisa Rojas. Sans l’aide d’un tiers, elle n’aurait jamais pu pénétrer dans ce service. Même constat avec les portes des salles d’audience. Sans parler de celle des toilettes réservées aux handicapées. Un comble. « Toutes les portes sont assez lourdes et comme il y en a beaucoup sur le palais, une personne en fauteuil doit être accompagnée, sinon elle ne peut pas circuler », constate-t-elle. « On est sur une accessibilité basique. Une personne en fauteuil ne pourra pas faire ce qu’elle a à faire », déplore-t-elle.

Ce jeudi-là était sans doute le mauvais jour pour cette visite d’accessibilité. En effet, le système de boucle magnétique, qui permet d’améliorer la qualité d’écoute des personnes appareillées, n’était pas fonctionnel. Et, à l’accueil général, personne ne savait ce qu’est une boucle magnétique et encore moins comment cela fonctionne.

« Le problème, c’est qu’on pense la justice pour des gens qui voient, qui entendent, qui comprennent et on oublie complètement que la justice, ça doit être la justice de tout le monde. Donc, on pense un bâtiment qui répond aux besoins d’une certaine catégorie de la population mais qui oublie énormément de gens », a résumé Anne-Sarah Kertudo, de Droit Pluriel.

Le site internet du TGI affiche les coordonnées de la référente handicap et celles de trois personnes qui peuvent aider les personnes à se déplacer au sein du bâtiment. Selon la présidence, le parking du TGI sera bientôt accessible aux avocats à mobilité réduite.

Un premier pas vers une meilleure accessibilité ?

 

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