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Dossier 

Panorama contrasté des élections présidentielles sous la Ve République

par Raphaël Piastrale 20 avril 2017

Introduction

L’élection présidentielle se déroulera dans quelques jours. Temps fort de la vie politique nationale, l’échéance a pour but de désigner celui qui sera, comme le disait le général de Gaulle, « en charge de l’essentiel ». C’est d’ailleurs l’élection la plus mobilisatrice de tous les suffrages (moyenne : environ 75 % des suffrages exprimés). Il est probable que le score soit en baisse cette fois-ci. Ce sont les articles 6 et 7 de la Constitutions de 1958 qui, pour l’essentiel, règlementent celle-ci. L’article 6 précise que « le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct ». Il y est aussi précisé que « nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs ». Quant à l’article 7 de la Constitution, il énonce que « le président est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés » à un ou deux tours.

Rappelons que pour se présenter les candidats doivent obtenir 500 signatures d’élus locaux. Ils doivent aussi présenter une déclaration de patrimoine. C’est le Conseil Constitutionnel qui est chargé de veiller au bon déroulement de l’élection (art. 7 Const.), à la régularité de celle-ci, à l’examen des réclamations et à la proclamation des résultats.

Selon nous, le passage du septennat au quinquennat a dénaturé et banalisé le mandat présidentiel. Ce qui nous amène à constater que depuis 2005 (première élection quinquennale), les élections ont changé de nature. Même si le septennat renouvelable n’emporte pas notre adhésion (un septennat unique serait plus opportun).

Les élections de 1958 à 2000

Le septennat a été adopté par l’Assemblée sous la présidence de Mac Mahon en 1873. Ce ne devait être qu’une règle temporaire. Elle a duré jusqu’en 2000. Sept ans était un délai raisonnable pour que le chef de l’État, en charge du long terme, puisse mener à bien les principales réformes. Au surplus, une durée de sept ans permettait de laisser place à une cohabitation, respiration démocratique importante (que ne permet pas le quinquennat). Ce ne sont pas moins de sept élections présidentielles qui vont se dérouler sur cette base.

a- L’élection du 21 décembre 1958 : l’élection indirecte du fondateur

De 1958 à 1962, l’article 7 de la Constitution disposait que le président était élu par un collège électoral composé des parlementaires, des conseillers généraux, des membres des assemblées d’outre-mer et des élus des conseils municipaux. Cela représentait un total de 817 électeurs dont 76 359 métropolitains.

Naturellement le « père » de la nouvelle Constitution, le général de Gaulle, est candidat. Il est confronté à Georges Marrane, pour le parti communiste, et au doyen Albert Châtelet. Ces derniers, assez peu connus, sont largement battus. Avec 78,5 % des suffrages exprimés, le général est, dès le premier tour, élu premier président de la Ve République.

On peut s’interroger sur la motivation du général de n’avoir pas fait inscrire dans la nouvelle Constitution l’élection au suffrage populaire. Il y pensait, pourtant, mais le Parlement y était farouchement opposé. Il devra attendre le moment propice : l’attentat du petit Clamart va lui en donner l’occasion. Cette opération, désignée par ses auteurs sous le nom d’« opération Charlotte Corday » (curieuse référence à l’assassinat de Marat), est l’action d’un groupe (OAS-Métropole / OAS-CNR) dirigé par le lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry. Il visait à assassiner Charles de Gaulle, le 22 août 1962 à Clamart dans le département de la Seine. Dès lors, le général décide de réviser, par le référendum du 28 octobre 1962, l’article 6 de la Constitution afin que ses successeurs aient « la confiance explicite de la Nation ». Il obtient 62,25 % des suffrages exprimés. Certains ont estimé ce référendum inconstitutionnel. Effectivement, il ne suit pas la lettre de l’article 89 de la Constitution sur la révision. Mais l’onction populaire le lave de cette accusation et légitime, sans contestation possible, la réforme. 

b- L’élection des 5 et 19 décembre 1965 : l’implantation du fondateur

En septembre 1963, l’hebdomadaire L’Express publie un article intitulé « Monsieur X contre de Gaulle ». Ce « Monsieur » se dévoile à la fin de l’année : il s’agit de Gaston Defferre qui renoncera finalement à sa candidature. Le 9 septembre 1965, François Mitterrand réussit à unifier la gauche derrière lui. Même le PCF, par la voix de son secrétaire général Waldeck Rochet, suit le futur chef de l’État. 

C’est la seconde élection au suffrage direct (la première ayant eu lieu le 10 décembre 1848). Le général de Gaulle se présente à sa propre succession et il lui apparait certain qu’il sera élu au premier tour. Sept candidats sont en lice contre lui : Mitterrand, Lecanuet, Tixier-Vignancourt, Marcilhacy et l’extravagant Barbu. La campagne est pour la première fois médiatisée à la télévision. François Mitterrand et Jean Lecanuet s’y révèlent excellents. Le général, s’estimant suffisamment connu et légitime, ne fait acte de candidature qu’un mois avant l’élection. Il rechigne et ne fait quasiment pas campagne. Contre toute attente, il est mis en ballotage par François Mitterrand.

Le 5 décembre 1965, Mitterrand obtient 31,7 % des voix contre 44,7 % pour Charles de Gaulle. Ce dernier, vexé, envisage de se retirer. Pour répondre aux accusations, injustifiées, de dictature,  il déclare : « La preuve est faite, s’il en était besoin, que nous sommes en démocratie ! Est-ce que l’on met un dictateur en ballotage ? ». Après un entre-deux tours durant lequel il se résout, malgré lui, à faire campagne, le général est élu assez largement le 19 décembre avec 55,20 % des suffrages exprimés contre 44,80 %  pour François Mitterrand.

S’installe désormais dans le pays une sorte de « ras-le-bol » du général. En mai 1968, parmi les slogans « révolutionnaires », on relève « 10 ans ça suffit ». Ce mécontentement va s’illustrer par le référendum perdu en avril 1969, à la suite duquel il quitte le pouvoir comme il l’avait annoncé. C’était la conception plébiscitaire du référendum qu’il affectionnait. « Mon père était aussi élu par référendum », confia un jour son fils, l’amiral de Gaulle. Si le général n’avait pas démissionné, il aurait achevé son mandat en 1972. Assurément, vu son âge (82 ans) il ne se serait pas représenté. Qu’en aurait-il été de sa succession ?

c- L’élection présidentielle des 1ers et 15 juin 1969 : suite à la démission du fondateur

En mai 68, s’ouvre une période de grèves générales et de manifestations parfois violentes. Ces événements, enclenchés par une révolte de la jeunesse étudiante parisienne, gagnent le monde ouvrier puis l’ensemble du territoire. Face au plus important...

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